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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 19:07

Les moulins à trèfle

 

Lorsque les visiteurs viennent au moulin de Fillé, ils passent par le moulin à trèfle. Autant ils comprennent aisément la fonction d'un moulin à blé, autant ils se posent des questions sur les tenants et aboutissants de ce moulin à trèfle apparu vers 1860.

A gauche, le moulin à trèfle (cliché de 2004)

A gauche, le moulin à trèfle (cliché de 2004)

La culture du trèfle en Sarthe

Le trèfle dont on parle ici est le trèfle incarnat et son usage est à rapprocher de celui de la luzerne. C'est une plante qui servait essentiellement à la nourriture des animaux. Sa culture se développe en France au XVIIIème siècle mais reste assez limitée. Ce sont les nouveautés liées aux expérimentations agricoles, nées au même moment que la Révolution Industrielle, qui vont accélérer la diffusion de cette culture. Dans la région de Fillé et ses alentours, les terres sont essentiellement acides et c'est la généralisation du chaulage qui va permettre de cultiver cette plante. Cependant les lectures de divers ouvrages agricoles montrent qu'on exploitait également d'autres variétés de trèfles.

On trouve des documents du XVIIIème siècle qui expliquent l'intérêt qu'il y a à cultiver le trèfle. Par exemple, dans l'ouest de l'actuelle Allemagne on fait des expériences afin de convaincre les paysans que la culture du trèfle est très intéressante car elle peut se faire sur des terres qui n'ont pas été mises en jachère et qui, de fait, permettent d'exploiter des terres sans les affaiblir et donc d'être rentables.

Source : MNHN

Source : MNHN

Pour ce qui est de la Sarthe, il y a peu d'apparition du trèfle de manière importante avant le XIXème siècle même si dans le deuxième partie du XVIIIème siècle sa culture s’intensifie dans certaines fermes expérimentales. Pour rester dans du local, un bail de 1761 autorise le fermier du domaine de Buffes à mettre le jardin en trèfle. Le dictionnaire topographique de Le Paige écrit juste avant la Révolution en parle peu : une seule occurrence à La Chapelle du Bois (région de Montfort le Gesnois). D'autres documents parlent de vente de graines de trèfle en 1788 dans la région de Beaumont-sur-Sarthe. Pesche nous apporte tout de même une précision importante : « C'est de cette dernière époque [2ème moitié du XVIIIème siècle], que date l'introduction de la culture du trèfle dans le canton [de Sablé], dont les premiers essais furent faits par M. de la Panne, agriculteur distingué, dans la terre dont il portait le nom, située à Auvers-le-Hamon. »

Au tout début du XIXème siècle, le Préfet Auvray publie la « Statistique du département de la Sarthe ». Quelques occurrences traitent du trèfle dans la période post-révolutionnaire. Il y dit à propos de la production de foin des prairies naturelles qu' « on y supplée par des prairies artificielles, formées de trèfle, dont la graine est devenue, depuis quelques années, un objet de commerce important. » Et d'ajouter : « L'exportation s'en fait en Angleterre et en Hollande […] Ce commerce mérite d'autant plus de considération, que loin de coûter aucuns soins ni dépenses au cultivateur, cette plante améliore les terres, et fournit aux bestiaux un fourrage abondant. »

En 1814, les « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » mentionnent que le trèfle peut servir à nourrir les animaux. En 1816, à Saint-Gervais-de-Vic on vend une parcelle de terre labourable en trèfle.

Au Mans, le moulin Plard est dit à tan et à trèfle en 1828. D'ailleurs on trouvera dans le même secteur du Mans en 1829, une propriété à vendre dont un enclos « en légumes, trèfle et blé ». La même année à Saint-Denis-d'Orques, on vend une propriété dont « un jardin d'environ 33 ares, pour la plus grande partie complanté en trèfle ».

En 1832, les mêmes « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » donnent comme information que M. Auguste de la Chevallerie, négociant et propriétaire, demeurant à Nantes « vient d'établir au Mans, un entrepôt du nouvel engrais économique, connu sous le nom de Noir-Animal » qui « fertilise toute sorte de terres ; également bon aux semailles des froments, blés-noirs, blés-de Turquie , orges, avoines, seigles, trèfles, lins , chanvres, navets, choux , betteraves, pommes-de-terre, légumes , etc. »

En 1833, la Société Royale d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe fait un achat de graines :

1° Houlque laineuse : 50 livres.

2° Fromental : 50 livres

3° Spergule : 50 livres

4° Trèfle incarnat : 50 livres

5° Trèfle d’Argovie : 9 livres

6° Avoine patate : 1,5 livre

Cet achat fait suite à un souhait du Conseil Général qui consiste « à favoriser les industries profitables et à augmenter le bien-être du pays » et « de voir concourir toutes les influences locales à l'amélioration de l'agriculture, dont les progrès, dans la plus grande partie du département, laissent encore tant à désirer ! ». On voit très clairement dans cette volonté que le trèfle incarnat est encore peu utilisé en Sarthe. Ces graines sont envoyées à des correspondants locaux afin que des semailles puissent se faire.

On voit d'ailleurs à la même époque cette Société organiser des concours dont un intitulé « Concours pour la culture des plantes fourragères » afin d' « encourager la culture des plantes fourragères propres à remplacer le trèfle dans les différentes variétés de sols qui ne conviennent pas à celte dernière plante » ; et parmi les différentes propositions on y retrouve d'autres variétés de trèfle : trèfle d'Argovie, trèfle jaune, trèfle blanc. Afin de motiver les bonnes volontés, une prime de 100 francs est accordée « aux fermiers ou propriétaires cultivant de leurs mains. »

La même année 1833, les « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » publient un très long article sur la manière de faire, ou pas, des jachères. On voit souvent le trèfle revenir dans cet exposé. C'est assurément à cette époque qu'un tournant se produit pour cette culture. Pesche, à propos du canton d'Ecommoy, dit d'ailleurs que la culture « du trèfle … s'y est beaucoup multipliée. »

Si on prend le dictionnaire Pesche, publié entre 1829 et 1842, et que l'on fait l'inventaire des communes où il y a du trèfle, on constate qu'il y a en a à peu près partout et que la graine de trèfle est l'objet d'un commerce.

Pesche nous donne une estimation des exportations depuis Sablé et Le Mans pour l'année 1840 vers l'Orne et Caen par la rivière. Il nous dit que les graines de trèfle envoyées vers Caen et Rouen représentent un total de 5000 tonnes, soit un tiers des exportations vers cette zone géographique. On exporte cette production vers l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse et les régions nord de la France.

Que fait-on dans un moulin à trèfle ?

Si on ne coupe pas le trèfle pour produire du fourrage, il va monter en graine et c'est là que va intervenir le moulin. On voit ainsi au XIXème siècle fleurir plusieurs moulins à trèfle. Il ne s'agit pas constructions nouvelles mais plutôt d’adjonction d'un bâtiment nouveau sur le site du moulin afin de pouvoir profiter d'un espace où l'on traitera le trèfle.

En général, on faisait une première coupe du trèfle au printemps pour le fourrage ; puis on le laissait repartir jusqu'à ce qu'il arrive à graine dans la deuxième moitié de l'été. On le fauche alors pour récupérer les fleurs ; ensuite on les fait sécher sur l'aire. Puis, elles sont portées au moulin où elles sont battues.

On utilise parfois la technique du pilon, mais le fonctionnement à la meule est le plus utilisé. On procède par une action de ripage à l'extraction de la graine de trèfle afin de la séparer de son enveloppe. On met le tout dans des sacs. Après il faut vanner l'ensemble afin de séparer la graine du reste, cette opération pouvant se faire chez l'agriculteur.

Il y avait aussi la possibilité de battre son trèfle chez soi. Ainsi au début du XIXème, un agriculteur de Saint-Mars-d'Outillé, M. Loiseau, met au point une machine à battre qui permet de faire le travail à la ferme. Cependant les revues d'agronomie de l'époque conseillent plutôt le moulin traditionnel car étant plus rapide ; néanmoins, il fallait une quantité de trèfle assez importante si on voulait que le meunier puisse effectuer la tâche.

Cadastre 1844 - Le moulin à trèfle n'existe pas encore.

Cadastre 1844 - Le moulin à trèfle n'existe pas encore.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 08:39
Mezeray - Soldats américains 1919
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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 16:59

Page 1/10

En marge :

3 mars 1762

Rapport dexpert

Bordage de la

Mare Lhommeau

 

  1. Du trois mars mille sept cent

  2. soixante deux avant midy

  3. Devant nous Julien Marin Baussan notaire

  4. royal au Maine demeurant parroisse

  5. d’Etival lez le Mans soussigné

  6. Est comparu François Salmon expert

  7. ordinaire demeurant parroisse de St Jean Giles

  8. des Guerets faux bourg de la ville du Mans lequel

  9. nous a dit qu’à la requeste de François Lhommeau

  10. sabbottier demeurant parroisse dudit Voivres pour

  11. par luy faire vizite et montrée de letat des batiments+

  12. du lieu de la Mare autrement du bourg de

  13. Voivres acquis par luy Lhommeau de Pierre Pellier

  14. marechal en œuvre blanche demeurant parroisse

  15. d’Allonnes au desir d’acte de nous notaire attesté le vingt

  16. aoust dernier con(tro)llé au Mans le lendemain

  17. et apres avoir dudit Salmon pris et reçu le serment en

  18. tel cas requis il nous a juré et affirmé avoir

  19. vu et examiné les batiments et effaisll dudit lieu en son ame

  20. et conscience et par la vizite singuliere qu’il y a faitte

  21. y avoir remarqué premièrement

  22. que les batiments dudit lieu composent une chambre

  23. a feu et four au pignon de deux chambres froides

  24. au bout et d’une etable aussi au bout desdites chambres

  25. froide sous trois faistes et deux toits a porcs à costé

  26. de la masse dudit four lesdits batiments de cinquante

 

Page 2/10

  1. huit pieds de longueur sur vingt un pieds

  2. de largeur excepté letable qui n’est que de dix neuf

  3. pieds et demy de largeur le tout construit a mur

  4. d’unze pieds de hauteur du quarré à res de

  5. chaussée, lesdits murs sont au derrière sur le chemin

  6. faits avec mortier de terre chaux et sable excepté treize

  7. pieds qui sont à colombage et terrasse, et des murs du

  8. devant sur les issues il s’en trouve douze pieds fait avec

  9. mortier de terre et ladite etable se trouve au derriere

  10. faite de treize pied sur etache coulombe et terrasse

  11. le refend dentre ladite maison a feu et la

  12. premiere chambre froide nest aussi qua

  13. coulombe et terrasse, un tiers de tous lesdits murs

  14. et sourcelures sont avec mortier de terre le

  15. surplus a chaux et a sable parties desdits murs

  16. sont en ruines par des lezards et sont a refaire

  17. de neuf en recherche il sen trouve quatorze toises

  18. desdits murs et les toits a porcq et la masse dudit

  19. four qui sont à refaire des les fondements et le surplus

  20. desdits murs ont desoin detre renduis en dehors

  21. et en dedans et il faut recrester les enfaiteaux

  22. et refaire le lisiaire en bordure pourquoy faire

  23. il faut emploier trois toises de pierre quinze

  24. cent de brique soixante quinze blots six pipes

  25. de chaux et vingt quatre chartées de sables

  26. pour faire le tout et fournir a été arbitré la

  27. somme de deux cent quarante et deux

  28. livres cy…………………………242tt

Page 3/10

  1. Qu’a la porte de la chambre froide

  2. sur la cour il faut deux coulombes ou

  3. pied de chacun six piedds et un bout de ceule

  4. de quatre pieds de longueur

  5. Quau plancher de ladite premiere chambre

  6. il faut trois soliveaux de chacun quatorze

  7. pieds de longueur

  8. Qu’à la porte de la maison il se trouve une crouille

  9. dont le mainon est cassé que la fenestre qui

  10. donne sur la cour est garni d’un vollet usé et

  11. qui peut encore servir il paroist quil y a eu

  12. des grilles de fer qui sont deffaillantes que la

  13. porte dentre laditte maison a feu

  14. et chambre froide nest que

  15. d’a volet garni dune mauvaise ferrure

  16. a la porte qui est entre ladite chambre froide

  17. il se trouve un ventail usé il en faut un

  18. neuf de cinq pieds trois poulces de

  19. hauteur sur deux pieds neuf poulces de

  20. largeur avec ses pentes et gonds se servant

  21. seulement de la ferrure et dun verrouil le

  22. vollet dune fenestre de ladite chambre est

  23. usé et de nule valeur pourquoy il en faut

  24. un neuf avec des ferrures

  25. Que la piece d’entablement de la fenstre de la

  26. seconde chambre et les careaux de closture

  27. qui est en coulisse sont usés et de peu de valeur

  28. qu’au plancher de ladite seconde chambre

  29. il se trouve six pieds de chaque côté qui

  30. sont ssans torchie ny soliveaux il faut cinq

  31. soliveaux de chacun treize pieds de longueur

Page 4/10

  1. pour remplir les defaillants avec les torchis

  2. necessaires

  3. Que le colombage qui est au derriere de ladite etable

  4. et chambre est a refaire a neuf des ces fondements

  5. etant surplombés en ruines farcis et pouris

  6. et pour le retablir il faut fournir quarante cinq

  7. pieds de ceule vingt huit coulombes de six sept huit

  8. et neuf pieds de longueur chacunes deux sablieres

  9. une de treize pieds sur la cour et lautre au pignon

  10. de ladite etable de dix neuf pieds de longueur pour

  11. le tout faire et fournir en se servant des vieilles

  12. matieres et mettre le tout en etat il en coutera

  13. la somme de deux cent soixante et unze livre

  14. cy…………………………………………271tt

  15. Que pour repicter les concavités des places des dits

  16. batiments et les remplir de terre solide arbitré

  17. dix livres cy……………………………….10tt

  18. Que dans la premiere chambre froide se trouve une

  19. echelle a bareaux ronds pour monter dans les

  20. greniers etants sur les dites chambres lentrée duquel

  21. grenier est sans fermeture a la housse du

  22. batiment et au pignon dentre le grenier desdite

  23. deux chambres qui surplombe et est forcé a refaire

  24. de neuf et pour retablir la pointe dudit pignon

  25. et ladite housse il faut fournir une sabliere

  26. de neuf pieds de longueur une coulombe de sept

  27. piedds un poinson de quinze pieds cinq cheverons

  28. de dix huit pieds chacun et une autre sabliere sur

  29. la cour de quinze pieds le tout de longueur et

  30. pour faire le tout et fournir et mettre en etat

  31. a été arbitré la somme de cinquante livres

Page 5/5

  1. cy………………………………………50tt

  2. lesdites maison et chambre sont couvertes

  3. de tuiles plates dont il en faut deux miliers

  4. au lieu et place de pouries et defaillantes la

  5. couverture de ladite etable et lapenti qui est

  6. sur les dits toits a porcs et four sont couverts

  7. pour moitie en tuiles paltes et le surplus en

  8. bardeau et pour remplacer les pouries et

  9. defaillants il faut un milier de bardeau

  10. neuf fournir huit en feteaux un milier de

  11. lattes dix miliers de clous a lattes trois livres

  12. de clous a quoieau cinquante toises de chanlattes

  13. attandu que les cheverons ne sont que trois sous

  14. lattes soixante dix pieds de doublier et dix toises

  15. d’arcelets pour eperer les dits pignons pour le

  16. tout faire et fournir et mettre en etat arbitré

  17. cent vingt huit livres cy………………128tt

  18. Qu’aux deux toits a porcs il faut deux

  19. portes neufves en se servant des vieilles ferrures

  20. pour ce arbitré huit livres cy……………8tt

  21. Qu’il faut faire emousser ledit batiment et

  22. retablir un cours de lattes tombé en ruine pour

  23. ce arbitré six livres cy……………………6tt

  24. Lesdits batiments cour et issues au devant

  25. des dits batiments joignant dun côté la rue

  26. ou chemin dudit Voivre a la Blotiniere d’autre

  27. coté le jardin cy apres dun bout ledit chemin

  28. et celuy servant de passage pour exploter

  29. le presbitere du dit Voivre et dautre bout

  30. les issues de la veuve Michel Rocher dont partie

Page 6/10

  1. sont communs

  2. Item un jardin clos a part contenant une hommée

  3. et demie ou environ joint dun côté pour partie

  4. le jardin de ladite veufve Rocher et autre

  5. partie et dun bout le jardin du vicariat du

  6. dit Voivre separé par un ruau dependant

  7. dudit jardin qui sert pour l’ecoulement des

  8. eaux de la cour dudit lieu et d’autre costé

  9. et d’un bout pour partie l’avenue et

  10. jardin dudit presbitere de Voivre et d’autre

  11. bout les cour et issue du dit lieu ledit jardin

  12. separé de celuy de la cure du dit Voivre et

  13. de son entrée par une haye plate

  14. et mutuelle

  15. Item un prés clos a partll contenant un hommée d’homme

  16. faucheur ou environ joint dun côté

  17. la prée des Corvées dependante du temporel du

  18. chapitre de St Pierre la cour d’autre côté

  19. et d’un bout en triangle une ruelle frareschable

  20. tendente dudit bourg de Voivre au lieu des

  21. Vallées et dautre bout un prés appartenant au

  22. sieur de la Roussiere de son lieu du Tertre sans

  23. arbres ny bois de valeurll appellé le prés……..

  24. Item une petite piece de terre appellée la

  25. Jardinière contenant un journal ou environ

  26. y compris une coulée de prés qui est dans un bout

  27. et qui contient un quart d’hommée le tout joignant

  28. dun côté les prés de la veufve Michel Rocher de

  29. son lieu de la Renardière d’autre côté une

  30. ruelle frareschale tendante a aller dudit

 

Page 7/10

  1. bourg de Voivre dans les prés de la Chenaie pour

  2. partie et autre partie et la jeauge la terre

  3. de la veufve Gabriel Ruiller separé par une

  4. haye plate et mutuelle et autre partie en le

  5. bout de ladite jeauge d’un bout le prés dudit

  6. sieur de la Roussière de sa métairie de la Grande

  7. Chenaie et d’autre bout une autre ruelle

  8. frareschale qui sert à exploiter les terres et

  9. prés voisins le dit champ garni de quelques

  10. arbres fruitiers et truisses de peu de valeur

  11. Item une autre piece de terre appellée le champs

  12. de la Tournerie contenant un journal et demi

  13. ou environ joignant d’un côté le prés de maitre

  14. Moire notaire royal a Memers ( ?) de son lieu de

  15. la Blotiniere dautre côté le chemin tendant du

  16. dit bourg de Voivre a la Petite Onde aboute dun

  17. bout la terre de la dite veuve Rocher et dautre

  18. bout une ruelle tendante du dit lieu de

  19. la Blotiniere a des terres voisines et au prés de

  20. la Grande Chevrie et dans ledit champ se

  21. trouve quelques souches de peu de valeur

  22. Item une petite piece de terre nommée le

  23. champs du Fourneau contenant demy journal

  24. ou environ joint d’un côté le chemin tendant

  25. du lieu du Fourneau a la métairie de la

  26. Pignonnière dautre côté et d’un bout la terre

  27. dudit lieu de la Pignonnière et d’autre bout

  28. la terre dependante de la Cure dudit Voivre

  29. et dans ledit champs se trouve quelques souches

  30. de differant bois de peu de valeur

Page 8/10

  1. Item une autre piece de terre appellée le

  2. champs de Lourliaire contenant un journal

  3. ou environ entouré de hayes et fossés dependant

  4. de ladite piece de terre joignant dun côté

  5. le chemin tendant dudit Voivre audit Estival

  6. dautre côté la terre dudit sieur de la Roussiere

  7. de son lieu de Lourliere dun bout la terre du

  8. dit lieu et metairie de la Pignonniere et

  9. dautre bout une ruelle servant a exploiter

  10. les terres dudit lieu de Lourliere et dant le

  11. dit champs sy trouve quelques souches de

  12. differents bois de peu de valeur

  13. Item une autre piece de terre appellée le

  14. champs du Cormier contenant un journal

  15. ou environ joignant des deux côtés les terres

  16. dudit lieu de la Pignonniere aboute dun bout le

  17. dit chemin dudit Voivre audit Etival et

  18. dautre bout le champs de la piece cy apres

  19. ledit champs garni de quelques souches de peu

  20. de valeur et d’un cormier estimé quarante sols

  21. attendu sa petite qualité

  22. Item une autre piece de terre appellée le champs

  23. de la Piece contenant un journal ou environ

  24. joignant des deux côtés les terres dudit lieu

  25. la Pignonniere aboute d’un bout ledit chemin

  26. tendant dudit Voivre audit lieu de la Pignonniere

  27. et d’autre bout ledit champs du Cormier cy

  28. dessus ladite piece de terre garnie de quelques

  29. souches de differant bois de peu de valeur

  30. Item une autre piece de terre appelée la

 

Page 9/10

  1. petite piece contenant un journal ou environ

  2. joignant dun côté la terre de ladite veufe

  3. Rocher de son lieu de la petite Renardière d’autre

  4. côté et d’un bout les terres dudit sieur de

  5. la Roussière de sa métairie de la Cour et d’autre

  6. bout la terre du lieu de la Metairie ainsi appellée

  7. avec droit de passage pour exploiter la dite

  8. piece de terre par la ruelle qui est au bout

  9. du champs de la dite veuve Rocher le dit

  10. champs garni de quelques jeunes arbres sans

  11. autre bois de valeur ny ayant qu’un bout de haye

  12. et fossé qui en depende

  13. Item une petite piece de terre appellée le Petit

  14. Cloteau long contenant demi journal ou environ

  15. joignant d’un côté la terre dudit lieu de la Pignonniere

  16. d’autre côté pour partie la terre de la dite veuve

  17. Rocher et autre partie du dit côté la terre de la

  18. cure dudit Voivre aboute d’un bout ledit chemin

  19. tendant du dit Voivre audit etival et d’autre bout

  20. ledit chemin de Voivre au dit lieu de la

  21. Pignonniere la dite piece de terre na que deux

  22. bouts de hayes qui sont sur lesdits chemins et ou

  23. il ne se trouve aucunes souches de valeur seulement

  24. quatre mauvais arbres au-dedans

  25. Desquels dire declaration et raport lecture

  26. donnée audit Salmon il y a persisté sans vouloir

  27. y ogmenter ny diminuer affirmant contenir

  28. verité et se requerant luy avons fait taxé pour

  29. ses salaires de ladite montrée et du présent

  30. son raport de la somme de six livres quil

  31. nous a declaré avoir reçeus dudit François

  32. Lhommeau dont quittance et avons dressé

Page 10/10

  1. le present procez verbal pour servir et valoir

  2. ce que de raison audit Lhommeau Dont acte

  3. et lavons de son consentement jugé fait et

  4. arresté au dit Etival etude de nous notaire

  5. lesdits jour et an presents maistre Jean

  6. Charles Duval clerc tonsuré et Jean Leroy

  7. tailleur d’habits demeurans audit Etival

  8. tesmoins a ce requis et appellés ledit Salmon

  9. a signé avec nous + terres labourables, et prés

  10. et de tout ce qui fait la compozition ll terres labourables

  11. et pré et de tout ce qui fait la composition

  12. gloze hommée, hommée, veuve, abrite, de, taxé

  13. rayé quarante mots ou sillabes nuls

  14. [signatures] F. Salmon, D ( ?) A. Mauboussin ( ?)

  15. J.C. Duval, Jean Leroy

  16. Baussan

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 17:45
La Suze : un cliché de l'hôpital militaire américain (Première Guerre Mondiale)

Source : Collections of the National Library of Medicine

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 11:11

Sanson (Saint) (1826, C1) : Cette terre appartenait aux religieux de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers, sans doute suite à des dons faits par les seigneurs de Malicorne. Puis la terre passe au prieuré de Fercé. Ce fief ecclésiastique est ensuite acquis par Ménard de la Groye qui y est décédé en 1827. Il y avait une chapelle démolie à la fin du XVIIIème siècle. La métairie qui appartenait au prieuré de Fercé en 1792 a été vendue comme bien national.

Samson était évêque de Dol, en Bretagne, au VIème siècle. Face aux invasions normandes du IXème siècle, les reliques du saint sont emmenées à Paris. Puis le calme étant revenu, les Bretons réclament les reliques, mais le roi n'en cède qu'une partie. Ils rentrent alors en passant par Orléans, ville où ils fondent un prieuré portant le nom du saint.

Saint-Sanson (cadastre de 1826) avec sa structure médiévale toujours visible sur le plan cadastral.

Saint-Sanson (cadastre de 1826) avec sa structure médiévale toujours visible sur le plan cadastral.

Sérusière (La) (1826, D1) : Le lieu habité par Séru. Il dépendait du temporel de La Suze au XVIIIème siècle. Cette closerie sera vendue lors de la vente des biens nationaux au moment de la Révolution Française.

 

Tailles (Les) (1826, A2) : Le nom est à rapprocher de « taillis ». Il indique donc la présence d'un ancien bois dont on coupait régulièrement les essences.

 

Tertre (Le) (1826, C1) : Le lieu est sur le domaine du château de Vaulogé et pourrait indiquer la présence d'une motte féodale.

 

Titre (Le) (1826, B) : Rien de bien convaincant pour ce toponyme.

 

Touche (La) (1826, C1) : Dans une zone qui a été défrichée, ce nom indique un espace qui est resté en bois. Ce bordage appartenait au collège de Fercé au moment de la Révolution. Il a été vendu comme bien national.

 

Val (Le) (1826, B) : L'endroit est sur la pente qui borde la Sarthe d'où son nom.

 

Varanne (La) (1826, A1) : « Varanne » ou « Varenne » indique un terrain non exploité car réservé à la chasse seigneuriale. C'est le même mot que « garenne ». Il indique également un terrain sablonneux de mauvaise qualité agricole.

Vauguichard (1826, A1) : La vallée où réside Guichard. Nous ici dans la vallée de la Gée.

 

Vaulogé (1826, A2) : Vaulogé mériterait une étude bien plus approfondie quant à son histoire. C'était le fief le plus important sur Fercé. Le nom de Vaulogé est arrivé avec une famille noble issue de Sentilly dans l'Orne où se trouvait une seigneurie du même nom, et le Vaulogé originel veut dire le Val d'Oger, Oger étant un prénom normand de tradition viking. C'est à la fin du XIVème siècle, que Jean III de Vaulogé épousa Marguerite de Champagné, fille de Guillaume seigneur de Fercé et autres lieux. C'est à partir de cette époque que le nom de Vaulogé désigne la terre où s'est installée la famille de Vaulogé. Puis en 1634, Magdelon de Vahays achète de Françoise de Vaulogé la seigneurie. On trouve ailleurs en Sarthe d'autres lieux nommés Vaulogé.

Vaulogé en 1829/1830

Vaulogé en 1829/1830

Vaulogé (Le Petit) (1826, A2) : Voir ci-dessus.

 

Vénillières (Les) (1826, C2) : Sans doute le lieu habité par Venelle.

 

Verdelle (Moulin de) (1826, C1) : L'essentiel des bâtiments de Verdelle est sur la commune de Noyen. Le domaine avait été acheté par Marie Madeleine de Sallaine vers 1715. Peut-être faut-il s’orienter vers les mêmes racines que « verdelier » (osier), « verdelet » (vert). Comme nous sommes là à la confluence de la Gée et de la Sarthe, c'est ce qui nous paraît le plus vraisemblable.

 

Vilclair (1826, B) : Au XIIème siècle est cité un prêtre, Bernard de Vilclair qui fait don de dîmes à l'abbaye de la Couture et qui serait donc le détenteur de cette terre. Il est aussi question d'un Gesfray de Villeclerc, paroissien de Fercé (sans doute XIVème s.). Au XVIème siècle, Vilclair avait été vendu par Jean de Vaulogé à Jacques Breslay. Au XVIIème siècle, la métairie de Villeclair appartenait à la famille Morin ; en 1670, lors des partages de succession, c'est Renée Morin, épouse de Jacques de Vahays, qui choisi ce bien. En 1724, Marie Le Febvre, veuve de Jacques de Vahais, demeurait en sa terre de Villeclair. En 1770, René-Louis de Sallayne vend la terre à Jean-Baptiste Courte. Le domaine et la maison de Villeclair ont été vendus comme biens nationaux lors de la Révolution ; il appartenait aux frères Courte qui avaient été déportés. L'endroit était en tourne entre Fercé et Chemiré ; c'est à dire que pendant une année il dépendait de Fercé, et l'autre il dépendait de Chemiré. Mais ce n'était pas forcément un an/ un an ; cela pouvait être deux ans/ un an. Concrètement, une année les baptêmes, mariages et sépultures se faisaient dans une paroisse, et l'année suivante dans l'autre.

La partie « vil » vient peut-être du latin « villa » et veut donc dire le domaine. Et « clair » dans le sens de « dégagé », « visible ».

Vilclair (cadastre 1826)

Vilclair (cadastre 1826)

Volliers (Les) (1826, A1) : un « volier » est un treillage qui supporte la vigne le long d'un mur. En vieux français, le mot désigne aussi l'endroit où on élève des oiseaux. La proximité immédiate du fief de la Bésiguère (commune de Pirmil) peut être favorable à la deuxième interprétation.

A SUIVRE : Les noms des lieux-dits de la commune de Fillé sur Sarthe.

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 16:28

Martellière (La) (1826, B) : Le lieu de résidence de Martel ou Marteau.

 

Medmanche (1826, A2) : Tout comme dans « dimanche » que l'on traduit par jour du Seigneur, « Med(e)manche » est le domaine (mansus) du seigneur. Au XIIème siècle, Eudes de Medemanche (Odo de Medlomencher) apparaît comme témoin dans un acte lors de la prise d'habit d'un religieux. En 1301 est cité Jehan de Medmanche, écuyer, qui relève de la châtellenie de Pirmil. Le fief appartenait au XVIème siècle à un Le Vayer, cité parmi les familles protestantes du Maine. Un Jean Le Vayer est également cité au XVIIème siècle. Et les Le Vayer en étaient encore possesseurs au XVIIIème siècle grâce à un mariage; d'ailleurs il est dit dans des actes anciens qu'ils résident « dans leur château de Medmanche ». Ensuite la propriété passe aux Jannart.

Armes des Jannart de Medmanche

Armes des Jannart de Medmanche

Medmanche (Moulin de) (1826, A2, B) : Moulin à blé cité au XVIIème siècle. Ceci dit il devait exister un moulin dès le Moyen-Age.

 

Meniau (1826, B) : Meniau était un des fiefs de Fercé. Dans le Vendômois, le méniau est un jeune porc et, par dérision, il caractérise un jeune homme pas très futé. Le mainiau est aussi l'habitant du Maine. Mais il semble que l'explication concernant ce nom de lieu soit plus à rapprocher de « mênil » qui désigne donc une exploitation agricole, ou encore un simple dérivé de « menu ». A noter à Vallon sur Gée, le lieu « Menuau » dont le nom est très proche de « Meniau ».

 

Mésières (Les) (1826, D1) : C'est un grand classique de l'archéologie. Ce nom vient du latin « Maceriae » qui veut dire « ruines ». Et on sait que lors de sondages archéologiques dans ce secteur dans les années 1990, des éléments d'une occupation gallo-romaine furent découverts.

 

Mitaudière (La) (1826, B) : Le lieu habité par Mitaud. Lors de la vente des biens nationaux au moment de la Révolution Française, les maison, jardin et terre de la Mitaudière sont mis en vente ; ces biens relevaient de la cure de Fercé.

Paux (Les) (1826,B) : En patois sarthois, le « pau » veut dire « pieu ». Comme plusieurs endroits autour de Fercé portent ce nom et que c'était souvent des zones de vigne, il faut entendre « Paux » comme tant une zone clôturée. Lors de la vente des biens nationaux, la vigne des Paux, qui appartenait au prieuré, est vendue.

 

Pellerie (La Grande) (1826, D2) : L'explication la plus vraisemblable et le lieu habité par Pellier, patronyme très fréquent en Sarthe. Il pourrait aussi s'agir d'un endroit où on travaillait les peaux mais c'est moins probable. En 1739, le lieu de «La Pelerie» est apporté en dot par Louise Chappelain, fille de défunt Claude Chappelain et de Marie-Eléonor Brochard.

 

Pellerie (Petite) (1826, E2) : Voir ci-dessus.

 

Pillière (La) (1826, C1) : Même si on peut y voir un nom indiquant un édifice particulier, la pile, le plus simple et tout de même le lieu habité par Pilier.

 

Planche-Augi (Moulin de) (1826, A2, B) : La planche est soit une passerelle pour franchir un cours d'eau, soit une planche posée verticalement pour retenir l'eau. Il faut donc entendre le nom du lieu comme signifiant le passage sur la Gée au niveau de l'endroit où habitait Augis. Au XVIIème siècle, les moulins de Planche-Augis appartenaient à la famille Morin ; en 1670, lors des partages de succession, c'est Renée Morin qui choisit ce bien. On parle d'un moulin à blé au XIXème siècle.

Cadastre 1826

Cadastre 1826

Renière (La) (1826, E2) : Le lieu habité par Renier, patronyme fréquent en Sarthe. Au XVIIème siècle, la métairie de la Renière appartenait à la famille Morin ; en 1670, lors des partages de succession, c'est Renée Morin qui choisit ce bien. Sur la commune voisine de Noyen, on trouve les « Rainières ».

 

Renom (Le) (1826, B) : La Gée et le Renom servent de limites communales. Le Renom prend sa source sur la commune de Coulans sur Gée et se jette dans la Sarthe en servant de limite avec la commune de Chemiré. Comment souvent pour les cours d'eau, il semblerait que l'on soit ici en présence d'un toponyme aux racines celtiques qui veut dire … « cours d'eau ».

 

Roch (Saint) (1826, C1) : Roch est un saint relativement récent puisqu'il est né au XIIIème siècle à Montpellier. Étant en pèlerinage à Rome, il est atteint par la peste et en guérit grâce à l'eau d'une fontaine miraculeuse. Roch est souvent représenté avec un chien, animal qui selon la légende lui apporta la nourriture lorsqu'il était malade. On l'invoque contre les contagions, fléau qui frappe souvent les paroisses comme il apparaît parfois dans les registres paroissiaux. La chapelle à proximité du château de Vaulogé fut édifiée en 1691 par René Deshays.

Rollard (1826, A2) : Rollard est un patronyme d'origine germanique. Le fait que le nom du lieu n'ait pas été francisé en « Rollardière » montre son ancienneté. L'endroit est dit être un bordage en 1755. On trouve ce nom également sur la commune d'Avoise.

 

Roussellière (1826, B) : Le lieu habité par Roussel ou Rousseau. Il y avait des vignes appartenant à la fabrique de Fercé et qui ont été vendues en 1792 lors de la Révolution. La closerie, qui appartenait aux frères Courtes, a également été vendue.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 17:45

Femusson (1826, E1) : Le toponyme apparaît plusieurs fois en Sarthe sous la forme « Feumusson ». Pourtant il reste assez énigmatique quant aux explications. Pour certains, « Feu » vient de « fagus » (hêtre). Pour Roger Verdier, qui a beaucoup travaillé sur la toponymie sarthoise, le toponyme est très ancien et à perdu son sens originel. Pour lui, en témoignent les multiples variantes dans divers endroits du Maine : Fremusson, Falmuçon, Foumeçon, Folmuthum, etc. Au XIIème siècle est cité parmi les vassaux du seigneur de La Suze un Huet de Fomuçum qu'on localise à Fercé. Au XVIIème siècle, ce sont les de Vahays qui acquièrent la métairie de Femusson.

 

Fercé (1826, B) : Les noms « Vericiaco » et « Verriciaco » cités au VIème siècle dans les Actus Pontificum correspondraient à Fercé. Il est difficile de dire si l'habitat antique était au même endroit que le village actuel, ou s'il y a eu un déplacement de site dans la toute première partie du Moyen-Age. Mais la présence de divers éléments archéologiques antiques et mérovingiens sur la commune confirme sa grande ancienneté. En 832, on trouve « Ferciaco », mais au même siècle il est aussi écrit « Veraciaco ». « Ferceio » apparaît au XIIIème siècle annonçant la francisation sous la forme « Fercé ».

En Sarthe, il n'existe qu'un autre lieu-dit appelé Fercé. Le nom est un classique de la toponymie : un patronyme latin, « Verrutius », et le suffixe « acum » qui permet dans un nom de dire « le lieu de ... ». Ainsi « Verriciaco » est le domaine de Verrutius.

En 1050, il est fait mention d'un Robert de Fercé, seigneur. En 1239, Philippe de Fercé est vassal du seigneur de La Suze. La topographie du site explique assez aisément l'installation d'un petit seigneur sur un promontoire dominant la sortie d'une boucle de la rivière. La route de Sablé perturbe un peu la lecture du site, mais il reste assez facile à expliquer. Le bourg médiéval devait se situer entre la Sarthe, la route de Pirmil et la route de Maigné, avec une résidence seigneuriale à proximité immédiate de l'église.

Fercé dans la première moitié du XIXème siècle.

Fercé dans la première moitié du XIXème siècle.

Fiente (La) (1826, C1) : Curieux toponyme que celui-ci ! Mais l'explication est assez simple. Le mot désigne généralement un endroit boueux, marécageux. Or la Fiente est au bord de la Gée à quelques centaines de mètres de la Sarthe. Dans la même famille de toponymes, nous avons en Sarthe de petits ruisseaux nommés « Merdereau ».

 

Foucherie (La) (1826, A2) : L'endroit habité par Foucher. Le lieu de la Foucherie est cité dans un document du XIVème siècle concernant un accord entre des personnes de Vilclair et de la Bésiguère (Pirmil).

 

Gée (La) (1826, A1) : La rivière Gée prend sa source à Neuvy en Champagne et Cures puis se jette dans la Sarthe à Fercé, servant alors de limite communale avec Noyen. Il existe des lieux-dits qui ont le même nom et que l'on dit venir du nom latin « Gaius ». Mais très souvent, les cours d'eau ont une origine plus ancienne. Gée pourrait venir d'un mot celtique que l'on retrouve en breton (gouer), mais aussi dans d'autres langues d'origine celtique comme le gallois (gofer) et que l'on peut traduire par « ruisseau ».

 

Gué-Morin (1826, C1) : Le lieu est sur la Gée en limite communale avec Noyen et il y avait un moulin. Le toponyme témoigne d'un passage ancien antérieur à la construction de la route de Sablé, passage se faisant près du lieu habité par Morin.

 

Guimandière (La) (1826, C1) : Le nom du lieu vient du patronyme Guilmand présent dans l'ouest de la France. Au XVIIème siècle, ce sont les de Vahays qui acquièrent la métairie de la Guimandière. En 1750, le lieu est qualifié de bordage.

Haute Belle (1826, D1) : Le bordage de Haute-Belle appartenait à la cure de Fercé. Il a été vendu lors de la Révolution. Difficile de comprendre l'origine de ce nom. Pour certains, cela est en rapport avec la divinité celte Belenos. Cela nous semble très hasardeux en l'absence de données très concrètes. Peut-être faut-il se rapprocher du patois sarthois « baile » qui désigne le cresson, et donc le nom serait en rapport avec un lieu humide.

 

Herpinières (Les) (1826, B) : Le lieu habité par Herpin. Lors de la vente des biens nationaux au moment de la Révolution Française, des vignes et champs des Herpinières sont mis en vente ; ces terres relevaient de la cure de Fercé.

 

Leu (Le Petit) (1826, D1) : En vieux français, le « leu » est le loup. Nous sommes en bordure de la forêt de Longaunay et il paraît normal de trouver ici un toponyme ayant un rapport avec le loup. A La Suze, on trouve un « Loupendu », mais également des « Chanteloup » à Souligné et Etival.

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 10:28

Nous commençons aujourd'hui l'exploration toponymique d'une autre commune du Val de Sarthe, Fercé sur Sarthe.

Le nom des lieux de nos communes : Fercé sur Sarthe

Beuguelière (La) (1826, B) : L'écriture de ce lieu a varié avec le temps. En 1670, on trouve « La Bouglière » (partage entre les héritiers de la famille Morin ; c'est Renée Morin, épouse de Jacques de Vahays, qui choisi ce bien) puis « La Bougellière » en 1724 ou encore « La Buglière » au milieu du XIXème siècle. C'est la forme « Bouglière » qui nous informe sur l'origine du nom du lieu puisque cela désigne l'endroit habité par « Bougler », un patronyme fréquent en Sarthe par le passé. Lors de la Révolution, certains champs du lieu qui relevaient de la fabrique de Fercé ont été mis en vente comme biens nationaux.

 

Bordage (Le) (1826, C2) : C'est un nom de lieu très fréquent en Sarthe. Un bordage est une petite exploitation agricole de quelques hectares ; il est loué à un bordager. A un niveau plus important est la métairie qui est exploitée par un laboureur. A noter qu'en 1670, une partie du lieu est acquise par René de Vahays et on parle de la métairie du Bordage, ce qui est plutôt étonnant et drôle.

 

Breslay (1826, E2) : L'origine du nom « Breslay » n'est pas très sûre ; mais pour certains cela serait en rapport avec l'eau, une zone humide. Or Breslay se situe près de la Sarthe sur la rive sud d'un ruisseau. Breslay est un fief ancien de Fercé. Est cité en 1239, Hugues de Brellai vassal du seigneur de La Suze. Est également fait mention en 1266 de Mahot et Huet de Braelay, mais il est difficile de rattacher clairement ces deux individus à Fercé même s'il existe sans doute un lien avec la forêt de Longaunai. Ce fief appartenait en 1470 à Suzanne de Launay, et une autre Suzanne de Launay en 1606, famille liée aux de Launay de Pirmil. En 1670, Breslay est acheté par Marie-Madeleine de Sallaine épouse de René de Vahays.

 

Brosse (Grande) (1826, E1) : Le toponyme « Brosse » a la même racine que le mot « broussailles ». Il indique très souvent un lieu qui a été défriché. L'endroit est sur la rive gauche de la Sarthe en bordure de la forêt de Longaunay, et l'idée d'une terre défrichée au Moyen-Age est tout à fait envisageable. En 1744, la métairie de la Brosse est vendue par Pierre François Jardrin à Julien Pichonneau.

 

Brosse (Petite) (1826, E1) : voir ci-dessus.

 

Bussonnière (La Grande) (1826, D1) : Il est parfois difficile dans les documents anciens de faire la différence entre la Grande Bussonnière et la Petite-Bussonnière. D'un point de vue toponymique, la Bussonnière est le lieu habité par Busson. Au XVIIème siècle, ce sont les de Vahays qui acquièrent la Bussonnière. En 1739, la métairie de la Bussonnière est apportée en dot par Louise Chappelain, fille de défunt Claude Chappelain, conseiller au Mans et de Marie-Eléonor Brochard. En 1676, cette terre appartenait déjà aux Chappelain. Le fief appartient encore en 1775 à Mme Chaplain, veuve de M. Leboindre.

La Grande Bussonnière, Cadastre 1826

La Grande Bussonnière, Cadastre 1826

Bussonnière (La Petite) (1826, C2) : Le lieu appartenait à Laurent de Courbefosse, maître des comptes du comté du Maine, au XVème s. et au XVIème siècle, il est question d'un François de Courbefosse qui effectue une transaction avec Jean de Vaulogé à propos de la Petite-Bussonnière. A la fin du XVème siècle est également cité Jean V de Vaulogé comme détenant le fief de la Petite-Bussonnière ; il le tenait de sa femme Catherine Odart de Cursay. Au XVIIème siècle, ce sont les de Vahays qui acquièrent la Bussonnière.

 

Chardonnières (Les) (1826, A2) : On pourrait y voir l'endroit où il y a des chardons. Mais il paraît plus raisonnable de dire que c'est le lieu habité par Chardon, patronyme très présent en Sarthe. Lieu appartenant à Jeanne Minier, veuve de Jean Pauvert, en 1528.

 

Clémentière (La) (1826, B) : Le lieu habité par Clément.

 

Cornuère (La Grande) (1826, A1) : L'endoit habité par Cornu. Le lieu semble avoir été en tourne à la fin du XVIIème siècle.

 

Enaudières (Les) (1826, D2) : Le lieu où réside Esnault. En 1739, « L'Esnauderie » est apportée en dot par Louise Chappelain, fille de défunt Claude Chappelain et de Marie-Eléonor Brochard.

 

Epinettes (Les) (1826, A2) : Ce toponyme est à classer dans la catégorie des noms de lieu liés à la végétation. Il indique une terre couverte d'épines.

A SUIVRE ...

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 14:51

Biens à vendre par autorité de justice.

 

On fait savoir à tous qu'il appartiendra , que le mardi 8 octobre 1816 , dix heures du malin , à l'audience des criées du tribunal de première instance de l'arrondissement de la Flèche , séant audit la Flèche, au palais de justice, près la place du Pilori , il sera procédé à la première publication du cahier des charges qui sera dressé pour parvenir à la vente , par suite de saisie immobilière ;

1°. D'une maison manable, cour et jardin;

2. D'une pièce de terre nommée le champ Pigeon , conten. 31 ares ;

3. La pièce de terre nommée le champ du Poirier , conten. 62 ares;

4. Un cloteau de terre, contenant 15 ares ;

5. Quarante-huit ares de vigne, situés au clos nommé le clos Pourri;

6. Seize ares de vigne, situés ou clos nommé le clos Duval ;

7. Une pièce de terre nommée le champ de la Fontaine , contenant 88 ares.

Lesdites maison, cour, jardin, terres labourables et vignes composant le lieu de la Buguelière , situés commune de Fercé-sur-Sarlhe , canton de Brûlon , arrondissement de la Flèche , occupes et exploites par le sieur François Jupin , cultivateur , demeurant audit lieu de la Buguelière , dite commune de Fercé.

Lesdits biens saisis immobilièrement sur ledit sieur Jupin.

A la requête du sieur Louis Rousseau, cordier , demeurant commune de Noyen , au nom et comme mari de Madelaine Eluau ;

Par procès-verbal de Dhuy , huissier à Malicorne , en date du 19 Juillet 1816, enregistré le même jour, transcrit au bureau des hypothèques de la Flèche , 1e 22 dudit mois, de juillet , et au greffe du susdit tribunal , le 26 du même mois , dont copie a été laissée à M.Gousselin , commis-greffier de la justice de paix du canton de Brûlon, et à M, Gaulupeau , adjoint au maire de la commune de Fercé.

Me Honoré-Anne-Jacques Lelasseux , licencié en droit et avoué audit tribunal , demeurant à la Flèche , rue de l'Hôtel-de-Ville , est constitué et chargé d'occuper pour le saisissant.

Fait à la Flèche, le 27 juillet 1816. Signé , Lelasseux.

Enregistré à la Flèche ; le 27 juillet 1816 , folio 91 , verso , case 5, reçu 1 fr. 10 cent. Signé , Thouvenin,

Le Buguelière sur le cadastre de 1826.

Le Buguelière sur le cadastre de 1826.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 19:22

Nous reproduisons ici le texte de Fortuné Legeay publié en 1888 dans la Revue Littéraire du Maine.

Tous les historiens du Maine ont reproduit, d'après la Légende dorée des évêques du Mans, les malheurs de la Belle-Fille du seigneur Gaudin de Chemiré (Sarthe), et la pénitence infligée à sononcle Damase. Une nouvelle inédite a été faite sur cet événement et une autre, sans nom d'auteur que nous reproduisons presque entièrement, a été publiée il y a environ cinquante ans et est devenue très rare; nous croyons qu'elle intéressera nos lecteurs.

En partant du Mans pour se rendre à Sablé, on rencontre, après avoir traversé les communes de Saint-Georges et de Saint-Léonard, un petit village charmant, bâti entre deux coteaux de l'aspect le plus pittoresque : c'est Chemiré-le-Gaudin.

La légende du château de Bellefille, commune de Chemiré le Gaudin.

Il y a sept siècles, Chemiré devait son importance à son château féodal, jeté au milieu d'une nature abrupte, et dominé par les bois séculaires qui couronnaient les coteaux voisins. Au nombre des trésors que l'on pouvait admirer dans le manoir du seigneur Gaudin, se trouvait une belle et gracieuse jeune fille, l'orgueil de son père et la joie de ses jours. Dans tous les castels du Maine, il n'était bruit que des charmes de la séduisante Damegerose connue sous le nom de la Relie-Fille. Il fallait la voir au moment où le soleil commençait à dorer la cîme de la forêt, montée sur sa haquenée, poursuivant le cerf dix cors que la meute seigneuriale avait arraché à sa douce solitude, ou bien quand son œil noir et limpide suivait avec agitation dans les airs le faucon prêt à saisir sa proie. Tantôt grave et majestueuse, elle apparaissait au milieu des rudes chasseurs, comme la fée de la vallée ; tantôt rieuse et légère, elle parcourait en folâtrant la vaste colline, vive et capricieuse comme le lutin des bruyères.

Près de Chemiré-le-Gaudin se trouve le village d'Asnières — contrée où l'on élevait anciennement des ânes. — Il y a sept cents ans, vers l'an de grâce 1140, la seigneurie d'Asnières avait une haute importance ; elle était le patrimoine d'un gentilhomme mécréant et libertin, craignant peu les menaces des serviteurs de Dieu. Damase, était le nom de ce seigneur.

La légende du château de Bellefille, commune de Chemiré le Gaudin.

Par un belle matinée du mois de mai, il vint, monté sur un bon cheval au col long et aux jambes fines, et suivi de ses piqueurs, visiter le seigneur de Chemiré, son frère et son ami, pour essayer sa meute et juger le vol de ses faucons. Bien qu'il eût déjà passé les premiers temps de sa jeunesse, vous eussiez en le voyant, admiré la noblesse de sa tournure, sa taille élégante, sa force musculaire, son regard pénétrant, et il eût pu vous cacher dix années de son âge, si des rides assez profondes n'eussent sillonné son front élevé, en partie dégarni de l'épaisse chevelure noire qui l'avait ombragé jadis.

Damase fut gracieusement accueilli dans le manoir de Chemiré; il pressa avec cordialité la main du seigneur Gaudin, et ses lèvres se posèrent sur le beau front d'ivoire de sa jolie nièce. A peine l'avait-il aperçue quand elle était encore enfant, et il retrouvait aujourd'hui en elle une des merveilles de la création ; je ne sais s'il se rendit compte des mouvements spontanés de son cœur, ou s'il se crut attiré vers elle par les doux liens de la

parenté, mais de ce moment il s'attacha à ses pas, et ne cessa de l'entourer des plus gracieuses attentions. L'homme au caractère ardent, à la volonté de fer, s'amollit au souffle d'une jeune fille ; et lui qui n'aurait pas cédé aux ordres de Dieu lui-même, devint un esclave soumis ; la triple cuirasse dont était entouré le cœur de Damase était tombée aux pieds de Damegerose.

Un mois entier s'écoula comme un jour au milieu des festins des fêtes et des plaisirs de la chasse ; et sans un fâcheux incident rien n'aurait troublé la joie à laquelle se livraient les hôtes du manoir de Chemiré. Une chasse au vol avait été préparée longuement à l'avance, l'épervier favori de la Belle-Fille devait y jouer un rôle principal. A peine venait-on d'entrer dans la plaine, quand le fauconnier trouva l'occasion de le lancer sur une bande de ramiers que l'approche des chasseurs avait mis en fuite. Damase désireux de faire admirer son adresse, prit un arc, et au moment où l'oiseau bien-aimé de Damegerose allait fondre sur sa proie, il voulut lui ravir une victoire assurée. Cependant le trait parti d'une main forte n'atteignit pas son but ; par un fatal coup du hasard, il alla au contraire frapper le malheureux épervier, qui tomba sans vie aux pieds de sa belle maîtresse. La jeune châtelaine de Chemiré n'avait pas compris les désirs ardents dont elle se trouvait l'objet; elle était bien loin de partager la passion dont son oncle brûlait pour elle, mais elle avait été flattée de ses soins assidus; la perte de son oiseau chéri lui révéla en partie le véritable état de son cœur. La journée se passa sans gaîté et l'on rentra de bonne heure au château.

Damase devait retourner dans ses terres, mais il avait formé le projet de n'y pas retourner seul. A la chute du jour, quand tout le monde fut réuni sur la grande plate-forme du donjon, où l'on venait souvent respirer l'air pendant les délicieuses soirées du printemps, il dit au seigneur Gaudin : Beau sire, mon frère, il me faut bientôt vous quitter, j'ai vilainement, et par maladresse insigne, causé des chagrins à qui j'aurais voulu laisser de doux souvenirs; si vous le permettez, je pourrai, je l'espère, réparer en partie ma faute. Confiez-moi ma nièce Damegerose. Je veux lui faire choisir dans ma fauconnerie le plus merveilleux de mes oiseaux ; sous trois jours, deux de mes fidèles écuyers vous la ramèneront contente et oublieuse du passé.

Vous me demandez-là une grande preuve d'amitié, messire mon frère ; je suis toutefois trop heureux de vous voir pour vous rien refuser ; je veux bien, si Damegerose y consent, la mettre sous votre sauvegarde durant trois jours, pour visiter votre château d'Asnières.

Dois-je espérer, belle nièce, de vous voir consentir à ma demande? Je veux employer tous les moyens en mon pouvoir pour dissiper le nuage dont j'ai couvert votre front, et pour sécher les larmes de vos jolis yeux.

Si monseigneur mon père le permet, répondit la belle fille, j'irai volontiers visiter vos beaux faucons. On les cite avec éloge dans toute la contrée. Mons Berthaule, votre fauconnier, est digne, j'en suis certaine, de sa haute réputation.

Vous me rendez joyeux pour longtemps, belle nièce; vienne jeudi, jour consacré à monseigneur Saint- Joseph, nous chevaucherons vers mon manoir d'Asnières, et bien malheureux serai si je ne trouve le moyen de vous en rendre le séjour agréable.

Trois jours après cette conversation, la timide demoiselle de Chemiré reposait tranquillement sous le toit seigneurial du château d'Asnières. Mais dès le second jour de son arrivée, Damegerose n'avait pas douté de l'ardent amour de son oncle. Il faut le dire aussi, elle se sentait bien entraînée vers lui par un sentiment vague et mystérieux, cependant elle regrettait d'avoir abandonné si légèrement le toit protecteur de son père.

Les trois jours fixés pour l'absence de Damegerose étaient expirés; le lendemain, dès l'aube, elle devait reprendre le chemin de Chemiré ; à cette pensée, un léger sourire errait de temps en temps sur le bord de ses lèvres; mais ce dernier jour elle sentit en elle-même, après le repas du soir, un trouble étrange ; son sang après avoir coulé avec une activité inaccoutumée dans ses veines, semblait s'être concentré tout entier dans le cerveau ; ses paupières devenaient d'une pesanteur insupportable, et tous ses efforts étaient vains pour résister au sommeil.

Les femmes chargées de son service furent appelées et s'empressèrent de la conduire dans son appartement. La chambre qu'occupait Damegerose était située dans une tour orientée vers le sud, et l'on y parvenait par deux longues et étroites galeries communiquant, l'une avec le corps principal du manoir, et l'autre avec un vaste pavillon carré, dont le pied était baigné par les eaux de la Vègre, et la tête couronnée de créneaux ; c'était l'habitation particulière du seigneur du lieu.

La légende du château de Bellefille, commune de Chemiré le Gaudin.

La jeune fille fut à peine étendue sur sa large couche, qu'un sommeil profond anéantit tout son être. Ses femmes, après avoir veillé une heure auprès d'elle, et s'être assurées qu'elle ne pouvait avoir aucun besoin de leur secours, se retirèrent sans bruit dans leur appartement, et la laissèrent goûter le repos dont elle paraissait avoir besoin. Depuis longtemps déjà le plus grand silence régnait dans le château d'Asnières, et n'était interrompu que par les pas mesurés des gardes placés sur le donjon et à la porte du pont-levis.

Tout à coup Damegerose crut s'éveiller sous l'impression d'un songe pénible : elle vit la riche draperie, placée au fond de son alcôve, s'agiter légèrement, puis elle s'imagina qu'une ombre humaine passait devant elle. Elle voulait crier, mais sa langue resta muette, elle voulut repousser la vision, et ses bras retombèrent sans force; puis elle perdit tout à fait la conscience d'elle-même et retomba pour plusieurs heures encore dans son premier sommeil

Les rayons du soleil commençaient à pénétrer à travers les ouvertures étroites de la tour, quand elle sortit de cette sorte d'affaissement léthargique, dans lequel elle était tombé depuis la veille au soir. Elle avait à peine ouvert les yeux qu'elle voulut pousser des cris aigus, mais elle ne put prononcer que des sons mal articulés qui se perdirent sous la voûte de l'appartement.

Le retour à Chemiré fixé pour ce jour là n'eut pas lieu, et plusieurs semaines après cet événement, Gaudin avait en vain envoyé à diverses reprises quelques-uns de ses écuyers, pour ramener sa fille près de lui. Le scandale était devenu public : le seigneur Gaudin ne pouvait manquer de chercher à tirer vengeance de la déloyauté de son frère. Il assembla ses hommes d'armes et résolut d'aller l'attaquer dans son château; mais il aurait fallu des forces bien supérieures à celles dont pouvait disposer le père de Damegerose pour forcer Damase derrière ses bonnes murailles.

Après plusieurs jours passés en attaques infructueuses,Gaudin sentit l'inutilité de ses efforts. Il se retira dans l'intention d'appeler à son aide tous les seigneurs de la contrée, qui ne pourraient se refuser à lui prêter main-forte dans une semblable circonstance.

Deux mois entiers s'écoulèrent en nouveaux préparatifs. Tous les chevaliers alliés de Gaudin s'étaient rassemblés, on n'attendait plus que le châtelain de Pirmil, quand un incident vint arrêter la marche de cette petite croisade. Damase, effrayé sans doute à la nouvelle de ces dispositions hostiles, et craignant de ne pouvoir résister aux efforts réunis de tant de gentilshommes, envoya un message à son frère, pour lui promettre que sous deux jours Damegerose rentrerait au manoir de Chemiré, s'il voulait renoncer à ses projets de guerre.

Avant de prendre une détermination, Gaudin crut devoir consulter ses alliés; les avis furent partagés, et l'on remit au lendemain à arrêter une décision positive. Cette journée se termina au milieu d'un splendide banquet que le chef de l'entreprise offrit à ses amis.

Le lendemain, Gaudin ne parut pas à l'heure convenue. La réunion avait été projetée au milieu d'une plaine située entre Fercé et Noyen; plusieurs heures se passèrent dans une vaine attente ; on allait même se séparer, quand on aperçut un homme se dirigeant vers les chevaliers de toute la vitesse de son coursier ; c'était le bon cheval de bataille du seigneur de Chemiré, mais il n'était pas monté par son maître.

Messeigneurs, dit le messager, celui que vous attendez ne reparaîtra plus au milieu de vous, car il a passé de vie à trépas. Ce matin, nous l'avons étendu mort sur sa couche. Les horribles contractions de son corps, et le bouleversement des traits de son visage, nous ont fait soupçonner une longue et pitoyable agonie. Tous, à cette nouvelle imprévue, restèrent muets d'étonnement. Le jeune Gauthier de Saint-Léonard rompit le premier le silence.

Le bourg de Louplande, anciennement Saint-Léonard.

Le bourg de Louplande, anciennement Saint-Léonard.

Je ne sais, Messeigneurs, si vous avez remarqué comme moi hier soir, pendant le souper, l'envoyé d'Asnières dans la salle du banquet. Je crains...

Pas de soupçons précipités, mon jeune ami, dit le vieux seigneur d'Arthenay; si ma voix pouvait être de quelques poids dans cette assemblée,je vous engagerais, Messeigneurs, à recourir à l'autorité de notre saint évêque, messire Hugues de Saint-Calais.

C'est bien dit, reprit Gauthier de Saint-Léonard, et puisse le mécréant être traité comme il le mérite.

La proposition du vieux seigneur d'Arthenay fut approuvée de toutes parts, et on se sépara en le chargeant d'envoyer un messager à Hugues de Saint-Calais, pour l'informer de l'indigne conduite du seigneur Damase.

Hugues, évêque du Mans, lit une enquête et fut indigné de l'infâme conduite du seigneur d'Asnières. Il résolut d'appeler sur le front du coupable toutes les foudres de l'Église.

Le prieur de Solesmes, chargé d'examiner les faits, en rendit bientôt un compte exact, et affirma que Damase paraissait résolu de continuer à vivre dans son impénitence. Hugues ne balança plus alors à lancer contre cet indigne gentilhomme une sentence d'excommunication, et envoya en conséquence Odoart et dom Gerbrandt, religieux de l'abbaye de Saint-Vincent, pour la lui signifier.

Leur mission fut mal accueillie.

«  Allez dire à votre évêque, leur répondit Damase, que je ne crains ni lui, ni ses censures ; qu'elles ne me feront pas perdre le goût du pain et du vin, et ne m'ôteront pas l'usage de l'eau et du feu. »

Hugues, étonné d'une semblable audace, crut devoir faire usage du pouvoir que le ciel paraissait avoir confié à sa sagesse. Il prédit sur-le-champ au coupable que s'il persistait dans son obstination, et s'il ne se séparait pas de sa malheureuse nièce, avant six mois, le feu et l'eau mettrait un terme à sa vie. Cette prédiction fit sourire de dédain le seigneur d'Asnières; et les remords ne trouvèrent aucune place dans son cœur.

Cinq mois s'étaient à peine écoulés depuis cet événement, lorsqu'un jour, suivi d'un seul fauconnier, il voulut aller essayer le vol d'un oiseau nouvellement dressé, et qu'il destinait à Damegerose. Il se rendit dans une plaine peu éloignée de son manoir, et située entre les paroisses de Parce et de Beaucé. Le soleil, ce jour-là, brillait avec éclat, le ciel était pur, la terre semblait parée de tous ses charmes, seulement on voyait à l'horizon, du côté du midi, se former un point noir, que des gens superstitieux auraient pu regarder comme un mauvais présage.

Peu à peu des nuages s'amoncelèrent de toutes parts, l'atmosphère devint pesante, le jour fit place à l'obscurité, de rapides éclairs se croisèrent en tous sens; puis on entendit dans le lointain comme le roulis d'un char pesant emporté par des coursiers fougueux ; bientôt l'orage grandit avec une rapidité effrayante la nue s'ouvrit pour laisser échapper des torrents de pluie; les éclats d'un nouveau tonnerre répondirent au murmure d'un tonnerre qui n'avait pas cessé de gronder; tous les éléments parurent eu un instant conjurés, afin de porter la désolation dans la plaine où se trouvaient Damase et son fauconnier.

Damase, homme fier et d'un courage à toute épreuve, ne put toutefois s'empêcher de ressentir un mouvement d'effroi à la vue du ciel en courroux; ses crimes vinrent se placer devant lui comme des ombres menaçantes : il voulut fuir. En ce moment il se trouvait sur le bord de la Sarthe, en face d'une éminence, au pied de laquelle la rivière a creusé son lit, en formant un léger détour. Là s'élevait alors une maison de modeste apparence, connue dans le pays sous le nom de la Perrine-de-Cré. Mais, pour y parvenir, il fallait gagner l'autre rive; le trajet était long et l'eau, agitée par la tourmente, n'avait rien de rassurant.

Avoise, la Perrine de Cry.

Avoise, la Perrine de Cry.

Cependant Damase aperçut une barque amarrée près du bord et retenue par un faible lien; il la détacha facilement et y prit place, suivi de son fauconnier. Après des efforts inouïs, ils parvinrent à faire la moitié du trajet ; mais, dans ce moment même, l'orage se déploya avec un nouveau degré de fureur, les éclairs jaillirent de toutes parts sans interruption, la rivière parut une mer de feu, la nuée se déchira avec un horrible fracas, et la foudre plus rapide qu'une flèche, vint en ricochant frapper le léger esquif, qui disparut sous les eaux.

Le ciel parut alors avoir épuisé sa colère; la pluie cessa de tomber, le tonnerre ne gronda plus qu'à de longs intervalles, et la nature, accablée sous le poids d'un horrible bouleversement, sembla sortir de sa stupeur, et se montra belle de nouveaux attraits. Cependant le manoir d'Asnières resta veuf de son seigneur, et Damegerose passa toute la nuit dans une poignante inquiétude.

Le lendemain, plusieurs hommes d'armes furent expédiés sur divers points, mais leurs recherches restèrent sans résultat. Plus de huit jours s'écoulèrent encore, laissant la Belle-Fille incertaine sur le sort du seigneur Damase. Enfin un batelier, en retirant ses filets, trouva près de l'île de Sablé, un corps mutilé par la foudre et entièrement corrompu, à la suite d'un long séjour sous l'eau : c'était celui du fauconnier d'Asnières. Cet indice fit soupçonner le sort du seigneur Damase, mais tout fut inutile pour retrouver les moindres traces de sa personne.

Peu de temps après ce funeste événement, la fille de Gaudin de Chemiré, accablée de remords, se rendit au Mans, et vint se jeter aux pieds de Hugues de Saint-Calais. Elle parvint, par l'aveu de ses fautes et par son repentir, à toucher le cœur du prélat; il comprit combien les séductions avaient eu d'empire sur son cœur, où le mal auparavant n'avait jamais eu d'accès, et après avoir retracé, dans sa sainte indignation, le tableau des

fautes de la jeune fille, il consentit à l'absoudre du passé sous la condition d'une pénitence perpétuelle. Damegerose aurait bien voulu se retirer pour toujours au fond d'un monastère, afin d'y pleurer ses péchés, mais Hugues fut inflexible sur ce point; il lui interdit l'entrée de toute maison religieuse, et exigea qu'elle passât le reste de sa vie dans la solitude, afin d'anéantir à jamais le souvenir de ses erreurs. Elle se retira alors avec deux de ses parentes, entièrement dévouées à ses malheurs, dans un domaine qu'elle tenait de son père. Là, elle fit élever un petit oratoire où pendant près de cinquante ans elle vint prier chaque jour. Ce petit oratoire était fréquenté par trois femmes, dit la chronique, dont l'une était jeune encore. Celle-ci, malgré le profond chagrin dont ses traits portaient les traces, laissait apercevoir une beauté peu commune. Une violente douleur se lisait dans son humble regard, et la couleur sombre de ses vêtements se trouvait en harmonie avec l'état ordinaire de son âme ; les deux autres paraissaient l'entourer de soins bien tendres, et leurs prévenances annonçaient le plus entier dévouement.

A la mort de Damegerose le petit oratoire tomba en ruine, et à sa place un château fut construit et appelé du nom de Belle-Fille.

Le manoir de Bellefille

Le manoir de Bellefille

Le château de Belle-Fille, qui n'a rien de remarquable, a appartenu successivement aux maisons de Courthardy, du Bellay, Levayer de Lignerolles, de Hautefort, Nepveu, de Sarcé; il est actuellement à M. de Longueval-d'Haraucourt.

Pierre de Courthardy, premier président au Parlement de Paris, est né au château de Belle-Fille; il est mort à Paris, le 25 octobre 1505. Son coeur fut mis dans la chapelle de l'église des Jacobins, qu'il avait fait bâtir, et son corps inhumé dans une des chapelles de l'église de Chemiré-le-Gaudin. Sur sa tombe, on lisait une inscription indiquant qu'il était seigneur de Viré, de Brûlon et de Belle-Fille.

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Published by Philippe
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