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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 16:11


La tradition populaire locale veut que Gilles de Rais ait résidé à La Suze. On appelle d’ailleurs le château de La Suze « château de Barbe Bleue » ; la tradition dit également que des crânes et des instruments de torture y auraient été découverts. Qu’en est-il réellement ?

 

 

Voyons d’abord qui était Gilles de Rais. Né en 1404 ou 1405 de Guy II de Laval et de Marie de Craon, il devient orphelin à dix ans et est élevé avec son frère René par son grand-père, Jean de Craon, seigneur de La Suze. En 1422, il épouse Catherine de Thouars, sa cousine. Puis il participe activement à la guerre de Cent-Ans en combattant les Anglais aux côtés de Jeanne d’Arc. Après la mort de celle-ci en 1431, Gilles de Rais se retire sur ses terres. Très vite il s’endette et se renferme sur lui-même. Il mène diverses actions pour récupérer certaines de ses terres. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il s’attire les foudres du clergé en n’hésitant pas à entrer dans les églises les armes à la main et en menaçant les curés. C’est à la suite de l’enquête de 1440 par l’évêque de Nantes sur ce sacrilège qu’apparaissent les premiers témoignages sur les actes commis par Gilles de Rais.

On l’accuse d’avoir fait disparaître une centaine d’enfants et d’adolescents, mais aussi de pratiquer la magie et de pactiser avec le diable. Il est arrêté le 15 septembre 1440, jugé en procès ecclésiastique entre les 8 et 25 octobre 1440. Le 26 octobre, il est exécuté avec certains de ses complices.

 

 

D’où vient cette tradition sur la présence de Gilles de Rais à La Suze ?

Tout d’abord, nous l’avons vu, les seigneurs de La Suze sont de la même famille que celle de Gilles de Rais. En 1432, Jean de Craon meurt. Il était seigneur de La Suze ; la seigneurie passe alors à René de Rais, frère de Gilles. On dit parfois que Gilles eut une partie de la seigneurie de La Suze, mais nous n’en avons pas trouvé de preuves.

Il est vrai cependant que Gilles de Rais est passé en Sarthe lors de la guerre de Cent-Ans. On le dit présent à Sillé-le-Guillaume et à Conlie vers 1434-1345.

 

Le deuxième point est la clé de l’énigme. Selon les pièces du dossier du procès de Gilles de Rais, il existe un hôtel de La Suze appartenant à Jean de Craon puis légué Gilles  en 1432 et dans lequel furent trouvés des ossements humains. Mais cet hôtel particulier se situe à Nantes, paroisse Notre-Dame. C’était un bâtiment richement décoré qui n’était pas sans faire de l’ombre au château des ducs de Bretagne. On y trouvait également une riche chapelle dotée d’une vingtaine de clercs. En 1495, la duchesse Anne de Bretagne en fit le siège de la Chambre des Comptes.

C’est au 19ème siècle que semble s’établir la confusion entre La Suze (72) et l’hôtel de La Suze à Nantes. On trouvera ainsi cette erreur dans la célèbre « Histoire de France » de Jules Michelet publiée en 1841. Puisque Michelet le disait, c’est que cela était vrai.

 

Le temps, la légende, les confusions et la vox populi ont fait un amalgame dont s’est emparée la ville de La Suze en Sarthe.

On peut lire sur plusieurs sites Internet, mais également dans divers articles, cette histoire des restes humains découverts au château de La Suze (72). On sait maintenant que ce n’est qu’une légende issue d’une mauvaise lecture des documents.

 

 

Voici une liste d'extraits de documents qui permet de visualuer la confusion entre l'hôtel de La Suze à Nantes et La Suze (72) :


Avant 1440, Archives Départementales de la Loire-Atlantique

Vente par Gilles de Retz au chapitre de Notre-Dame, de Nantes, d'une rente de 40
livres à prendre sur l'hôtel de la Suze, pour 424 écus

 

1825, Le Lycée Armoricain, Cinquiéme volume, p. 610

Suivez-moi maintenant dans la rue Notre-Dame, et visitons l’hôtel de La Suze. Quoi ! vous ne frémissez pas ? Songez-donc que ce fut la demeure de ce fameux Gilles-de-Retz, de ce grand coupable, qui, sous le nom de Barbe-Bleue, vous a tant fait trembler dans votre enfance.

 

1844, La Bretagne ancienne et moderne, p. 481

On trouva dans les souterrains de Tiffauges, dans la tour de Chantocé, dans les latrines du château de la Suze, les cadavres ou les squelettes de cent quarante enfants massacrés et flétris

 

1844, Aristide Mathieu Guilbert Histoire des Villes de France, p. 267

Ses châteaux de Machecoul, de Tiffauges, son hôtel de La Suze, à Nantes, étaient devenus d’infernales officines dont personne n’osait s’approcher …

 

1846, Leitch Ritchie, The magician, The parlour Novelist, p. 278

“My lord” said Andrew, who could no longer whitold, “after taking your instructions regarding certain bales, furnished by Jacquin Houpelande, the arrival of which at the Hôtel de La Suze I am come to announce, the young man, if so please you, can proceed to Nantes with me”. Gilles de retz stood all this while glaring at the scholar, with a mixture of surprise and indignation in his feelings to which he thought it beneath his dignity to give vent.

 

1846, Antoine Eugene de Genoude, Histoire de France, Tome X,  p. 33

On trouva dans la tour de Chantocé une pleine tonne d’ossements calcinés, des os d’enfants en tel nombre qu’on présuma qu’il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de La Suze, dans d’autres lieux, partout où il avait passé. Partout il fallait qu’il tuât … On porte à cent quarante le nombre d’enfants qu’avait égorgés la bête d’extermination.

 

1852, Jules Michelet, Histoire de France jusqu’au XVIème siècle, Nouvelle Edition, Tome 5, p. 211

On trouva dans la tour de Chantocé une pleine tonne d’ossements calcinés, des os d’enfants en tel nombre qu’on présuma qu’il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de La Suze, dans d’autres lieux, partout où il avait passé. Partout il fallait qu’il tuât … On porte à cent quarante le nombre d’enfants qu’avait égorgés la bête d’extermination.

 

1853, Pierre Dufour, Histoire de la prostitution chez tous les peuples du Monde, p. 325

On trouva , dans les souterrains de Chantocé, de La Suze, d’Ingrandes, etc. les ossements calcinés et les cendres des enfants que le maréchal de Retz avait assassinés, après avoir abusé d’eux.

 

1854, Stendhal, Mémoire d’un touriste, p. 336

Ces sacrifices humains avaient eu lieu dans les châteaux de Machecoul, de Chantocé, de Tiffauges, appartenant au maréchal ; dans son hôtel de La Suze à Nantes, et dans la plupart des villes où il promenait sa cour.

 

1855, Victor Adolfe Malte-Brun, Auguste-Henri Dufour, La France illustrée: geographie, histoire, administration et statistique, p. ?

On en trouva également dans les latrines du château de la Suze, dans d'autres lieux, partout où il avait passé. Partout il fallait qu'il

 

1857, Henri Martin, Histoire de France, Tome VI, Quatrième Edition, p. 397

On trouva les ossements de cent quarante enfants dans les tours et dans les puits de Chantocé, de La Suze et dans d’autres châteaux du maréchal de Retz.

 

1858, Revue Archéologique, p. 731

On trouva dans les souterrains de Tiffauges, dans les châteaux de Machecoul, de Chansocé, de la Suze, les cadavres ou les squelettes de cent quarante enfants, massacrés après avoir été honteusement flétris

 

1861, Jules Michelet, Histoire de France, Nouvelle Edition, Tome 5, p. 196-197

On trouva dans la tour de Chantocé une pleine tonne d’ossements calcinés, des os d’enfants en tel nombre qu’on présuma qu’il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de La Suze, dans d’autres lieux, partout où il avait passé. Partout il fallait qu’il tuât … On porte à cent quarante le nombre d’enfants qu’avait égorgés la bête d’extermination.

 

1862, Bulletin de la Société Archéologique de Nantes, Tome second, p. 224

C’est aussi le 30 mai suivant [1434] que le chapitre de N.-D. acquit de Gilles de Rays, chevalier, seigneur de Rays et de Pouzauges, maréchal de France, quarante livres de rente sur la maison de La Suze, paroisse de N.-D et de Saint-Vincent, pour la somme de cent vingt-quatre écus d’or, en paiement desquels furent comptés deux cent quarante-trois écus d’or vieux et de bon poids, pesant ensemble trois marcs six onces et demi d’or, et deux cent vingt-cinq livres monnaie courante.

 

1881, Paul Le Coustour, Ballades et légendes Bretonnes: accompagneés de notices historique, p. 243

…dans les latrines du château de la Suze (Sarthe), les cadavres ou les squelettes de cent quarante enfants massacrés et flétris

 

1886, Eugène Bossard, Gilles de Rais, maréchal de France: dit Barbe-Bleue (1404-1440), p. 211

On trouva dans les souterrains de Tiffauges, dans la tour de Chantocé, dans les latrines de La Suze, les cadavres ou les squelettes de cent quarante enfants, massacrés ou flétris.

 

1886, Revue de l’Anjou, p. 31

Sur les bords de l'Erdre, à Nantes, on montre encore une maison qu'on appelle le château de Barbe-Bleue. C'est l'emplacement de son ancien hôtel de la Suze.

 

1908, Bulletins et mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, p. 490

Quand Gilles de Rais fut condamné par la Religion catholique, comme pour sa ...
On en trouva également dans les latrines du château de la Suze, à Nantes, à Rais,
à Tiffauges, à Machecoul, partout où Gilles de Rais avait passé. On évalue à 149 les enfants égorgés, sans compter un nombre illimité de femmes, dont cent,

 

1908, Francesco Protonotari, Nuova antologia, p. 676

Egli si chiamava Gilles de Retz, della casa di Lavai, della stirpe dei duchi ...  il suo palazzo de la Suze, a Nantes, superava di molto, per il suo fasto

 

1911, Ernest Lavisse, Histoire de France illustrée depuis les origines jusqu'à la révolution, p. 183

Au moins cent quarante enfants des deux sexes furent ainsi introduits dans les  châteaux de Tiffauges, de Machecoul, de la Suze,

 

1994, Michèle Brocard, Catherine Marçais, Anne de Chypre, duchesse de Savoie 1418-1462, p. 122

A Champtocé fut trouvée une quantité prodigieuse d’ossements calcinés, l’équivalent de quarante enfants. D’autres débris gisaient également dans les latrines du château de La Suze.

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