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Cartulaire de Château-du-Loir (traduction du texte latin)
Ce document a été établi concernant la châtellenie de La Suze, ses coutumes et les péages qui existaient au temps de Guillaume des Roches, sénéchal d’Anjou.
De quelque lieu que vienne un marchand dans la châtellenie de La Suze avec sa marchandise, il devra payer le péage.
Si un marchand se rend aux foires d’Angers ou de Saumur et y achète une marchandise quelconque, il devra, à son retour, en entrant dans la châtellenie de La Suze, payer son péage pour la marchandise achetée ; pour le reste, il en sera libéré sur sa foi.
Cuirs : Taxe d'un denier.
Harengs : Un denier par millier.
Poissons [ou harengs] secs : Quatre deniers par millier ; un denier tournois par cent.
Charrette chargée de blé, de sel ou de noix : Un denier.
Charrette chargée de vin : Trois deniers tournois.
Charrette chargée de draperie : Quatre deniers pour le limonier [le cheval placé dans les limons pour tracter] au tirage de la charrette, et deux deniers pour les autres chevaux.
Charrette chargée de pelleterie [peaux et fourrures] : Quatre deniers pour le limonier, deux deniers pour les autres chevaux.
Charrette chargée d'agneaux : Deux deniers.
Charrette chargée de fil de laine : Quatre deniers pour le limonier, deux deniers pour les autres chevaux.
Une charge d'aloses [poisson] : Un denier.
Charrette chargée de chaux : Un denier.
Le fer : Un denier par cent.
L'acier : Quatre deniers pour douze faisceaux [liens].
La cire : Quatre deniers par poids.
Une charge de poivre : Quatre deniers.
Une charge de métal : Quatre deniers.
Le saumon : Quatre deniers, de telle sorte qu’un seul saumon [payé] libérera tous les autres [de la cargaison].
Une somme [charge de bête] de miel : Un denier.
Une somme d'huile : Un denier.
Pour trois béliers : Un denier.
Un bœuf ou un âne : Un denier tournois.
Un cheval ou un porc : Un denier.
Un colporteur sans marchandise de valeur : Rien.
Pour trois brebis : Un denier.
Pour une mesure [lot] de vin vendu : Un denier.
Pour un bœuf mort vendu [en boucherie] : La poitrine [revient au seigneur].
Pour un porc mort vendu : La ventrèche, de manière à ce qu'il puisse la soulever de la peau avec le pouce.
Pour une pièce de lard vendu sur le marché : La joue ou un denier.
Pour une demie-pièce de lard vendue sur le marché : Un denier tournois.
Dans le fief du seigneur : Le fournier du four de La Suze aura du bourgeois, pour la cuisson de son pain de ménage, un denier tournois par mine [de grain] et, par setier, un denier.
Le bourgeois de La Suze, lorsqu’il sortira de la ville avec sa charrette chargée de marchandises, paiera un denier pour la charrette. Une bête de somme [sommier] de la ville paiera un denier tournois.
Pour un quartier de laine, un denier. Pour un fardeau, deux deniers. Pour une trolle [petite charrette à bras] tirée par l'arrière, un denier.
Au sujet des moulins : Le boulanger aura envoyé son blé pour être pris à son lieu au moulin et cherchera son blé à acheter à travers le pays ; et lorsqu’il reviendra pour moudre avec son blé, il doit moudre juste après celui qui est déjà en train de moudre. Quand le boulanger aura moulu son blé, il devra ensuite moudre ses chasses [ses provisions secondaires].
Si le meunier garde le blé du boulanger un jour et une nuit sans qu'il puisse être moulu, le boulanger pourra le lendemain emporter son blé et le faire moudre à un autre moulin.
Les bourgeois de La Suze : Ils possèdent le droit de bois mort dans les bois Longaunay, qui relève du domaine de La Suze. Lorsqu’un grand charriot viendra du Longaunay et entrera à l’intérieur des fossés de La Suze, le forestier [du seigneur] ne doit pas le taxer.
Pour les trois foires, à savoir : à la fête de saint Nicolas, pour un animal, un denier ; pour une loge, un denier ; pour un étal, un denier ; et de la même manière à la fête de saint Michel. Pour la Purification de la bienheureuse Marie, pour un animal, un [denier] tournois ; pour une loge, un denier ; pour un étal, un denier. Les tanneurs [ou marchands de cuir] qui vendent du cuir sur le marché doivent rendre au prévôt : à Noël, quatre deniers ; à Pâques, trois deniers ; et à la fête de saint Jean, quatre deniers. Le jour de marché, le vendeur et l'acheteur doivent rendre leur taxe à la Boîte [au bureau de perception] ; un autre jour, seul l'acheteur rendra sa taxe.
Les tenanciers [ou étaliers] qui vendent du cuir sur le marché doivent rendre [payer] au prévôt, à Noël, quatre deniers, et à Pâques, trois deniers, et à la fête de Saint-Jean, quatre deniers.
Le jour du marché, le vendeur et l’acheteur paieront ensemble leur taxe à la Boîte [le tronc de perception]. Un autre jour de la semaine, l’acheteur paiera seul sa taxe.
1. Le contexte de ce document
Guillaume des Roches est un personnage important puisqu’il fut sénéchal d’Anjou, c’est à dire un officier royal de haut rang qui gère les affaires administratives, financières et judiciaires. On sait qu’il est né au début de la seconde moitié du XIIè siècle et qu’il meurt en 1222. On le voit fortement impliqué dans l’affaire concernant la succession de Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre. Il se retourne contre Jean sans Terre et soutient Arthur de Bretagne ; mais déçu par l’attitude du roi de France Philippe Auguste, il se rapproche du roi d’Angleterre. Et c’est dans ce contexte qu’il reçoit Jean sans Terre dans le château de La Suze en septembre 1200. Mais la capture d’Arthur de Bretagne par Jean sans Terre en 1202 modifie la donne ; Guillaume de Roches se rapproche alors de Philippe Auguste. C’est à cette que les soldats du roi d’Angleterre occupent le château de La Suze (septembre 1202 à avril 1203)1.
Son lien avec la seigneurie de La Suze se fait par sa seconde épouse, Marguerite de Sablé, dont le mariage s’est peut-être déroulé en 11902 ; la maison de Sablé tient la seigneurie de La Suze depuis l’alliance entre Robert de Sablé et Hersende de La Suze.
C’est aussi peut-être à lui que l’on doit la reconstruction du chœur de l’église et l’aménagement de la crypte.
Il est probable que ce document reprenne des informations sur les droits perçus par les seigneurs de La Suze dès le XIè siècle avec le contrôle effectué au niveau du pont. Guillaume des Roches tient ici à montrer qu’il est le nouveau seigneur tout en affirmant la continuité de la gestion des péages.
1AUDIN (Pierre), Au début du XIIIe siècle, Girard d’Athée et Guillaume des Roches, deux tourangeaux entre la France et l’Angleterre, Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, tome 25, 2012, p. 122
2DUBOIS (Gaston), Recherches sur la vie de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine, Bibliothèque de l’École des Chartes, 1869, p. 377
Funérailles de Richard Cœur de Lion en présence Jean sans Terre, Vincent de Beauvais XIVè siècle (BNF)
Prise du Mans ou de Tours par Philippe Auguste en 1189, Grandes Chroniques de France, XIVè siècle (BNF)
Un autre produit qui revient sous diverses formes est le poisson (hareng, alose, saumon). Contrairement à d'autres poissons très prisés et chers mentionnés dans le cartulaire, le hareng est le poisson du peuple1. Il est bon marché, ce que prouve la faiblesse de sa taxe : on ne paie qu'un seul denier de péage pour un millier de harengs. C'est une denrée consommée en quantités importantes par toutes les couches de la société. La présence massive du hareng dans les terres s'explique par le calendrier chrétien. Au XIIè siècle, l'Église impose le jeûne et l'abstinence de viande (les « jours maigres ») pendant près de la moitié de l'année (le Carême, l'Avent, les vendredis et samedis, certaines veilles de fêtes). Comme la viande est interdite et que le poisson frais d'eau douce ne suffit pas à nourrir des villes du Maine, le hareng devient la principale source de protéines de substitution pour la population. Pour arriver jusqu'aux étals des marchés de La Suze ou du Mans depuis les côtes maritimes, le hareng devait voyager depuis les côtes de l'Atlantique ou la Manche de selon deux méthodes :
Le hareng salé (en caque) : Mis en barils avec de la saumure.
Le hareng saur / fumé : Salé puis fumé, ce qui lui donnait une texture sèche et une longue conservation.
C'est sous cette forme conditionnée qu'il remontait les cours d’eau (notamment la Sarthe jusqu'à La Suze) ou voyageait par charrette sur les routes du Maine.
Les produits métalliques occupent également une place importante dans la société médiévale. Le fer est un matériau essentiel aux activités (chevalerie, agriculture, architecture, artisanat, etc.) ; c’est pourquoi il apparaît souvent. Après son traitement sur les zones de production, il circule sous forme de barres ou de lingots standardisés, grossièrement forgés à la sortie du fourneau2.
Quand le texte dit « Centum ferri », il faut comprendre « un cent de barres de fer » (soit 100 barres) ; c'est une unité de compte commerciale classique pour les métaux. Le contrôleur au péage ne pèse pas la marchandise (ce qui serait trop long et complexe) ; il compte simplement les barres ou les paquets de barres qui se trouvent dans la charrette ou sur les bêtes de somme du marchand. Si l'on compare cette taxe avec le vin, on remarque que le fer est très peu taxé (100 barres de fer = 1 denier).
L’acier (« Duodecim vincula chalibis ») est un produit plus taxé. Le mot latin « vinculum » signifie littéralement "le lien", "l'attache" ou "la chaîne". Dans le commerce médiéval des métaux, cela désigne une botte, un fagot ou un paquet d'objets liés ensemble par un fil de fer ou une éclisse de bois. L'acier (« chalybs ») ne voyage pas sous la même forme que le gros fer de construction. Il est produit en petites quantités dans des fourneaux spécialisés et se présente généralement sous forme de petites barres fines, de tiges ou de plaques destinées à la taillanderie (fabrication des tranchants d'outils, des haches, des limes ou des armes). Pour le transport, ces petites barres étaient regroupées et liées en bottes de taille standardisée.
Si l'on fait un petit calcul comparatif, on réalise à quel point l'acier est lourdement taxé par le seigneur :
Le fer brut : 100 unités = 1 denier (soit 0,01 denier par unité).
L'acier : 12 unités = 4 deniers (soit 0,33 denier par unité).
À l'unité, la botte d'acier est donc taxée 33 fois plus cher que la barre de fer.
Cette disproportion s'explique très bien par la réalité économique du XIIè siècle. La rareté technologique car au Moyen Âge, on ne sait pas fabriquer de l'acier en masse. C'est un processus long et complexe qui consiste à enrichir le fer en carbone. L'acier est donc un produit de haute valeur ajoutée3. Le péage médiéval est une taxe sur la valeur marchande de ce qui passe. Comme l'acier vaut une fortune par rapport au fer, le seigneur prélève une part beaucoup plus importante4.
1Voir par exemple le document H91 des Archives Départementales de la Sarthe où le seigneur de la Guierche au XIIè siècle fait don à l’abbaye de Saint-Vincent du Mans d’un millier de harengs à prendre sur son péage.
2Pour avoir un aperçu sur la production sidérurgique du Maine au Moyen-âge, il faut consulter le chapitre « De l’an Mil à la fin du XVè siècle » dans BELHOSTE (Jean-François), BOUVET (Jean-Philippe), ERAUD (Dominique), MAYNARD (Diane de), ROBINEAU (Evelyne), La métallurgie du Maine : de l'âge du fer au milieu du XXè siècle, Monum, Éditions du patrimoine, Paris, 2003
3 BENOIT (Paul), L’acier dans les outils médiévaux, dans L’acier en Europe avant Bessemer, Presses Universitaires du Midi, Toulouse, 2011, p. 251-261
4 Pour les aspects techniques de l’acier dans nos régions, voir SARRESTE (Florian), La sidérurgie ancienne dans le Bas-Maine (VIIIè siècle av. J.-C. – XVè siècle ap. J.-C.), Thèse, Université de Tours, 2008
Le texte montre que la châtellenie de La Suze fonctionne comme un territoire douanier autonome. Dès que le marchand franchit la frontière de la châtellenie (« ingrediente in castellaria « ), le droit de péage devient exigible. La Suze, située sur la Sarthe, était un point de passage important pour les marchandises circulant entre le Maine et l'Anjou via le chemin vers Malicorne et Sablé. Il faut également envisager que le contrôle devait se faire par un subalterne et charge de la perception des droits ; on sait ainsi que vers 1070, le seigneur de La Suze a confié la perception des péages à un chevalier nommé Froger1.
Pour le XIIè siècle, il est impossible de tracer une carte précise et figée des limites de la châtellenie de La Suze. À cette époque médiévale dans le Maine, la notion de frontière territoriale n'existait pas sous la forme d'une ligne continue comme nos limites communales actuelles. La seigneurie de La Suze se définissait par le rayonnement du pouvoir de son seigneur et par l'exercice de son droit de ban (rendre la justice, percevoir des taxes, lever des hommes)2. Le document évoque aussi la question des moulins et, même s’il n’est pas cité directement, ce texte serait donc la mention la plus ancienne du moulin de La Suze. Les limites de la seigneurie étaient dictées par :
Les hommages féodaux : Un village ou un fief faisait partie de la châtellenie si son petit seigneur local prêtait serment au seigneur de La Suze3.
Le réseau des paroisses : Les droits seigneuriaux s'appuyaient souvent sur les limites des paroisses environnantes. La question de ces prérogatives seigneuriales revient souvent dans les cartulaires des abbayes qui tiennent à figer dans les écrits les avantages acquis lors de dons par exemple. Citons juste pour exemple le don de l’église de Roëzé vers 1036/1051 aux religieux de La Couture par Lono avec l’approbation de son seigneur Renaud de La Suze4.
À l'Est/Nord-Est : La seigneurie s'étendait en direction du Mans (rive gauche et rive droite de la Sarthe). Sa zone d'influence venait buter sur les terres directes des comtes du Maine et de l'évêché du Mans jusque dans la région de Savigné-L’Evêque.
À l'Ouest/Sud-Ouest : Le territoire s'enfonçait sur 4 à 5 lieues (environ 15 à 20 kilomètres) le long de la rivière Sarthe vers Noyen-sur-Sarthe et Malicorne, où elle rencontrait la puissante sphère d'influence des sires de Sablé.
La barrière forestière : Une grande partie de l'espace entre La Suze, Noyen et Sablé n'était pas un territoire "ouvert", mais une vaste étendue de massifs forestiers (comme la forêt de Longaulnay) vers le Sud et l’Ouest. La châtellenie y possédait des droits d'exploitation (droit de bois mort, garde) partagés ou disputés avec les abbayes mancelles (comme l'abbaye de la Couture).
1CHARLES (Robert) et MENJOT D’ELBENNE (Vte), Cartulaire de l’abbaye Saint-Vincent du Mans, 1886-1913, p. 231
2Voir la carte des terres et fiefs de la seigneurie de La Suze proposée par LEMESLE (B.), La société aristocratique dans le Haut-Maine (XIè-XIIè siècles), Presses Universitaires de Rennes, 1999, p. 243
3On trouvera une liste des vassaux relevant de La Suze dans VALLÉE (Eugène), Cartulaire de Château-du-Loir, Archives Historiques du Maine, 1905, p. 69-72
4Bénédictins de Solesmes, Cartulaire des abbayes de Saint-Pierre de La Couture et de Saint-Pierre de Solesmes, Le Mans, Monnoyer, 1881, p. 18
La mention d'Angers et de Saumur n'est pas anodine. Ces villes organisaient des foires majeures sous la protection des comtes d'Anjou (les Plantagenêts). On connaît à Angers trois grandes foires citées dans les documents dès les XIè et XIIè siècles : l’Angevine1 (feria andecavina), le 8 septembre jour de la Nativité de la Vierge, la foire de la Saint-Nicolas2, le 6 décembre, et celle de la Mi-Carême3. Quant à la foire de Saumur, elle a été déplacée4 au XIIè siècle vers Montreuil-Bellay. La phrase indique un régime de péage spécifique et potentiellement incitatif pour les marchands qui fréquentent ces foires. Le seigneur de La Suze, en l’occurrence Guillaume des Roches sénéchal d’Anjou, reconnaît l'importance de cet axe commercial et réglemente le retour des marchands pour éviter les abus de perception.
Dans le contexte féodal et économique de la fin du XIIè siècle et du début du XIIIè siècle, la référence faite par Guillaume des Roches aux foires d'Angers et de Saumur s'explique par sa double stature : celle de seigneur local et celle de Sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine.
Les foires médiévales d'Angers et de Saumur étaient les poumons économiques de la vallée de la Loire. Les marchands et les producteurs des seigneuries de Guillaume des Roches devaient impérativement emprunter les voies navigables ou les axes routiers menant vers l'Anjou pour écouler leurs marchandises (draps, vins, bétail, grains, etc.).
En tant que seigneur de La Suze (par son mariage avec Marguerite de Sablé) et de Château-du-Loir (reçu du roi Philippe selon un accord avec la reine Bérengère), Guillaume des Roches contrôlait de nombreux ponts, passages et axes de circulation. Notons tout de même que le document ne fait pas référence au pont de La Suze bien que la première mention de celui-ci apparaisse vers 10705, mais il semble logique que la perception des droits de péage se fasse sur la site du castrum, siège de la châtellenie.
Les marchands6 qui se rendaient aux foires d'Angers ou de Saumur devaient traverser ses terres et payer des péages (tonlieux ou coutumes). Dans les chartes du cartulaire, faire référence à ces foires spécifiques servait généralement à accorder des exemptions (des franchises) à certaines abbayes ou communautés de bourgeois. Guillaume des Roches pouvait décider que les hommes d'un monastère bénéficieraient d'un passage gratuit sur ses ponts, spécifiquement « lorsqu'ils se rendent ou reviennent des foires d'Angers et de Saumur ».
Guillaume des Roches n'est pas un simple noble de province ; il est le représentant de l'autorité royale (d'abord sous les Plantagenêt, puis sous le roi de France Philippe Auguste après 1204) sur l'ensemble de l'Anjou et du Maine. En tant que sénéchal d'Anjou, il est le gardien de la paix publique et de la justice sur les grands marchés ligériens (d'Angers et Saumur). Lorsqu'il émet un acte consigné dans le cartulaire de Château-du-Loir ou qu'il arbitre un conflit, il lie fréquemment la gestion de ses domaines privés (le Maine) à l'ordre public et aux privilèges des grandes foires qu'il supervise politiquement à l'échelle de toute la province d'Anjou.
d. Les routes vers les foires
Au Moyen Âge, pour se rendre du Mans à Angers et à Saumur, on utilisait un réseau de chemins de terre et de voies d'eau. Ce réseau reposait en grande partie sur l'héritage des anciennes voies romaines, que les seigneurs et les abbayes s'efforçaient d'entretenir et donc de taxer.
Voici les grands itinéraires médiévaux pour relier ces cités :
Pour aller à Angers (la capitale de l'Anjou), il existait deux options principales selon que l'on voyageait à pied, à cheval, ou encore avec de lourdes marchandises. Par la route nommée dans les textes anciens « chemin mansais7 » en empruntant un très ancien chemin plus ou moins calqué sur une voie antique. Il descendait plus au sud vers Arnage, Foulletourte puis La Flèche, pour franchir le Loir, avant de rejoindre Angers en traversant le pays de Durtal.
Mais il faut aussi envisager un autre cheminement par la rive droite de la Sarthe en partant du Mans pour franchir la Sarthe par le pont de La Suze d’où on rejoint Malicorne. De là on descend sur La Flèche ?
1BROUSSILLON (Bertrand de), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers, Germain et Grassin, Angers, 1903, p. 307
2GALFFY (Laszlo), Angers au XIIIè siècle. Développement urbain, structures économiques et sociales, Thèse de doctorat, Angers, 2004, p. 144
3GALFFY (Laszlo), Angers au XIIIè siècle. Développement urbain, structures économiques et sociales, Thèse de doctorat, Angers, 2004, p. 144
4GALFFY (Laszlo), Angers au XIIIè siècle. Développement urbain, structures économiques et sociales, Thèse de doctorat, Angers, 2004, p. 139
5CHARLES (Robert) et MENJOT D’ELBENNE (Vte), Cartulaire de l’abbaye Saint-Vincent du Mans, 1886-1913, p. 231
6Sur les déplacements, voir MATHIEU (Isabelle), Les justices seigneuriales en Anjou et dans le Maine à la fin du Moyen âge : institutions, acteurs et pratiques, Thèse de doctorat, Angers, 2009, volume 1, p. 248
7 On trouvera « chemin menseins » dans les censitaires de Créans cité par CALENDINI (Louis), Créans et ses seigneurs au XIVè siècle, Les Annales Fléchoises et la vallée du Loir, Tome IV, 1904, p. 145
Pour les marchandises lourdes (le vin, le sel, les pierres de construction, les céréales), les marchands peuvent naviguer sur la rivière. Les marchands utilisaient des gabares (bateaux à fond plat) et descendaient la Sarthe du Mans jusqu'à Angers. C'est sur ce trajet que les abbayes possédaient des moulins et des barrages, et que les seigneurs interceptaient les bateaux pour lever des droits de coutume. Il ne semble pas que ce document médiéval fasse référence à un éventuel trafic de marchandises sur la Sarthe, du moins pas explicitement. Ou alors il faut peut-être comprendre que certains tarifs donnés s’appliquent aux marchandises par voie terrestre et également par voie fluviale sur la Sarthe. Mais le barrage de Malicorne et son pertuis sont difficile à passer ; donc les navires s’arrêtent souvent en ce lieu.