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  • : Histoire du canton de La Suze sur Sarthe
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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 07:05
Fercé sur Sarthe, Vaulogé, avril 1919

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 10:38

LUTTER CONTRE LES CONTAGIONS

Prier

La religion est appelée au secours. Pour le Haut-Maine, les guérisons par la religion sont inscrites dans la culture religieuse des gens. Les premiers évêques du Mans n’avaient-ils pas stoppé les maladies comme le fit Pavace1 ? A Fresnay-sur-Sarthe, lors de la contagion de 1602, des habitants qui mandatent l’un d’eux afin de faire « le voyage de Monsieur St Sébastien » à cause de la contagion qui règne à Montreuil-le-Chétif et à Saint-Aubin-de-Locquenay ; cela lui prit une dizaines de jours2. A Fercé, la chapelle Saint Roch construite en 1691 à proximité du château de Vaulogé, est fréquentée pour solliciter l’intervention du saint protecteur contre la peste. Il y avait d’ailleurs dans cette paroisse, entre Vaulogé et les Venillières, une maladrerie comme l’indique un aveu de 1559 qui mentionne le «carrefour de la Maladrye » ; deux parcelles portent encore le nom de « Maladrie ». On prie également Saint Sébastien, dont les flèches évoquent l’attaque du mal, contre les maladies contagieuses, autant contre les humains que contre les animaux, d’où une présence dans presque toutes les églises. Ainsi à La Flèche, lors de la peste de 1581, on avait fait appel à Saint Sébastien.

1PIOLIN (P.), Histoire de l’Église du Mans, Lanier et Cie, 1851, t. I, p. 45

2AD72, Fresnay-sur-Sarthe, 1 MI 1220 R1, BS 1541-1660

Fresnay-sur-Sarthe, 1602

Fresnay-sur-Sarthe, 1602

A Sillé-le-Guillaume, dans la première moitié du XVIIème siècle, le couvent des Minimes reçoit diverses reliques dont celles de Saint Sébastien. Elles proviennent des Jacobins d’Angers où ont les portaient en procession lors des contagions1. Lorsque les dits religieux demandaient en janvier 1644 la création de cette confrérie, ils argumentaient ainsi leur propos : « Remonstrons comme à raison des chastiments et afflictions dont il a pleu à Dieu affliger le pays par le mal contagieux, les années précédentes, du quel la dite ville de Sillé a esté délivrée par l’intercession du glorieux Sainct Sébastien, la devocion à ce grand Sainct se serait grandement enracinée au cœur de tous les habitants, ainsy que le tesmoignent quelques uns des principaulx, lesquels ont soussigné à la présente. A raison de quoy la ditte ville de Sillé envoye chasque année par députation expresse l’un des prestres du dit lieu jusqu’à Soissons, où reposent les reliques du dit Sainct, pour y offrir les vœux et actions de tous les habitants du dit Sillé ; à quoy ayant esgard, les dits Pères Minimes ont faict bastir leur église, et ont nommé le dit Sainct pour titulaire, en attendant qu’estant tout à faict complete, il playse à vostre illustrissime Grandeur la dédier à Dieu au nom du dit Sainct ».

1La Province du Maine, n° 33, 12 août 1848, p. 129

Cérans-Foulletourte (Sarthe) : autel saint Sébastien

Cérans-Foulletourte (Sarthe) : autel saint Sébastien

Une page entière du registre paroissial de La Chapelle-d’Aligné en 1583 relate des célébrations de messes et processions pour apaiser la peste : « Le lundy quatriesme jour de decembre mil cinq cens quatre vingt et troys fut en leglisse parochial de La Chappelle d’Alligne dit et celebre p(ar) moy missire Estienne Bonnaloy pb(retr)e vicaire dudit lieu troys grand messes a notte lesquelles furent dictee au poinct du jour et fort prins pour lintroit lux fulgebit avec les commemorations de Sainct Sebastien Saint Roch Sainct Adrien et de madame Saincte Annathesze Lesdictes troys grand messes furent et doibvent estre celebres par trois lundi ensuivent et concequtes avec la procession generalle alantour de leglisse et le tout en la compagnie de messieurs le gens deglisse […] ycelle procession avoinct iceux assistant et aultres p(ar)roissiens tant du bourg q(ue) la paroisse en grand no(m)bre ayant flambeaux et chantelles en leurs mains le tout durent lapsollutio(n) et messe pour invocquer la grace de Dieu […] Oultre lesd(its) jours presis et passes fut le samedi vingt et troysiesme jour dud(it) moys faict procession a Varen(n)es Boureau auquel lieu fut porte un fort beau cierge davent limauge Sainct Sebastien, lesquelles choses en dessus escriptes furent faictes pour invocquer laide de Dieu le tout par lintercession de la glorieuse V(ier)ge Marye mere de Jh(esu)s Christ de monsieur Sainct Sebastien mons(ieu)r Sainct Roc et Sainct Adrien et madame Saincte Anastesze et tous les sainct et sainctes de paradis pour par leur intercession et des prieres des vivens quil pleust a Dieu f(air)e cesser la pestillance qui pour le temps pulluloit et estoict en ladicte p(ar)roisse qui estoict sy vehemente q(ue) lung natendoit lault(re) »1.

 

1AD72, La Chapelle-d’Aligné, 1MI 962 R1, S 1537-1676

La Chapelle d'Aligné (Sarthe), registre paroissial

La Chapelle d'Aligné (Sarthe), registre paroissial

Les processions et vénérations des statues des saints sont nombreuses en Sarthe1. Citons par exemple :

- En 1628, le chapitre du Mans demande à ses membres de bien suivre les processions qui se déroulent le mercredi et le samedi. On sort également au Mans la chasse de Sainte Scolastique qui est entreposée à Saint Pierre la Cour.

- Au Mans, le 29 juin est organisée une grande procession à destination de l’abbaye de l’Epau où l’on demande à Saint Pierre la protection contre les maladies contagieuses.

- A Assé-le-Riboul, on accorde une grande dévotion à la statue de Saint-Sébastien dans l’église afin d’être protégé de la peste. On la porte dans les rues pour éloigner la maladie.

- A Beillé, une chapelle dédiée à la fois à Saint Roch et Saint Sébastien connaissait une fréquentation importante. On y venait de paroisses éloignées pour se protéger contre les maladies contagieuses.

- A Crosmières, dans l’église, la statue de Saint Sébastien est vénérée depuis 1626 époque où la peste, dite aussi variole noire, avait fortement touché la paroisse. On entreprit alors une procession jusqu’à La Flèche.

- La Chapelle Notre-Dame-des-Bois à La Suze était fortement fréquentée. Mais lors de la peste des années 1580, elle reçut un afflux plus important de pèlerins voulant être protégés de la maladie.

1LAUDE (A.), Recherches sur les pèlerinages manceaux : Notices sur tous les pèlerinages connus anciens, modernes et contemporains du diocèse du Mans, 1899

La Suze sur sarthe (Sarthe), Notre Dame des Bois

La Suze sur sarthe (Sarthe), Notre Dame des Bois

- En 1644, à Mamers, on édifie la chapelle Saint Roch en dehors de la ville où on avait inhumé les gens morts de la peste ; on y faisait une dévotion particulière le 16 août, jour de la fête du saint. On y avait également placé une statue de Saint-Sébastien

- La chapelle Saint-Sébastien à Saint-Calais existait au moins depuis le XVIème siècle puisque déjà en 1520 les habitants demandaient l’intercession du saint contre la contagion.

- A Saint-Cosme-en-Vairais, on invoquait Notre Dame de l’Ormeau contre les épidémies.

- A Saint-Maixent, une procession annuelle se déroulait le 20 janvier en l’honneur de Saint Sébastien ; on dit qu’elle avait pour origine une épidémie de peste. Les processionnaires se rendaient jusqu’à La Ferté-Bernard.

- A Téloché, à Pâques, le curé menait une procession vers Notre-Dame de L’Épine. Il y célébrait une messe puis, à l’issue de celle-ci, il bénissait les fidèles contre la peste.

 

 

On se protège de divers fléaux, dont les maladies contagieuses, en peignant au-dessus de la porte d’entrée une croix.

Requeil (Sarthe)

Requeil (Sarthe)

Il faut noter que le recours aux saints est un sujet de crispation entre les autorités religieuses et les pratiquants. Comme on peut le voir dans le registre de La Chapelle-d’Aligné en 1583, le prêtre demande bien aux saints d’intercéder auprès de Dieu pour agir en faveur des paroissiens. Mais pour certains pratiquants, c’est le saint lui-même qui exhausse les prières ; ce qui est mal vu par l’Église. Même chose à Sillé-le-Guillaume où les pères Minimes utilisent bien le terme « intercession ».

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 13:03

LUTTER CONTRE LES CONTAGIONS

Inhumer

 

Comme on peut le voir dans des exemples donnés plus haut, il arrive fréquemment que la sépulture se fasse à proximité de la maison des défunts, « hors les lieux saintz » comme l’écrit le rédacteur des actes de Vion. Dans la région de La Flèche, on parfume aussi l’atmosphère en brûlant de l’encens dans des petits vases en terre cuite que l’on dispose ainsi dans les tombes1.

Donnons quelques exemples. Au Bailleul en 1638, la défunte est inhumée dans la vigne de la Pelerie, lieu où elle réside2. En juin 1638 à Beaumont-sur-Sarthe, trois enfants de Pierre Leroux décèdent de la peste ; les deux plus petits sont inhumés dans un champ de la Lardière et l’autre au cimetière. Cette famille Leroux habitaient une loge entre la Lardière et le Gros Chesne3. A Saint-Germain-de-la-Coudre (aujourd’hui Saint-Germain-sur-Sarthe), Gilles Besnier est inhumé le 7 juillet 1638 « in agro sepulteus pestilentiae causam »4.

1MONTZEY (C. de), Histoire de La Flèche et de ses seigneurs, 1ère période, Société Historique et Archéologique du Maine, 1877, p. 141

2AD72, Le Bailleul, 1MI 1121 R2, S 1626-1669

3AD72, Beaumont-sur Sarthe, 1 MI 1184 R2, BMS 1627-1692

4AD72, Saint-Germain-de-la-Coudre, 1 MI 1193 R1, BMS 1617-1650

Registre paroissial de Beaumont-sur-Sarthe

Registre paroissial de Beaumont-sur-Sarthe

Le rédacteur des actes est informé des décès mais il n’a pas toujours les précisions pour le rédiger et il écrit le renseignement qu’on lui rapporte. A Connerré, un certain Lemoulnier, résidant à la Cohernière, a enterré « au commencement du moys d’aoust » sa femme et son fils « dans un jardin n’ayant peu trouver personne pour luy aider a les porter audict cimetiere »1. Dans d’autres cas, le rédacteur ne précise pas la cause de la mort, mais les circonstances de la sépulture laisse un indice. Ainsi à Melleray en juin 1638, sont inhumés dans un jardin du Moulin aux Moines Gervaise Geslain et sa servante ; quatre jours plus tard est inhumé au même endroit Etienne Cléret2. Parfois même le curé rédige un acte de sépulture comme pour Jean Morteau le 21 juin 1638 à Vion « mort de peste » ; mais il rature l’acte et ajoute « quil nest pas mort »3.

1AD72, Connerré, 1 MI 1092 R1, BMS 1633-1673

2AD72, Melleray, 1 MI 1295 R1, S 1627-1668

3AD72, Vion, 1 MI 1289 R1, S 1612-1667

Registre paroissial de Vion

Registre paroissial de Vion

On trouve parfois la mention que la contagion est passée mais le rédacteur des actes est débordé par la situation. Au Tronchet, un premier cas de contagion est signalé le 16 juin 1638 avec la sépulture de Marguerite Feau femme de Jérôme Lemoys, et de leur jeune fils Thomas. Puis le 20, c’est son mari qui meurt suivi dans la même semaine de leur fils Pierre. Mais l’acte se termine par la mention suivante : « et plusieurs aultres jusque au nombre de soixante et cinq ». L’acte suivant est de septembre 1639 ! Les noms des 65 décédés mentionnés sont absents du registre1.

1AD72, Le Tronchet, 1 MI 1196 R1, BMS 1558-1673

Registre paroissial du Tronchet

Registre paroissial du Tronchet

La cérémonie est souvent réduite à son stricte minimum. Les commissaires de la Maison-Dieu de Montfort paient 18 livres en 1563 un certain Bongault qui est mandaté par les habitants pour porter les morts au cimetière1. A Trangé en juin 1584 « a esté ent(err)e le corps de Pierre Repussart au cymetière de Trangé p(ar) moy Michel Hossard cure dud(it) Tra(n)ge lequel Repussart sa femme la toute seulle ensepulturé et amene aud(it) cimetière et puis apres la descendu de la brouette et puys trainne et mis en la fosse sans aulcune aide qui estoit grand pitie p(ar)ce q(ue) on doubtoist quil estoit mort de la peste. Requiescat in pace »2. On enterre aussi de nuit. Par exemple, à Beaumont-sur-Sarthe en juillet 1638, Jacques Jouin est inhumé dans le cimetière entre onze heures et minuit3. Au Mans, les porteurs peuvent récupérer les meubles de ceux qu’ils ont emmenés au cimetière si aucun héritier ne s’est manifesté dans les trois jours.

1BELLEE (M.), Maître Julien Bigot, curé de Montfort, et l’hôpital de Montfort et Pont-de-Gennes, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, t.XIII, 1872, p. 366

2AD72, Trangé, 1MI 926 R1, BMS 1575-1631

3AD72, Beaumont-sur Sarthe, 1 MI 1184 R2, BMS 1627-1692

Registre paroissial de Trangé

Registre paroissial de Trangé

Les registres de la paroisse de Pontlieue apportent des informations intéressantes sur les inhumations. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1638, Jean Housseau est inhumé au cimetière de Pontlieue avec pour seule présence sa servante ; on apprend aussi qu’il avait été visité par Aloyeau et Loyseau, chirurgiens au Cartier.

Parfois on a des informations plus précises sur les décès. A Pontlieue, Guillemine Chanteau est inhumée le 28 juin 1638 et on nous dit qu’elle résidait au Pavillon hors Saint-Benoît au Mans ; elle fut amenée par les porteurs du Sanitas. Ils ramènent au cimetière de Pontlieue le corps de Jean Toury le 11 juillet, puis celui de sa femme, Michelle Pressouer, le 18 du même mois. On nous apprend que lors de la sépulture du 18, ils étaient accompagnés d’un petit enfant malade de contagion et qui était dans un brancard ; ils l’emmènent au Sanitas mais il décède peu après1.

A Chassillé, Pierre Lambert, prêtre, prieur, est inhumé devant la statue de Saint Sébastien après être décédé de la peste2.

A Saint Rémy des Monts, la peste des années 1660 amène la création d’une confrérie dite de Saint Julien ; elle est chargée de porter aide aux malades et d’ensevelir gratuitement les défunts3.

1AD72, Pontlieue, 1600-1699

2AD72, Chassillé, 1 MI 1163 R1, S 1617-1669

3La Province du Maine, n° 42, 14 octobre 1848, p. 166

A SUIVRE

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 12:42

LUTTER CONTRE LES CONTAGIONS

Soigner

La situation est bien sûr différente dans les villes que dans les campagnes. Au Mans existait un Bureau de Santé, mais avec un fonctionnement approximatif. Il faut attendre les premières années du XVIIème siècle pour qu’il s’améliore. En 1606, 1611 puis 1626, on va organiser un bureau plus efficacement avec des commissaires, élus semble t-il, et qui représentent les différents corps de la ville. Il y avait également des querelles d’influence entre les autorités de la Ville et les hautes autorités ecclésiastiques1. Ce n’est pas propre au Mans ; d’autres villes connaissent des difficultés pour gérer la situation sanitaire. Ainsi à Tours, les échevins installent un bureau de santé chargé de gérer les malades. On cherche également des financements, mais les tourangeaux sont trop peu généreux et on a recours aux emprunts forcés2. Dans la seconde moitié de XVIIème siècle, on installe un hôpital général au Mans à partir de 1666, et qui fonctionnera jusqu’en 1891 date à laquelle on le déplace vers un nouveau site avenue Rubillard. Au cours du XVIIIème siècle, le pouvoir royal, par l’intermédiaire des intendants, va prendre en mains la gestion sanitaire des villes.

Au Mans, au sud de la butte du Greffier, un hôpital (sanitas) est installé à partir de 1584 en utilisant en partie les ruines de la chapelle du Gué de Maulny3. Il ne faut pas prendre le terme « hôpital » dans le sens d’aujourd’hui, mais plutôt comme un lieu où on s’occupe des pestiférés. Des loges sont d’abord construites pour accueillir les malades en dehors de la ville. En 1609, on mure les fenêtres et les portes pour en interdire l’entrée4. Il n’empêche que le voisinage subit les inconvénients de la présence de personnes contagieuses. Ainsi la fermière de la métairie de la Fourmondière, proche du Sanitas, demande en 1612 une baisse de son fermage parce que certains de ses enfants et des serviteurs sont morts de la maladie ; de plus il lui est difficile de trouver la main d’œuvre pour exploiter ses cultures à cause de la peur de la contagion5. Ce n’est pas la première fois que le fermier de ce lieu obtient des rabais à cause des difficultés pour exploiter des terres proche du Sanitas6. C’est un problème récurent. Du personnel de l’Hôtel-Dieu de Coëffort est détaché vers le Sanitas avec une prime. Il est compliqué de trouver un chirurgien qui accepte la charge de s’occuper des malades su Sanitas. En 1628, Livré refuse l’offre financière alléchante, à cause du danger certes, mais aussi à cause de l’isolement, de la désinfection et aussi de la fuite de sa clientèle. C’est son confrère Esguillonneau qui acceptera la charge pour dix ans. En 1638, le Bureau de Santé du Mans décide que « les jurez appoticaires et aultres MM dudict art seront advertyz de se munir de drogues contre le mal contagieux pour estre traicté avec l'un d'eux affin d'assister les contagiés »7.

Lors de l’épidémie de 1630 à Saint-Calais, le quartier du Gautray, lieu où se trouve le foyer de la maladie, est isolé. On fixe des limites à ne pas franchir et deux responsables surveillent le respect de l’ordre donné par les autorités de la ville. Deux autres personnes sont chargées de s’occuper des malades mais elles ne doivent pas retourner dans leur famille. Les contaminés trouvent abri dans des loges construites près de la chapelle Saint-Sébastien, saint protecteur contre les contagions ; c’est autour de ce lieu qu’ils sont inhumés. Mais toutes ces mesures ne furent pas efficaces et les habitants organisent alors des processions, tradition qui perdura chaque premier dimanche du mois de septembre8.

La situation est parfois compliquée à gérer. Lors de l’épidémie de 1650 au Mans, on trouve des malades un peu partout dans la ville du Mans : dans les rues, sous les halles, sous le porche de la cathédrale, etc. Par contre certains hôpitaux sont vides ! Il faut que le lieutenant général au siège présidial du Mans, Jacques Levayer, procède a des saisies sur les biens de ces hôpitaux et les oblige à recueillir les malades9.

Les contagieux sont de temps à autre visités par des chirurgiens, c’est en tout en cas ce qu’on apprend en regardant les registres paroissiaux de Pontlieue10. Mais à cette époque on entend par chirurgien une personne qui pratique l’art d’intervenir sur le corps et en utilisant des ustensiles coupants, à la différence de la médecine qui soigne par des potions ou des conseils d’hygiène de vie. C’est pourquoi certains barbiers sont qualifiés de chirurgiens ; il ne faut pas forcément y voir une liaison étrange mais bien l’aspect soin du corps avec par exemple les saignées. Ceci dit, les chirurgiens n’ont pas toujours bien vu qu’ils soient associés aux barbiers. Au XVIIème siècle, la plupart d’entre eux, du moins dans les campagnes, ont quelques connaissances empiriques sur la médecine ; disons tout de même que certains chirurgiens ont des compétences sérieuses en s’appuyant sur des traités de chirurgie tel celui d’Ambroise Paré ; ce dernier avait également rédigé un traité sur la peste en 1568. C’est d’ailleurs toute la difficulté de ces chirurgiens compétents que de prouver qu’ils font bien de la médecine11. Il faudra attendre le milieu du XVIIIème siècle pour que les savants en médecine réglementent et s’approprient l’art de la chirurgie12.

 

1CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835

2MAILLARD (B.), Vivre en Touraine au XVIIe siècle, PUR, 2003, p. 342

3CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 10-11

4CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 26

5MEMIN (M.), L’Hôtel-Dieu de Coëffort, Enfants trouvés région du Mans, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, n° 517, 1976, p. 90

6MEMIN (M.), L’Hôtel-Dieu de Coëffort, Enfants trouvés région du Mans, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, n° 517, 1976

7DELAUNAY (P.), Les apothicaires du Haut-Maine et du Maine angevin sous l'Ancien Régime (suite). Chapitre IV : La vie professionnelle, Revue d'histoire de la pharmacie, 26ᵉ année, n°104, 1938, p. 407

8La Province du Maine, n° 36, 13 septembre 1845, p. 1. On lira dans cet article tout le détail des mesures prises contre la propagation de la contagion.

9CAUVIN (T.), Recherches sur les établissemens de charité et d’instruction publique du diocèse du Mans, Monnoyer, 1825, p. 474-479

10AD72, Pontlieue, 1600-1699

11Voir le « Traité des playes de teste » écrit en 1674 par maître Antoine Boirel, lieutenant des maîtres-chirurgiens de la ville d’Argentan, et présenté par François Guillon-Metz aux Éditions de L’Harmattan en 2019. La préface du professeur Fabiani explique clairement l’évolution entre chirurgie et médecine.

12RABIER (C.), La disparition du barbier chirurgien. Analyse d'une mutation professionnelle au XVIIIe siècle, Annales. Histoire, Sciences sociales, 2010, p. 679-711

 

 

Registre paroissial de Pontlieue

Registre paroissial de Pontlieue

On a en Sarthe un manuscrit très intéressant rédigé au début du XVIIème siècle par un moine de Saint-Vincent. Il y a dans ce document un texte intitulé « De l’essence des causes, de signes de la peste et de la préservation et guérison d’icelle » et qui donne des précisions sur les symptômes de la maladie ainsi que sur les moyens de la soigner : « La peste est une fièvre très aiguë, populaire, contagieuse, accompagnée souvent d'apostumes, charbons, éruptions, et autres fascheux accidents.

Et est appelée très aiguë d'autant qu'en peu de temps elle fait mourir, comme en vingt-quatre heures… quelques fois plus tost, quelques fois plus tard ;

populaire, d'autant qu'elle fait un dégast merveilleux parmi le peuple sans espargner personne ;

contagieuse, que son venin va de l'un à l'autre; maligne, pour ce qu'elle surpasse la nature de toutes les maladies qui s'engendrent d'intempéries, comme de chauld, de froid (d'exhalations), de simple putréfaction des humeurs,de mesme qu'elle mesprise tous les remèdes qu'on a accoustumé d'user en telles maladies à compter par les remèdes qui résistent aux venins et poisons, contre laquelle on n'a point reconnu jusqu'à aujourd'hui certain remède asseuré comme en beaucoup d’autres maladies fascheuses ».

Bible Toggenburg, XVè siècle

Bible Toggenburg, XVè siècle

Il évoque ensuite les causes de la maladie : « Les causes d'icelle sont quelquefois inférieures et viennent d'un air corrompu par mauvayses exhalations et fumées, eaux boueuses et dormantes et autres semblables, comme des vices et erreurs qui se commettent au boire et manger; mais le plus souvent la vraye cause de la peste est une pollution d'air envoyée d'en hault du tout ennemie au genre humain et bien esloignée de l'intempérie qui engendre les autres maladies, voire mesme surmontant toutes putréfactions. C'est un venin si caché à nos sens que nous ne sçavons quel il est et est souvent touchez sans y penser, ce qui se monstre évidemment. »

Il en montre ensuite les signes : un pouls irrégulier, vomissements provoqués par l’inhalation de la peste qui des poumons passe au cœur qui « est jugé siège et commencement de la vie », infection des artères et des humeurs du corps, abcès, difficultés respiratoires, problèmes de vue, etc.

Pour ce qui est des façons de se préserver de la peste, il dit qu’il faut d’abord vérifier l’origine de la maladie. Il en voit deux : les « causes inférieures comme exhalations mauvayses de l'air, ou si elle vient du vice et erreur de la nourriture commune », et les causes qui viennent « d'en haut ; comme pour dire à la vérité, c'est la main de Dieu qui par son juste jugement darde du ciel ceste peste pour nous chastier de nos offenses et iniquitez. Voilà pourquoy il dict au sézième chapitre du Lévitique : Le Seigneur parle ainsi : « Je ferai venir sur vous le glaive vindicateur pour la vengeance de mon alliance et quand vous serez rassemblés en vos villes, je vous envoierai la pestilence au milieu de vous. » Et le prophète Jérémi : « Le Seigneur des armées dit ainsi : Voicy j'envoye sur eux l'espée, la peste, la famine et autres maladies dangereuses », qu'il faut conclure par tels passaiges qu'ils sont témoignaiges de la fureur divine ». Mais ce qu’il retient surtout est que « La vraie précaution de la peste et la plus seure est de se retirer bien tost, aller bien loing et revenir le plus tard que l'on peut », ce qu’on pourrait simplement appeler « principe de précaution ».

La personne qui va devoir rester dans un lieu où est présente la peste doit respecter deux principes : la manière de vivre et fortifier le cœur. Il détaille le « régime de vivre » en six points :

- le meilleur air possible.

- le boire et le manger : de bonnes viandes faciles à digérer, déjeuner le matin ou prendre quelque antidote pour fortifier le cœur, consommer des citrons, oranges et grenades qui permettent de repousser la contagion de l’air pestilentielle, et enfin ne consommer que des vins clairs et purifiés.

- le sommeil : avoir un sommeil modéré et éviter le sommeil d’après dîner qui favorise les humeurs.

- mouvements et repos modérés : les exercices trop violents favorisent l’accès du poison de l’air infecté par les pores.

- avoir le ventre libre et net de tout excrément.

- éviter les passions d’esprit.

La fortification du cœur passe par la consommation de certains produits comme la rhubarbe. Il recommande aussi l’usage des pilules de Ruffus qui sont efficaces contre la peste ; il s’agit d’un composé de divers produits dont de la poudre de corne de licorne. D’autres recettes médicamenteuses sont ensuite décrites ; elles montrent l’importance des jardins de plantes médicinales dans les abbayes.

Posologie des pilules de Ruffus

Posologie des pilules de Ruffus

Le moine présente ensuite la méthode pour soigner les pestiférés. Notons par exemple qu’il faut nourrir les malades de viandes rendues aigres par l’ajout de verjus, de suc de limons, d’oranges, de grenades, d’oseille ou de berbéris. Il s’étonne qu’on ait encore trouvé quelque « alexipharmaque » contre la peste alors que pour d’autres maladies il existe des remèdes. Il propose cependant un traitement à base d’angélique et d’autres plantes1.

 

Dans le livre de raison de la famille Bodreau, Julien révèle ce que pensaient certaines personnes de l’origine de la contagion et de la maladie des gens. Il évoque à propos de la crise sanitaire de 1650 certains arguments, que l’on retrouve dans la publication du moine de Saint-Vincent : « maladie qu’ils avoient contractée par la corruption des mauvais alimens de trons de choux et herbes cuittes soubs les cendres qu’ils mangeoient faute de pain, tellement que on ceut qu’il ont infesté ladicte ville. Joint aussy une mauvaise qualité de l’air, causée par l’influence de quelque astre dont l’aspect malin a engendré une certaine maladie qui commence par une fiebvre violente accompagnée de délire dont ceux qui en sont affligés durent six jours et quelques fois vont jusques au dixseptième jour et, à la pluspart, il paroist des exentèmes de pourpre. Dieu nous préserve de la peste dont il est mort grand nombre de personnes notables, tant ecclésiastiques que laïques et, en un an, plus de quatorze chanoines de St Julian du Mans sont décédez ».2

Il faut aussi évoquer ici Pierre Chapelain, maître-chirurgien au Mans qui, en 1551, rédige un texte sur le traitement de la peste, mais ce document a disparu.

Nous l’avons vu précédemment, il existe des médicaments contre la peste, même si on peut évidement douter de leur efficacité. On voit à Montfort-le-Rotrou (aujourd’hui Montfort-le-Gesnois) en 1563 que les responsables de la Maison-Dieu paient un barbier pour panser et médicamenter les pestiférés3. En 1638, le Bureau de santé du Mans demande aux apothicaires de produire des drogues pour les porter aux contagieux. Le registre de La Chapelle-Gaugain donne en 1670 une recette contre la peste donnée par un certain Guillaume Chaudière à base de jeunes branches d’ormes et de vin blanc dont on distillera la décoction.

1ROUQUETTE, Travaux et critique, « De l’essence des causes, de signes de la peste et de la préservation et guérison d’icelle », La France médicale, 1906, p. 157-158 ; p. 180-184

2BARILLY-LEGUY (M.), « Livre de mes Anciens grand pères », Le livre de raison d'une famille mancelle du Grand Siècle (1567-1675), PUR, 2006, Transcription du livre, f° 165 v°, 166 et 166 v°

3BELLEE (M.), Maître Julien Bigot, curé de Montfort, et l’hôpital de Montfort et Pont-de-Gennes, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, t.XIII, 1872, p. 366

La peste de 1638 en Val de Sarthe (4ème partie - suite)

On utilise aussi la « médecine divine ». A Souvigné-sur-Sarthe, dans la seconde moitié du XIXème siècle, se trouvait une statue de Saint Roch très vénérée dans le secteur. A tel point que certains préféraient consulter Saint Roch plutôt que le médecin. Et si on versait une offrande de même valeur que la consultation, la protection était garantie.

L’hygiène est également une donnée importante. Ainsi en 1607, au Mans, un membre du chapitre reçoit une amende pour avoir déversé les vidanges de ses latrines dans la rue alors que règne la contagion1. Lors de l’épidémie de 1638, le chapitre de la cathédrale du Mans demande à ce qu’on ne pose plus ses lèvres sur le livre des Évangiles lors des cérémonies2.

On va également nettoyer les maisons. La Psalette au Mans, dépendant de Saint-Pierre-la-Cour, est touchée par la peste de 1563 ; la femme de service reçoit 100 sous pour désinfecter les lieux3. Lorsque la peste de 1606 touche l’Hôtel-Dieu de Coëffort, on sort tout le monde du bâtiment pour purifier et nettoyer chambres et dortoirs4. C’est sans doute cette nécessité de purifier les maisons qui pousse en 1626 au Mans les médecins à déclarer que laisser les fenêtres ouvertes des maisons des contagieux ne présente aucun danger pour les voisins5. A Thorigné-sur-Dué, Martin Amellon et quatre de ses filles meurent à la fin de l’année 1637, Luc Bruneau et Guillaume Sannier viennent nettoyer leur maison ; ils décèdent de la contagion les 15 et 25 janvier 1638. Et quelques jours plus tard, ce sont les deux fils de Jacques Bruneau qui meurent6.

1AD72, G20, « Registrum secretariatus capituli insignis Ecclesiae Cenomanensis, anno Domini 1607 »

2LE PAIGE (A.), Dictionnaire topographique, généalogique et bibliographique de la province et du diocèse du Maine, Toutain, 1777, t.II, p. 171

3MENJOT D’ELBENNE (Vte), Le chapitre royal de l'église collégiale de Saint-Pierre-de-la-Cour, Sainte-Chapelle-du-Mans, Société des archives historiques du Maine, 1909, p. 49

4MEMIN (M.), L’Hôtel-Dieu de Coëffort, Enfants trouvés région du Mans, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, n° 517, 1976, p. 90

5CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 46

6AD72, Thorigné-sur-Dué, 1 MI 1235 R1, BMS 1622-1659

A SUIVRE

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 12:15

LUTTER CONTRE LES CONTAGIONS

Isoler

 

L’isolement est souvent le seul moyen d’éviter la propagation de la maladie contagieuse. A l’époque on sait très bien que la maladie se propage au contact des autres personnes. Dans son livre de raison, Symon Le Gendre nous dit que sa mère meurt de la peste en 1532 et que quelques jours plus tard son grand oncle Guillaume Chenon, curé de Moulins le Carbonnel, meurt à son tour de la même cause. Il explique cette propagation par le fait qu’ils « gaignèrent la malladie pour avoir prins meubles en la maison de René Chenon duquel ils estoient héritiers, qui peu longtemps avant estoit decede de icelle malladie »1. On trouve dans le registre paroissial de Pirmil en 1581 la mention que « la peste fut si vehemente à Paris q(ue) les collaiges furent toutz abandonnez »2. A Sablé en 1626, on évite le quartier touché «  a cause de la contagion qui est au fauxbourg de St Nicolas ou lon ne passe point »3.

Les malades sont placés en dehors de la ville comme par exemple à La Suze, sur la route de Malicorne et en bordure des bois, au lieu-dit de la Maladrerie. Aux XIIème et XIIIème siècles déjà, les malades et lépreux, que l’on met à l’écart, ont un droit d’usage sur la forêt de Longaulnay de la part du seigneur de La Suze4. Ils pouvaient prendre le bois pour réparer leur habitat, prendre le bois mort et la bruyère pour se chauffer, faire pâturer les animaux, et faire engraisser leurs porcs. Les registres paroissiaux de Malicorne nous apprennent également qu’en 1640 Robert Mesny est allé au Tremblay, sur la paroisse de Noyen, pour y gouverner les pestiférés mais y décède de contagion5. Le Tremblay est un endroit isolé dans la boucle de la rivière, en dehors des grands axes de circulation ; mais il est possible que ce ne soit qu’un lieu où se trouvait un foyer de la maladie.

1MOULARD (P.), La famille Le Gendre, RHAM, t. 23, 1888, p. 117

2AD72, Pirmil, 1MI 1152 R1, BMS 1581-1679

3AD72, Sablé-sur-Sarthe, paroisse Saint-Martin, 1 MI 1286 R4, MS 1612-1683, BMS 1684-1697

4VALLEE (E.), Cartulaire de Château-du-Loir, Archives historiques du Maine, 1905, p. 65

5AD72, Malicorne, 1MI 1126 R1, BMS 1603-1656

Carte de Cassini (1765)

Carte de Cassini (1765)

Toujours à Noyen, en 1641, le prêtre est requis par certains habitants pour bénir la croix de la Maladrerie, sur la route de Malicorne1 : « Les croix qui sont tant dans led(it) cimetiere que au devant furent plantées le jour precedent celle du dedans pour servir a la benediction dud(it) cimetiere, laquelle benediction fut faicte a la req(ue)te de quelques particuliers habitans qui avoint leurs parans enterres dans ce lieu decedes de peste les annees precedentes et estoint au nombre de douze ou treize ». Là encore, les malades sont repoussés en dehors de la ville et inhumés auprès de la maladrerie.

1AD72, Noyen-sur-Sarthe, paroisse Saint-Pierre, 1MI 1128 R5, BMS 1638-1676

Registre paroissial de Noyen

Registre paroissial de Noyen

On compte ainsi plus d’une centaine de toponymes « Maladrerie » en Sarthe1. Certaines maladreries sont attestées par des documents faisant état du rôle d’accueil des malades. On peut également y adjoindre les dizaines de « Maison-Dieu ». On connaît relativement bien les documents sur celle de La Ferté-Bernard qui se situait à proximité de la porte Saint-Julien, mais à l’extérieur de la ville. Peu éloignée se trouvait la léproserie Saint-Laurent. Ce sont des fondations médiévales. Les religieuses gèrent les malades alors que l’administration est confiée à des laïcs2.

La Maladrerie Saint-Marc, au sud-est du bourg de Saint-Calais avait été construite à priori avant le XIVème siècle. Elle est rattachée au cours du XVIIème siècle à la commanderie de l’ordre de Saint-Lazare au Mans, puis à l’Hôtel Dieu de Saint-Calais en 1697, et ne reste plus qu’une chapelle dédiée à Saint Marc. Elle perçoit quelques subsides (farine et pain noir) pour assurer la nourriture des malades ; mais elle a un certain nombre de charges qui font que l’équilibre budgétaire était très fragile3.

Autre exemple, l’hôtel-Dieu de Coëffort dont on attribue la construction à Henri II Plantagenêt à la fin du XIIème siècle4. Mais il semble qu’il existait auparavant et que l’intervention du Roi d’Angleterre soit surtout pour agrandir le lieu par une aide financière conséquente5. L’endroit, en dehors de la ville, accueille pauvres et malades. Mais c’était sans doute plus un accueil qu’un centre de soin. On y relate de fréquents cas de peste6.

1VALLEE (E.), LATOUCHE (R), Dictionnaire topographique du département de la Sarthe, t.II, Imprimerie nationale, 1952, p. 565-567

2CHARLES (L.), Histoire de La Ferté-Bernard, Société Historique et Archéologique du Maine, 1877

3FROGER (L.), Les établissements de charité à Saint-Calais, RHAM, 1878, p. 309-346

4Pour les hôpitaux du Mans, on peut consulter GUILLAUME (B.), Les hôpitaux du Mans, Entre charité, assistance et « enfermement », Mémoire de Master 1 d’Histoire, Université du Maine, 2014-2015, http://cyberdoc.univ-lemans.fr/memoires/2015/Histoire/M1_HIS_2015/M1_HIS_15_BRY.pdf

6Voir l’article détaillé de MEMIN (M.), L’Hôtel-Dieu de Coëffort, Enfants trouvés région du Mans, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, n° 517, 1976, p. 89-157

La peste de 1638 en Val de Sarthe (4ème partie)

Le journal de Julien Bodreau permet d’avoir un aperçu des contagions dans la vie quotidienne des gens. En 1602 au Mans, la contagion vient perturber l’installation des Capucins. La maladie revient au Mans en 1626 et Julien Bodreau envoie sa famille à la campagne, dans la propriété de la Challerie, à Souligné-Flacé pour trois mois. Avec l’arrivée d’une nouvelle vague contagieuse, la famille y retourne en 16281. Les registres de l’Hôtel de Ville nous indique quelques mesures prises lors de la contagion de 1626 : fermeture des avenues, les pauvres étrangers doivent quitter la ville sous peine d’avoir la tête rasée, entretien alimentaire des malades nécessiteux du Grand-Saint-Georges, participation du clergé aux emprunts pour aider les pauvres, enfermement des mendiants, interdiction de sortir des maisons pour les personnes contagieuses, fermeture au cadenas des maisons vides des pestiférés et marquage d’une croix blanche afin qu’on puisse les nettoyer, etc.2

Les villes se ferment et Le Mans, par exemple, interdit l’accès des vagabonds en 1626 ; ceux qui ne respectent pas la consigne risquent d’être fouettés et marqués au fer. A Beaumont-sur-Sarthe à la fin de l’année 1638, l’assemblée des habitants propose le paiement des gardes qui ont surveillé les portes de la ville pendant la contagion.

Au Mans, on apprend qu’aux XVIème et XVIIème siècles les contagieux devaient avoir à la main une baguette blanche pour qu’ils soient identifiés lorsqu’ils sortent dans la rue3. En cas de non respect du règlement, ils sont passibles d’une amende et même d’être chassés à coups de pierre ou d’arquebuse !

 

1BARILLY-LEGUY (M.), « Livre de mes Anciens grand pères », Le livre de raison d'une famille mancelle du Grand Siècle (1567-1675), PUR, 2006

2CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 44-45

3CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 12

A SUIVRE

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 08:54

LA CONTAGION DE 1638 EN SARTHE

 

La contagion de 1638 connaît des prémices dans le sud de l’Orne dans les années 1632/16331. Mais elle circule depuis plusieurs années : Limousin (1628-1631), Poitou (1628-1632), Orléanais (1629), Anjou (1631-32), Paris (1631), Champagne (1631-33-35)2. En 1635, les marchands du Mans ont l’interdiction de se rendre à la foire de Guibray à Falaise où régnait la maladie3. En 1636, des signes apparaissent au Mans. Mais on dit qu’elle prit de l’importance en mai 1638 à La Ferté-Bernard, ville que les habitants commencent à fuir pour se réfugier à la campagne. Ceci-dit, La Ferté-Bernard était le foyer des « malladyes contagieuses qui ont esté en la dicte ville pendant sept ou huit ans », à tel point qu’une ordonnance de Louis XIII en novembre 1638 autorise la ville à prélever pendant cinq ans des taxes supplémentaires sur les charretées de vin qui entreront4.

1CHARDON (H.), Scarron inconnu et les types des personnages du Roman comique, t.I, 1970, p. 225

2DELAUNAY (P.), Études sur l'hygiène: l'assistance et les secours publics dans le Maine sous l'ancien régime, Monnoyer, 1923, p. 26

3CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 59

4BELLEE et MOULARD, Inventaire-sommaire des archives communales antérieures à 1790, Supplément à la série E, 1870, p. 169

La foire de Guibray (1658, gravure de Noël Cochin)

La foire de Guibray (1658, gravure de Noël Cochin)

A Fyé, le rédacteur des actes indique, sur une page réservée à cet effet, la liste des victimes de la contagion. D’après ses remarques, le premier cas daterait d’octobre 1637. Il donne également une liste de 17 personnes décédées avant le 15 juin 1638. Puis il y a ensuite 12 décès jusqu’au moment où il arrête sa liste à la mi-septembre ; les actes suivant paraissent indiquer un retour à la normale avec un total de 9 inhumations jusqu’à la fin de l’année1.

1AD72, Fyé, 1MI 993 R1, BMS 1614-1679

Registre paroissial de Fyé

Registre paroissial de Fyé

Il existe un autre cas de décès signalé à la fin de l’année 1637 ; cela concerne la paroisse de Thorigné-sur-Dué. Le rédacteur des actes en dresse une liste qui est intitulée ainsi : « Registre de ceux qui ont estes souspeconnes estre morts de contagion en l’an 1638 a Thorigné ou aux environs ». Le premier de cette liste est Martin Amellon décédé le 15 décembre 1637. Il attribue cette mort à la contagion car il précise : « Et puis quatre de ses filles une avoit nom Anne aagée de quinze ans l’aultre Chaterine aagee de douze ans une Renee aagee de dix ans l’aultre Gervaise aagee de six ans ». L’acte suivant est du 15 janvier 1638 et concerne le décès de Luc Bruneau « de mort contagieuse ». Le dernier acte est du 19 juin 16381.

1AD72, Thorigné-sur-Dué, 1 MI 1235 R1, BMS 1622-1659

Registre paroissial de Thorigné-sur-Dué

Registre paroissial de Thorigné-sur-Dué

Le rédacteur des actes des registres de la paroisse de Champfleur indique la sépulture d’Étiennette Milcent le 13 mai 1638 laquelle est morte de la contagion ; c’est le premier cas d’une longue liste. Le nombre de décès est tellement important qu’à la fin de l’année 1638 quelqu’un a ajouté « en 1638 est decédé 88 personnes » pour montrer l’importance du phénomène1. On la retrouve également signalée à Vion en mai avec le décès de Vincent Cosnard, métayer à la Forterie, le 14 « mort de peste ». Il est suivi dans la tombe par son épouse, Pascale Rousseau, le 23 mai. D’autres cas sont signalés en juin et les dernières mentions datent du début du mois de juillet2.

 

Julien Bodreau, dans son journal, dit qu’elle arrive au Mans le 3 juin 16383. Le 10 juin 1638, la peste est signalée à Beaumont-sur-Sarthe ; elle frappe alors plusieurs familles. Trois enfants de Pierre Leroux meurent en juin ainsi que leur mère, Roze Cohier, à la fin du mois. D’ailleurs à Beaumont, il y a tellement de décès causés par la peste que le rédacteur est obligé de préciser dans l’acte de décès de Jacques Tafforeau, prêtre, est décédé « d’une longue maladie et non de peste »4.

La maladie peut circuler assez lentement puisqu’elle est signalée à Saint Rigomer-des-Bois dans le nord de la Sarthe comme apparaissant le 1er août 1638 ; elle y reste cinq mois. Les bilans humains sont lourds5.

1AD72, Champfleur, 1MI 990 R1, BMS 1613-1701

2AD72, Vion, 1 MI 1289 R1, S 1612-1667

3BARILLY-LEGUY (M.), « Livre de mes Anciens grand pères », Le livre de raison d'une famille mancelle du Grand Siècle (1567-1675), PUR, 2006, Transcription du livre, f° 104

4AD72, Beaumont-sur-Sarthe, 1 MI 1184 R2, BMS 1627-1692

5AD72, Saint-Rigomer-des-Bois, 1MI 836 R1, S 1580-1640

Registre paroissial de Saint-Rigomer-des-Bois

Registre paroissial de Saint-Rigomer-des-Bois

Elle est signalée en juin et juillet à Connerré, deux mois pendant lesquels un certain Boulard, sa femme et quatre de leurs enfants sont inhumés dans le cimetière1. A Domfront-en-Champagne, elle est annoncée aussi dans la deuxième quinzaine de juin. Mais c’est août qui est catastrophique ; on compte à Domfront 21 décès en ce mois d’été2.

A Mont-Saint-Jean, le rédacteur n’arrive plus à suivre le rythme pour remplir le registre paroissial. Il fait commencer la contagion en août et elle se termine fin septembre. Il dresse alors tout simplement une liste des décès sans indiquer les dates. Sont ainsi inhumées 53 personnes en deux mois avec une véritable hécatombe dans les familles : « Anthoine Berault sa femme sa fille », « Michel Le Noir quattre enfants », etc3.

1AD72, Connerré, 1 MI 1092 R1, BMS 1633-1673

2AD72, Domfront-en-Champagne, 1MI 1204 R1, BMS 1595-1668

3AD72, Mont-Saint-Jean, 1MI 1003 R1, BMS 1621-1639

Registre paroissial de Mont-Saint-Jean

Registre paroissial de Mont-Saint-Jean

A Maigné, les premiers cas apparaissent fin août. Il s’agit de Perrine Gentil et de son fils Hilaire Pastoureau. Mais on y apprend qu’ils sont décédés aux Benastres en Saint-Léonard (Louplande) ainsi que Jeanne Frétault, femme dudit Hilaire. Le 31 août décède de peste Catherine Angevin et elle inhumée au grand cimetière de Maigné. Son mari Charles Doré, demeurant à la Bretonnière, meurt de la peste le 12 septembre et est inhumé dans un pré. Leurs deux filles, Catherine et Renée, y avaient été inhumées le 7 et le 10 septembre1.

A Cogners, les actes nous disent que la maladie apparaît au mois d’août et va se poursuivre jusqu’en octobre. Le rédacteur précise que « Ausd(its) moys de septembre et octobre plusieurs au(tr)es decederent qui furent enterres en jardins de leurs maisons » et « en mourut dud(it) mal c(on)tagieux tant petits que grands »2.

A Mayet, les signalements débutent le 31 août pur se terminer le 17 octobre. L’acte de sépulture de Pierre Hurteloup et de deux de ses enfants, le 7 septembre, apporte une précision intéressante ; on y dit que la contagion fut apportée par ses chiens depuis le lieu de l’Epinay à Sarcé3.

A Vallon-sur-Gée, le rédacteur des actes nous signale une famille touchée dans la deuxième quinzaine de septembre. Il s’agit de Nicolas Fleureau, sa femme et leur servante inhumés le trente septembre « quinze jours apres leur grand filz et de contagion »4.

 

En fait ces contagions reviennent par cycle mais sans réelle régularité. On voit ainsi le rédacteur des registres paroissiaux de Bazouges-sur-le-Loir indiquer en mars 1638 « cy fini la contagion ». Mais en juin de la même année, il recommence à signaler des cas de contagion5.

1AD72, Maigné, 1MI 1150 R1, BMS 1592-1644

2AD72, Cogners, 1 MI 1062 R1, S 1600-1667

3AD72, Mayet, 1MI 1028 R1, BMS 1632-1681

4AD72, Vallon-sur-Gée, 1 MI 1176 R1, S 1577-1639

5AD72, Bazouges-sur-le-Loir, 1MI 961 R1, S 1618-1667

Eglise de Bazouges sur le Loir

Eglise de Bazouges sur le Loir

D’autres cas de contagion apparaissent l’année suivante comme à Yvré-le-Pôlin où Hélie Gasse, sa femme Denise Bellanger, et six de leurs enfants meurent en novembre 16391. On la retrouve aussi à Gastines (aujourd’hui rattachée à Sablé) cette même année 1639 ; l’acte nous donne quelques détails puisque « Pierre Bourgalay, métayer de La Havardière, était frappé de la contagion; il avait un charbon au défaut de l'épaule et la contagion sous l'essaile, il fut enterré au cimitière de Gastines par sa pauvre femme et par son frère, la nuit sur les dix heures du soir»2. On voit donc bien que l’année 1638 correspond à un pic de l’épidémie, mais elle reste sous-jacente.

1AD72, Yvré-le-Pôlin, 1 MI 1040 R1, S 1601-1650

2AD72, Gastines-sur-Erve, 1MI 865 R1, S 1612-1673

Registre paroissial de Gastines-sur-Erve

Registre paroissial de Gastines-sur-Erve

L’épidémie complique la vie quotidienne des gens, mais elle perturbe aussi la vie administrative. En 1638, à La Ferté-Bernard, le prêtre Jacques Vacher souhaite acquérir les bénéfices de la léproserie Saint-Laurent. Malheureusement, la contagion a éloigné les principaux notables de la ville et il est bien difficile de réunir un nombre suffisant d’électeurs. On réunit tout même quelques bourgeois qui votent pour un autre candidat. Jacques Vacher obtiendra le poste puisque l’élu fraîchement choisi sera lui aussi victime de la maladie1.

C’est sans doute la peste de l’année 1638 qui est évoquée dans le Roman Comique de Scarron. Au chapitre VII, la troupe des comédiens, venant de Château-du-Loir, souhaite se rendre à Alençon ; mais cette dernière ville étant touchée par la peste, ils s’arrêtent à Bonnétable avant de revenir sur Le Mans.

Les religieuses de Sablé quittent la ville en août 1638 à cause de la peste et trouvent refuge, pour la plupart d’entre elles, chez les Cordelières de Noyen. Elles retournent à Sablé à la fin de septembre2.

1CHARLES (L.), De l’administration d’une ancienne communauté d’habitans du Maine citée dans le tableau de la France municipale d’Augustin Thierry, Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, Iiè sétie, t.VIII, Volume 16, 1861-1862, p. 815

2UBALD D’ALENCON (P.), Notice et extraits d’un manuscrit du musée Britannique. Add. 19994 relatif aux Cordelières de Noyen, Les Annales flèchoises et la vallée du Loir, t. XIII, 1912, p. 295

La peste de 1638 en Val de Sarthe (3ème partie)

A SUIVRE

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 15:42

DIFFÉRENTES CONTAGIONS

Il est difficile de différencier les maladies les unes des autres à la seule lecture des actes. Il est rare que les rédacteurs précisent la nature de la mort ; parfois ils utilisent le terme « contagion », et d’autres fois ils utilisent le mot « peste ». On se contentera dans cet article d’utiliser les termes de l’époque ou ceux utilisés par les historiens qui ont travaillé sur ce thème.

 

Eglise de La Suze sur Sarthe

Eglise de La Suze sur Sarthe

Les contagions reviennent assez couramment et sont craintes. La maladie est mentionnée au Mans vers 1450, 14691. Vers 1478/1479, les comptes de fabrique de La Suze font état d’une mortalité importante2. En 1484, la contagion frappe Le Mans et elle est encore signalée en 1500. Les moines de la Couture quittent la ville pour se réfugier dans leurs biens à Pezé, Volnay et Moulins3. On signale le retour de la peste au Mans en 1515 où on apprend que les religieux du Gué-de-Maulny sont errants ou dispersés à cause de la maladie4. En 1532, les religieux de Saint-Pierre-la-Cour interdisent l’accès au chœur de l’église Saint-Pierre les jours de grande affluence à cause de la peste5. Les assises qui se tiennent ordinairement au Mans sont déplacées à Mamers6. Dans son livre de raison, Symon Le Gendre nous dit que sa mère décède de la peste en sa maison paroisse de Saint-Hilaire au Mans7. Cette même année 1532, la contagion fait de nombreux morts au Grand-Lucé et l’on fait faire un cierge pour saint Roch8. Elle est encore dans le Maine en 1544, 1547, 1552, 1557, 1563.

1BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 708

2FROGER (L.), La paroisse de La Suze au XVè siècle d’après les comptes de fabrique, RHAM, t.40, 1896, p. 159

3DIEULEVEULT (A. de), La Couture : une abbaye mancelle au Moyen-Âge (990-1518), Vilaire, 1963, p. 32

4CAUVIN (T.), Documents relatifs à l'histoire des corporations d'arts et métiers du diocèse du Mans, Monnoyer, 1860, p. 125

5MENJOT D’ELBENNE, Cartulaire du chapitre royal de Saint-Pierre-de-la-Cour, Archives historiques du Maine, Archives Historiques du Maine, IV, 1er fascicule, 1907, p. 369

6BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 477

7MOULARD (P.), La famille Le Gendre, RHAM, t. 23, 1888, p. 114-154

8ALOUIS (V.), LEBRU (A.), Les Coesmes, seigneurs de Lucé et de Pruillé (deuxième partie), t.23, RHAM, 1888, p. 293-294

1BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 708

2FROGER (L.), La paroisse de La Suze au XVè siècle d’après les comptes de fabrique, RHAM, t.40, 1896, p. 159

3DIEULEVEULT (A. de), La Couture : une abbaye mancelle au Moyen-Âge (990-1518), Vilaire, 1963, p. 32

4CAUVIN (T.), Documents relatifs à l'histoire des corporations d'arts et métiers du diocèse du Mans, Monnoyer, 1860, p. 125

5MENJOT D’ELBENNE, Cartulaire du chapitre royal de Saint-Pierre-de-la-Cour, Archives historiques du Maine, Archives Historiques du Maine, IV, 1er fascicule, 1907, p. 369

6BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 477

7MOULARD (P.), La famille Le Gendre, RHAM, t. 23, 1888, p. 114-154

8ALOUIS (V.), LEBRU (A.), Les Coesmes, seigneurs de Lucé et de Pruillé (deuxième partie), t.23, RHAM, 1888, p. 293-294

Le Mans, Saint-Pierre-la-Cour, 1854, Moullin (source : Médiathèque Le Mans)

Le Mans, Saint-Pierre-la-Cour, 1854, Moullin (source : Médiathèque Le Mans)

La ville de La Flèche est touchée par la peste en 15811 et elle reste quelques années dans la région ; on va d’ailleurs créer dans cette ville la confrérie de Saint-Sébastien23 pour se protéger de la maladie. Elle est aussi présente au Mans à la même époque où onze religieux des Jacobins décèdent ; leurs coreligionnaires ont peur et abandonnent les lieux. A la fin de l’année, le clergé de la cathédrale refuse de gérer les pestiférés4. Puis on la trouve encore signalée dans le registre paroissial de Cérans en 1583, registre dans lequel le rédacteur évoque des signes prémonitoires comme « tonnerre fouldre et fulguration qui tombit sur leglize cathedrale de Monsieur Sainct Julian ». Puis on la voit l’année suivante à Montmirail d’où certains habitants partent dans les paroisses voisines. Cette même année 1583, le livre de raison de Symon Le Gendre, continué par son fils Denis après 1574, nous donne quelques précisons sur cette épidémie : « En l'an 1583, la peste et contagion fut grande en la ville du Mans et principalement en juillet et août, tellement que la plupart de la ville abandonnèrent leurs maisons. La métayère de Bourg Daigné en mourut, le 29 dud. mois d'août, sur les 4 à 5 heures du matin, et par après deux de ses enfants, sa chambrière ; son mari en fut frappé mais en guérit. Lad. contagion a duré jusques en l'année 1584, elle a été pareillement forte ès mois de juillet d'août et de septembre ». On la voit également dans un registre paroissial de La Chapelle-d’Aligné en 1583 où le curé organise processions et prières pour la faire cesser. A Torcé-en-Vallée, la contagion est présente cette même année 1583 ; les moines du prieuré en sont victimes et il est impossible d’entrer dans le bâtiment ni dans l’église5. En 1584, à Souligné-Flacé, meurt de peste Macé Fardel, mère de Julien Bodreau6. La maladie est également à Vallon-sur-Gée en 15857.

1MONTZEY (C. de), Histoire de La Flèche et de ses seigneurs, 1ère période, Société Historique et Archéologique du Maine, 1877, p. 14, p. 284

2La Province du Maine, n° 34, 19 août 1848, p. 134

3MONTZEY (C. de), Histoire de La Flèche et de ses seigneurs, 2ème période, Société Historique et Archéologique du Maine , 1878, p. 71, p. 248

4BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 713

5FROGER (L.), Notre-Dame de Torcé, RHAM, 1898, p. 39-40

6BARILLY-LEGUY (M.), « Livre de mes Anciens grand pères", Le livre de raison d'une famille mancelle du Grand Siècle (1567-1675), PUR, 2006, Transcription du livre, f° 17

7AD72, Vallon-sur-Gée, 1 MI 1176 R1, B 1565-1592, S 1577-1639, M 1578-1638

1MONTZEY (C. de), Histoire de La Flèche et de ses seigneurs, 1ère période, Société Historique et Archéologique du Maine, 1877, p. 14, p. 284

2La Province du Maine, n° 34, 19 août 1848, p. 134

3MONTZEY (C. de), Histoire de La Flèche et de ses seigneurs, 2ème période, Société Historique et Archéologique du Maine , 1878, p. 71, p. 248

4BOUTON (A.), Le Maine, Histoire économique et sociale, XIVe, XVe et XVIe siècles, Monnoyer, 1970, p. 713

5FROGER (L.), Notre-Dame de Torcé, RHAM, 1898, p. 39-40

6BARILLY-LEGUY (M.), « Livre de mes Anciens grand pères", Le livre de raison d'une famille mancelle du Grand Siècle (1567-1675), PUR, 2006, Transcription du livre, f° 17

7AD72, Vallon-sur-Gée, 1 MI 1176 R1, B 1565-1592, S 1577-1639, M 1578-1638

Registre paroissial de Cérans (1583)

Registre paroissial de Cérans (1583)

En 1601 et les années suivantes, la maladie est signalée au Mans comme par exemple à l’Hôtel-Dieu de Coëffort1 ; il faut alors prendre des décisions pour gérer les pauvres. Le valet du concierge étant mort de contagion en novembre 1601, on relâche les prisonniers pour dettes2. A Fresnay-sur-Sarthe, on dit en 1602 que « laquelle maladie les paroisses voysines estoient infectées »3.

Au Lude en 1604, la contagion cause la mort de plus d’une centaine de personnes4. En 1606, plusieurs cas de contagion sont signalés à Malicorne : « Le xxviie dud(it) mois et an deceda Saincton Averty et le mesme jour son corps a este enterre pres Pinceloup ou il estoit refugie a cause de la contagion » (Pinceloup est aujourd’hui sur la commune de Mézeray)5. L’Hôtel-Dieu du Mans est aussi touché6 et l’assemblée se réunit pour réagir face à la situation.

Puis l’épidémie est au Mans en 1611. Il faut gérer les malades et la pauvreté née de la période agitée ; les échevins réunissent en juillet une assemblée à l’évêché7. Elle se termine au Mans en novembre. Cependant ce ne fut qu’une courte pause puisque la maladie revient l’année suivante. On la retrouve aussi à Assé-le-Boisne plus tard8. Et cette même année 1612 à Sougé-le-Ganelon, on n’enterre plus à l’intérieur de l’église à cause de la peste9.

La contagion revient à partir de 1625 et les échevins du Mans se réunissent pour agir car la maladie est dans les villes voisines10. Elle entre tout de même en ville le 18 mai 1626 où deux malades sont menés au Sanitas11. En 1626, le rédacteur des actes de sépultures de la paroisse Saint-Martin à Sablé commence à signaler des cas de contagion12. En marge des actes il écrit « contagion » surmonté d’une larme. Elle est toujours présente en 1627 où on enterre quatre enfants, deux dans le petit cimetière et deux au « lieu de la grande maison pour la contagion dont ils sont affligés ». On la retrouve à Asnières-sur-Vègre où on dit qu’elle fut apportée depuis Sablé13 ; on dénombre plus d’une quarantaine de morts. On enterre parfois les défunts de nuit comme à Vallon-sur-Gée où Perrine Sablé est inhumée le 21 octobre 162614. La maladie est signalée au Lude en 162715.

1MEMIN (M.), L’Hôtel-Dieu de Coëffort, Enfants trouvés région du Mans, Bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe, n° 517, 1976, p. 89

2LESTANG (M. de), Extrait du journal de Jean Bougard, Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, Volume 13, 1858, p. 506

3AD72, Fresnay-sur-Sarthe, 1 MI 1220 R1, BS 1541-1660

4AD72, Le Lude, 1MI 955 R3, S 1596-1692

5AD72, Malicorne, 1MI 1126 R1, BMS 1603-1656

6CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 25

7CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 27

8AD72, Assé-le-Boisne, 1 MI 1218 R1, BMS 1587-1635

9MOULARD (P.), Chroniques de Sougé-le-Ganelon, Lebrault, 1880, p. 197

10CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 43

11CAUVIN (T.), Extrait des registres de l’Hôtel de Ville du Mans depuis 1553 jusqu’à 1784, 1835, p. 44

12AD72, Sablé-sur-Sarthe, paroisse Saint-Martin, 1 MI 1286 R4, MS 1612-1683, BMS 1684-1697

13AD72, Asnières-sur-Vègre, 1 MI 1277 R1, BMS 1609-1700

14AD72, Vallon-sur-Gée, 1 MI 1176 R1, B 1565-1592, S 1577-1639, M 1578-1638

15AD72, Le Lude, 1MI 955 R3, S 1596-1692

Registre paroissial de la paroisse Saint-Martin, Sablé-sur-Sarthe (1626)

Registre paroissial de la paroisse Saint-Martin, Sablé-sur-Sarthe (1626)

Registre paroissial d'Asnières-sur-Vègre (1626)

Registre paroissial d'Asnières-sur-Vègre (1626)

Registre paroissial de Vallon-sur-Gée (1626)

Registre paroissial de Vallon-sur-Gée (1626)

En 1628, la contagion frappe l’abbaye Saint-Vincent et empêche d’aller y faire la procession religieuse ; on va alors aux Jacobins1. La maladie est également présente à Saint-Cosme-en-Vairais, Dangeul, Trangé, Fresnay-sur-Sarthe, etc.

En 1630, Saint-Calais est victime de la contagion ; les habitants pensent qu’elle a été amenée par un pauvre en provenance de Melleray2. Les plus riches se retirent dans leurs propriétés en campagne ; et le prix des denrées alimentaires flambe. Le rédacteur des actes paroissiaux de Dehault indique que la contagion sévit entre août et octobre 16313.

On la voit également faire plusieurs morts à Chassillé en 1640. Le 16 décembre 1640, le corps de Pierre Lambert prêtre prieur curé de Chassilé est inhumé devant l’autel de Saint Sébastien, saint invoqué contre les maladies contagieuses4.

1TRIGER (R.), La procession des Rameaux au Mans, Fleury et Dangin, 1884, p. 53

2La Province du Maine, n° 36, 13 septembre 1845, p. 1

3AD72, Dehault, 1 MI 1136 R1, BMS 1580-1699

4AD72, Chassillé, 1 MI 1163 R1, B 1613-1669, S 1617-1669, BMS 1669

Registre paroissial de Chassilé (1640)

Registre paroissial de Chassilé (1640)

En 1650, à Brûlon, commence une longue liste de décès causés par la contagion, la pourpre (purpura), hydropisie, maladie pestilentielle, etc. Les familles sont frappées par la maladie et comme souvent en tel cas, les gens sont inhumés chez eux ("lesquels ont esté enterrés dans la vigne", "dans son jardin", "sans aucunes ceremonies", "dans le champ des Chenes", "proche la maison de la Chesnays", "en la grange de la Chesnays", etc.)1.

1AD72, Brûlon, 1MI 1146 R1, BMS 1612-1676

Registre paroissial de Brûlon (1650)

Registre paroissial de Brûlon (1650)

En 1681 à Fresnay-sur-Sarthe, la contagion est présente1.

 

Il faudra attendre les progrès de la médecine au cours des XIXème et XXème siècles pour voir les maladies contagieuses régresser. Et c’est à l’extrême fin du XIXème siècle grâce au franco-suisse Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste, que l’on met au point un sérum.

1LE GUICHEUX (A.), Chroniques du canton de Fresnay, 1877, p. 162

A SUIVRE

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 08:16

Au XVIIème siècle, les épidémies reviennent très souvent. On les retrouve par exemple sous la plume des curés, qui tiennent les registres paroissiaux, sous le nom de « contagion ». Nous regarderons de plus près l’épidémie de 1638 au travers des registres paroissiaux des seize communes du Val de Sarthe. Puis nous ferons une mise en perspective au niveau du département de la Sarthe.

 

LES REGISTRES PAROISSIAUX DU VAL DE SARTHE

Registre paroissial d'Athenay (Commune de Chemiré-le-Gaudin)

Registre paroissial d'Athenay (Commune de Chemiré-le-Gaudin)

Tous les registres de cette période n’ont malheureusement pas été conservés.

A Cérans-Foulletourte, la série semble être complète mais on ne fait pas mention de décès à cause de la contagion. Pour la commune de Chemiré-le-Gaudin, les registres paroissiaux d’Athenay et de Saint-Benoît n’existent plus pour l’époque qui nous intéresse ; il reste ceux de Chemiré qui n’apportent pas d’indication sur la maladie mais qui permettent de faire un comptage.

A Etival-Lès-Le-Mans, les registres ne commencent qu’en 1651 ; ceux de Fercé débutent en 1669 et ceux de Fillé en 1667. A Guécélard, les registres paroissiaux commencent en 1671.

A La Suze, ils sont très lacunaires pour cette période et il est bien difficile d’en tirer des informations précises. Par exemple, on ne trouve qu’un seul acte pour l’année 1638. Par contre l’année 1639 comptabilise 51 décès ! Les années suivantes montrent des totaux allant de 10 à 21.

Concernant la paroisse de Louplande, la collection des actes est complète et permet donc de faire une bonne analyse.

Malicorme dispose aussi d’une collection presque complète, ce qui permet de travailler sur des données fiables, alors que pour Mézeray nous n’avons que des baptêmes.

Concernant Parigné-le-Pôlin, les séries baptêmes, mariages et sépultures sont complètes. Il en est de même pour Roézé où les séries sont complètes pour la période étudiée.

Pour la commune de Souligné-Flacé, il existe deux séries de registres : ceux pour Souligné et ceux pour Flacé. Pour cette dernière paroisse, nous n’avons pas les registres pour la période concernée. Pour Souligné, nous ne disposons que des baptêmes.

Pour Saint-Jean-du-Bois, les registres commencent plus tard. A Spay nous disposons de toutes les séries presque complètes car il manque de rares pages pour les sépultures. Et enfin à Voivres-Lès-Le Mans, les registres commencent plus tard.

LES DÉCÈS DE 1638 EN VAL DE SARTHE

A Chemiré-le-Gaudin, l’année 1638 est caractérisée par une baisse des baptêmes à partir de 1637, qui se poursuit jusqu’en en 1639, et une hausse importante des sépultures. Les décès augmentent à partir du mois de juin 1638 ; le premier de la liste est le vicaire de Chemiré, René Termeau, qui tenait le registre paroissial. Les derniers actes qu’il note sont de la fin du mois de mai et il est inhumé le 16 juin dans l’église de Chemiré par le curé de Maigné. Le lendemain, il y a une autre sépulture puis deux autres le 18. En juillet on monte à neuf sépultures. Au mois d’août, on redescend à cinq décès. Et entre septembre et décembre 1638 on a plus que quatre décès. Sur un total de 36 décès, 19 ont lieu lors des trois mois d’été ! En 1639, seulement douze décès sont répertoriés.

 

La peste de 1638 en Val de Sarthe (1ère partie)

Le premier décès attribué à la peste sur la paroisse de Louplande est signalé le 9 août 1638 ; il s’agit de Noelle Hervé qui « mourrut de la contagion et neantmoins le corps fut inhumé au cimetiere de S(ain)t Léonard ». Puis le 15 août 1638 Suzanne Alinant est dite morte de peste. Et en marge, le rédacteur ajoute la sépulture de Catherine Vilfeu décédée de la contagion le 12 août 1638. On voit bien ainsi que le rythme des décès augmente et que les informations n’arrivent pas le jour même au rédacteur. En effet, avec cette maladie très contagieuse, les gens restent chez eux et le curé de la paroisse ne se déplace pas toujours pour les derniers sacrements. Le 22 août 1638 est inhumé à Saint-Léonard, malgré la contagion, le corps de Julien Busson ; puis le lendemain sa femme et sa mère sont enterrées au lieu des Benastres (aujourd’hui les Menâtres). Le 24 août 1638, Michelle Regnard et sa fille Mathurine décèdent. Alors qu’en juillet on comptabilise deux décès, le mois d’août 1638 en a neuf. La fréquence des décès reste élevée en septembre et octobre avec encore des cas de contagion signalés dans les registres. On a donc trente deux décès enregistrés pour l’année 1638 alors qu’il en avait quatre pour 1637 et six pour 1636. En 1639, il n’y a plus que dix sépultures.

Registre paroissial de Louplande

Registre paroissial de Louplande

La peste de 1638 en Val de Sarthe (1ère partie)

A Malicorne, si on regarde les baptêmes pour la période allant de 1633 à 1637, on en compte entre 31 et 40. Ce nombre descend en 1638 à 20. Pour la période allant de 1639 à 1643, le nombre de baptêmes varie entre 18 et 28. On voit là très clairement les conséquences de la contagion qui a frappé les couples et donc un nombre de naissances plus faible par la suite. Ceci dit si on regarde de près les données sur les décès, il y a une forte augmentation des décès en 1636 avec 19 décès alors qu’en 1638 on compte 18 décès mais aussi 24 en 1639. Malheureusement le rédacteur des registres n’est pas très prolixe en explication. En novembre 1639, il nous indique que Magdelon Liger, pêcheur, et sa femme Jeanne Chevé, « decedes de maladie pestilentielle ont esté ensepultures en leur jardin ». Ou encore en août 1640 où « Robert Mesny habitant de ce lieu, estant allé a Tramblay parroisse de Noien pour gouverner les pestiferes, y est decedé de contagion et inhumé aud(it) lieu de Tramblay ». Cela met en évidence que les maladies contagieuses sont omniprésentes, même si elles sont parfois moins marquantes.

La peste de 1638 en Val de Sarthe (1ère partie)

A Roézé, comme à Parigné le Pôlin d’ailleurs, le nombre de décès est à peu près le même que les autres années. Pourtant le rédacteur à Roézé, signale bien un cas de mort provoquée par la contagion : « Gilles Roger deceda le noeuf aoust 1638 mais apprehendé de contagion fut inhumé aupres de sa maison par ses enfans », et d’inscrire dans la marge la lettre « p » pour « peste ».

Registre paroissial de Roézé

Registre paroissial de Roézé

Pour Spay, le rédacteur des actes de sépultures signale le premier cas le 23 juillet 1638. Il s’agit de Michelle Hubert, veuve d’Innocent Godefray, morte de peste et « estant la premiere morte en ceste paroisse ». Le deuxième cas est Jacques Froger décédé le 1er août et qui fut inhumé dans son jardin au Martray du Milieu. Le lendemain, au même lieu et des mêmes causes, est inhumé dans son jardin François Pressoir. Puis le 18 août Renée Niepceron, décédée de la peste, est elle aussi inhumée dans son jardin. Et le même jour, c’est Michelle Godefray, jeune fille du Martray du Milieu qui est inhumée dans son jardin. Puis le 21, toujours au même endroit, c’est au tour de Guillaume Pressoir, âgé de 15 à 16 ans, d’être enterré dans le jardin. Le 29 est inhumé au Bas Martray Julien Leprou ; le 1er septembre Guillemine Leprou, femme de Nicolas Papillon, est également inhumée au Bas Martray. Le même jour est inhumé au cimetière de Spay Mathurin Hérisson. Puis le 8 septembre, toujours dans le secteur des Martrays, est inhumé Jullian Loyseau. C’est le dernier cas signalé.

Registre paroissial de Spay

Registre paroissial de Spay

La peste de 1638 en Val de Sarthe (1ère partie)

A SUIVRE

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 13:58

1. Saint Léonard de Louplande

L'église originelle de Louplande était installée à environ 1 km au sud-ouest du bourg actuel dans un lieu-dit nommé justement "Le Vieux Bourg".

Par contre, une chapelle dite de Saint-Léonard s'est développée sur le chemin menant vers Sablé.

C'est aujourd'hui le bourg de Louplande avec son église rebatie à la fin du 19ème siècle.

L'ancienne église de Saint-Léonard, sans doute de style roman d'après les éléments de description, est installée le long du chemin et donne au bourg une organisation de type village-rue.

Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze

2. Voivres Lès Le Mans

Le site de Voivres connait une configuration différente. On sait que le bourg actuel est implanté à proximité immédiate d'un site antique.

Vers 1134/1135, le cartulaire de Saint Pierre de la Cour mentionne l'"ecclesia de Voevrio".

L'arrivée depuis le bas du bourg offre le meilleur aperçu sur la topographie du lieu.

Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze
Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze

L'église parait implantée sur une terrasse ; s'agit-il des vestiges d'une motte féodale ? On peut raisonnablement le penser lorsqu'on regarde l'organisation de l'espace.

Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze

3. La Suze sur Sarthe

Le site de La Suze est lié à l'implantation d'une forteresse médiévale qui controlait le péage sur la rivière sans doute dès le la première moitié du 11ème siècle. L'église, dédiée à Saint Julien le Martyr, était la chapelle du château.

 

 

 

Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze
Topographie religieuse dans trois communes de la région de La Suze
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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 07:29
Photo patrimoine : musée de la faïence à Malicorne sur Sarthe

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