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Fillé-sur-Sarthe, comme l’indique son nom, est une commune située au bord de la Sarthe. Depuis la fin de 19ème siècle, le franchissement de la rivière se fait par un pont qui, à l’origine, permettait le passage du tramway.
Mais auparavant, il fallait passer le cours d’eau par d’autres moyens. Entre Le Mans et La Suze, il ne se trouvait aucun pont et on passait d’une rive à l’autre par un gué. A Fillé, il en existait un par exemple entre le moulin et le château de Buffe (aujourd’hui sur Guécélard) en contrebas du barrage. De nos jours, il est encore emprunté par quelques cavaliers.
Cependant, il y avait dans le bourg de Fillé un passage qui permettait de passer la rivière à sec. C’est ce que l’on peut encore voir sur le cadastre de 1844.
Le lieu du « port et passage de Fillé » est composé d’un maison et jardin situés au bourg de Fillé ainsi qu’une portion de pré située de l’autre côté de la rivière. Il appartient aux seigneurs de Fillé (les Leboindre puis les Daniel de Beauvais à partir de 1760). Les propriétaires s’engagent à fournir le matériel propre à faire la traversée de la rivière : les câbles, un grand et un petit bateaux, la charrière. D’ailleurs en 1760, le nouveau propriétaire, Louis François Daniel de Beauvais est tenu de remettre en état la charrière car celle-ci est hors d’usage. Cet entretien est important comme l’indique un bail de 1759 : « il est impossible que ledit port et passage demeure vacant seulement un jour sans exposer les héritiers à des dommages intérêts vers le public ».
Les bateaux ne devaient plus être en bon état puisque le bail de 1759 signale que « mondit sieur de Lorchère [exécuteur testamentaire de Jean Joseph Leboindre] fournira auxdits preneurs un des petits bateaux des parties d’eau dudit château du Gros Chesnay ». Il est même précisé plus loin : « Et attendu que la charrière qui est sur ladite rivière est présentement hors d’état de service, ne pourront lesdits preneurs s’en servir en aucune façon à cause des accidents qui pourraient arriver ; au contraire elle sera par lui laisser aller au fond de ladite rivière ».
On sait par l’inventaire des papiers de Jean Joseph Leboindre en 1758 qu’un bac, qui était au port de Fillé, avait été acheté à un nommé Hédin d’Angers.
Le locataire s’engage à faire passer les habitants moyennant paiement (la glane) ; mais il doit également faire passer gratuitement le propriétaire et sa femme, leur compagnie, les domestiques ainsi que les provisions et autres choses quand bon leur semble. Dans certains baux il est même dit que cela peut se faire pour les piétons comme les cavaliers de jour comme de nuit !
Le bail de 1794 nous informe également que le locataire devait faire goudronner le câble.
On trouve aussi l’information suivante dans le bail de 1759 et qui porte sur la sécurité : « lesquels bateaux qu’ils auront soin de tenir fermés de clef la nuit ».
Il n’est pas facile de déterminer le niveau de vie des pontonniers. Il existe cependant quelques indices. En 1694, René Chemin se paye une place de banc dans l’église de Fillé. En 1735, lors de l’assemblée des habitants portant sur les réparations de l’église, Joseph Perrière est parmi la « meilleure et plus saine partie du général » des habitants.
Le montant du fermage est le suivant :
1686 : 25 livres
1692 : 25 livres
1739 : 44 livres
1744 : 45 livres
1748 : 80 livres
1759 : 45 livres
1760 : 90 livres
1768 : 100 livres
1794 : 130 livres
Les différents passeurs selon les baux :
Avant 1686 : Nicolas Loriot.
1686 : René Chemin, marchand (lors de son mariage en 1685, il est dit cocher de Monsieur Leboindre).
1692 : René Chemin, tisserand.
1739 : Joseph Perrière, marchand et mari de Marie Chaussumier
1744 : Joseph Perrière, marchand et mari de Marie Chaussumier
1748 : Joseph Perrière, marchand et mari de Marie Chaussumier
1759 : Jean Letourmy, garçon meunier de Cérans-Foulletourte et Marie Fougerard, sa fiancée.
1760 : René Vigneron, garçon tisserand de Cérans-Foulletourte.
1768 : René Vigneron, pontonnier, et Marguerite Fournigault sa femme.
1794 : René Vigneron et Marguerite Fournigault sa femme.