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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 19:38

Département de la Sarthe

Arrondissement du Mans

Canton de La Suze

Commune de Fillé-Guécélard

 

Pétition

demandant

l'érection en commune

de la

section électorale de Guécélard

 

Le 18 février 1872,

 

 

Monsieur,

 

Les soussignés ont l'honneur de vous prier de bien vouloir accueillir favorablement la demande qu'ils forment de voir ériger en commune distincte de la commune de Fillé-Guécélard, la portion de cette commune formant aujourd'hui la section de Guécélard.

Ce n'est pas la première fois que cette séparation est invoquée, car, de tout temps, la réunion de Guécélard à Fillé, a eu pour nous les plus grands inconvénients sans nous procurer aucun avantage sérieux.

La séparation existe en fait depuis bien des années, mais sans les avantages d'une séparation légale.

La section de Guécélard est séparée de celle de Fillé par la rivière de la Sarthe et par un ruisseau, le Rhonne, qu'il faut passer à gué, et dont les eaux débordées à certaines époques interceptent, ou à peu près, toute communication entre les deux sections.

Ainsi périodiquement, c'est à dire tous les quatre à cinq ans, et même plus souvent encore, les eaux s'élèvent à plus de trois mètres au-dessus des levées et couvrent, pendant plusieurs semaines, au moins quinze cents mètres de terrain. Les souvenirs de 1846 et 1853 notamment nous sont encore très-présents. (Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les deux hivers qui viennent de s'écouler).

On ne pouvait se rendre au chef-lieu de la Commune qu'en bateau, et encore le danger du passage était tel qu'on a vu plus d'une fois le services des dépêches interrompu.

Pour aborder la mairie, il faut, dans ces circonstances, passer par La Suze, ce qui augmente le trajet de trente kilomètres.

De grands malheurs sont arrivés à ce passage. Beaucoup se rappellent que Madame de la Boussinière, mère, a été précipitée dans la Sarthe avec son coupé. Un commis-voyageur, étranger au pays, a couru les plus grands dangers.

Le sieur Hatton, de Fillé, s'est noyé en voulant traverser le ruisseau du Rhonne, au moment des inondations.

On n'oublie point ci qu'au bas de Fercé, il y a quelques années, plusieurs personnes ont péri dans la Sarthe.

Nous pouvions avoir, à chaque instant, de semblables malheurs à déplorer.

Pendant les hivers, les habitants de Guécélard se rendant à Fillé pour affaires d'administrations, (car rarement il s'y rendent pour autre chose,) ont dû quelquefois attendre plusieurs heures sur la plage, jusqu'à ce que la glace fut brisée et que la barque put être à proximité. Au moment du dégel, les carreaux de glace, charroyés par une eau rapide, peuvent briser le bateau de passage ou du moins le précipiter par-dessus la chaussée voisine.

L'hiver dernier, le câble s'est brisé au moment où le bateau, rempli de passagers qui se rendaient au service de l'ancien maire, se trouvait au milieu de la rivière. Le brigadier de gendarmerie et plusieurs conseillers municipaux notamment s'y trouvaient embarqués.

Au milieu de l'invasion allemande, (dont nous avons été les principales victimes et pendant laquelle les autorités de Fillé nous ont laissé abandonnés à nous-mêmes), tous nos chevaux ont été réquisitionnés, les ennemis nous réclamaient avec insistances un cheval harnaché, et nous menaçaient des peines les plus dures si ce cheval n'était pas immédiatement fourni. Nous adressâmes nos réclamations à la municipalité de Fillé. M. le maire, dans une pièce qui est annexée au dossier, déclare, avec regret sans doute, à M. l'adjoint de Guécélard : que la porte marinière a été entraînée à la débâcle des glaces et qu'il est absolument impossible de passer le bac. Nous avons vérifié le fait et il se trouvait véritable.

En outre, comme il faut payer à chaque voyage, les déplacements réitérés deviennent onéreux pour un grand nombre.

Ajoutons à cela que les bureaux de la mairie se trouvent à trois kilomètres et la résidence de M. le maire actuel à au moins quatre kilomètres de Guécélard, bourg assez important où se trouvent gendarmes, institutrices, desservant, maîtres d'hôtels, chefs d'ateliers ; toutes personnes qui peuvent avoir besoin, à chaque instant de recourir à l'autorité municipale.

Ces considérations avaient porté le Gouvernement de Juillet à ériger Guécélard en succursale et en section électorale. Nous attendons des administrations actuelles, notre érection en Commune, nous rappelant qu'Arnage, commune voisine de notre section, s'est vue accorder cette faveur avec des ressources inférieures aux nôtres et des difficultés beaucoup plus grandes.

Guécélard est séparé de Fillé par une limite toute naturelle, la Sarthe. A la vérité nous reconnaissons que certaines communes ont aussi des habitants séparés de leur chef-lieu par cette rivière, mais ils sont très-gênés, comme le prouvent les demandes de ponts adressées depuis quelques semaines à la Préfecture, et leurs quelques hameaux disséminés ne forment point une agglomération nombreuse et composée comme celle de Guécélard.

La population de cette dernière section est de 595 habitants. Quinze mille communes en France n'ont pas une population supérieure et néanmoins elles vivent. Après la séparation, il restera encore à la Commune de Fillé près de 700 habitants, avec des ressources en proportion.

L'annexion de Guécélard à Fillé ne date que de 1795 ou 1796, c'est à dire, du moment où il y a eu des administrations civiles régulières à la tête des Communes. L'annuaire du Maine de 1791 mentionne encore Fillé et Guécélard comme administrations distinctes du VIIe canton su District du Mans. Guécélard relevait d'Oizé et Fillé, de La Suze. L'annuaire de 1792 nomme encore les autorités de Guécélard, mais il ne mentionne plus celles de Fillé.

La séparation légale n'entraînera aucune dépense pour la section de Fillé, comme c'est évident.

La section de Guécélard elle-même n'aura à faire aucune dépense appréciable.

Elle possède : 1° Une école communale dont la maison nouvellement construite par les souscriptions volontaires des habitants est établie de telle sorte qu'il est très-facile d'y installer les bureaux de la mairie. 2° Une belle église neuve en partie et un presbytère presque neuf.

Si cependant, contre notre attente, l'érection de Guécélard en commune nécessitait certains frais, nous, soussignés, sommes tous disposés, tant est notre grand désir de séparation ! À recourir aux souscriptions volontaires, auxquelles nos voisins nous ont longtemps accoutumés. Inconvénients pour inconvénients, nous aimons mieux nous gêner un peu plus chez nous et n'être point obligés de faire le voyage de Fillé.

Les conseillers sectionnaires de Fillé sont au nombre de sept avec le maire qui, en cas de partage, à voix prépondérante. Ceux de Guécélard ne sont que cinq. Il s'en suit que nos intérêts ne sont pas suffisamment représentés dans l'assemblée communale.

Nous n'ignorons pas qu'aujourd'hui la tendance générale est de supprimer en partie les petites communes au lieu d'en ériger de nouvelles. Ce principe peut être bon à un certain point de vue. Mais on ne peut nier qu'une règle générale a souvent une ou plusieurs exceptions, et nous pensons, dans l'espèce, que notre situation est toute exceptionnelle.

Nous ne songeons nullement à réclamer à la section de Fillé la moitié de son école de garçons, la moitié de son cimetière communal, la moitié de sa mairie, une partie de son presbytère, auxquels nous avons droit ; nous ne réclamons même pas le prix des terrains communaux et des nombreux excédants de routes vendus sur notre territoire au profit de la commune, etc., etc. Mais nous croyons aussi que cette section serait mal fondée, de son côté, en nous demandant une indemnité pour les neuf ou dix kilomètres de chemins vicinaux établis sur Guécélard, et qui servent à Fillé autant et même plus qu'à nous-mêmes.

On ne nous alléguera pas non plus, comme on l'a fait en 1866, que la propriété de nos monuments publics n'est pas notoirement déterminée. Pour se convaincre du contraire, il suffit de consulter les titres authentiques de ces donations, chez Messieurs les notaires de Laigné-en-Belin, d'Etival-lès-le-Mans, et chez Me Berthaud, notaire au Mans. Au reste le gouvernement qui rétablit Guécélard en succursale, au cours de l'année 1845, avait pris les plus minutieuses précautions.

Lors de notre dernière tentative de séparation, en 1866, la municipalité de Fillé allégua que la commune avait un énorme déficit. Nous n'avons jamais compris cette affirmation. L'état de situation du percepteur atteste pour l'année 1865 un reste en caisse de 52 francs 20 cent., et pour 1866, un excédant des recettes sur les dépenses de 37 francs 85 cent. Pourtant, dans ces deux dernières années, il s'est trouvé certaines dépenses extraordinaires qui n'ont plus de raison d'être aujourd'hui. Depuis cette époque il n'est pas venu à notre connaissance que le budget communal se soit soldé en déficit. Jamais la commune n'a employé le maximum de ses impositions légales. Évidemment nous ne parlons point de la présente année qui est anormale et doit rentrer dans les exceptions.

Sans doute la commune a obligée d'avoir recours à des impositions extraordinaires, mais elle a cela de commun avec la plupart des communes de notre département.

Le département et l’État, dira t-on, viennent en aide à la commune dans l'état actuel. C'est vrai, mais, après la séparation, ils n'auront pas plus à nous accorder qu'aujourd'hui. Il suffira de partager proportionnellement les secours ordinaires entre les deux communes.

D'un autre côté, tout nous porte à croire que le nouveau cadastre, qui sera prochainement dressé, trouvera une plus-value notable à nos propriétés, comme cela doit être dans un pays où l'agriculture et le défrichement des terrains, précédemment très en retard, sont en progrès croissant depuis une vingtaine d'années.

Après cet exposé rapide des inconvénients matériels de notre position, nous devrions peut-être parler des inconvénients moraux de l'état actuel et expliquer ici comment la situation présente a amené et entretient entre les deux sections une grande irritation. Au reste, c'est ce qui arrive presque toujours lorsque, dans une commune rurale, se trouvent deux sections a peu près égales et qui croient pouvoir être indépendantes l'une de l'autre. Mais nous nous trouverions sur le chemin de personnalités défuntes ou vivantes, et nous ne voulons pas quitter un seul instant le point de vue élevé où nous nous sommes placés : l'intérêt de la section de Guécélard.

N'ayant aucun reproche à adresser à la municipalité actuelle de Fillé, nous avons profité de cette trêve pour formuler notre demande d'érection en Commune. Nous croyons qu'il sera plus facile, en l'état actuel, de traiter la question sans passion et sans moyens violents ou d'une véracité douteuse.

Nous prions l'administration de ne point voir ici une misérable question d'amour-propre ni un mécontentement mesquin et passager. Nos esprits ne sont point excités par un vil antagonisme.

Les soussignés osent donc espérer que l'administration compétente voudra bien seconder leurs vœux et ils lui en seront éternellement reconnaissants.

Ils ont l'honneur d'être, avec un profond respect, Monsieur,

Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.

 

NOTES

N.B.1. - Tous les intéressés ont signé la présente pétition ou ont déclaré verbalement l’approuver, sauf deux ou trois retenus par certaines considérations particulières.

N.B.2. - Un état présentant le détail de tout ce qui n'est qu'indiqué dans la pétition ci-dessus a été joint au dossier.

 

Pièces du dossier :

1°. Déclaration de la mairie de Fillé attestant que pendant l'hiver dernier il était impossible de communiquer entre les deux sections.

2°. Pétition signée par tous les habitants de Guécélard en 1866.

3°. Délibération des conseillers sectionnaires de Fillé en réponse à la susdite pétition.

4°. Rapports de la municipalité avec l'école et avec les habitants de Guécélard.

5°. Comptes à régler entre les deux sections avant ou après la séparation.

6°. État de situation de la caisse communale à la fin de l'année 1866.

7°, 8°, 9°, etc. État fictif des recettes et dépenses présenté par M. le maire en 1866, et renseignements statistiques faisant voir les erreurs contenues dans cet état fictif.

 

Certifié véritable par les conseillers sectionnaires de Guécélard, soussignés :

PIVRON, LIVACHE CONSTANT, BRADOR,

J. LOYER, CORDIER.

 

 

 

 

 

Cadastre 1844 Fillé-Guécélard (Arch. Dép. de la Sarthe)

Cadastre 1844 Fillé-Guécélard (Arch. Dép. de la Sarthe)

Passage entre Fillé et Guécélard par le bac.

Passage entre Fillé et Guécélard par le bac.

Le gué sur le Rhonne à Guécélard.

Le gué sur le Rhonne à Guécélard.

En avril 1872, la question est abordée par le Conseil Général. Mais le dossier est sur le bureau du Préfet et il faut attendre août de la même année pour qu'un développement plus conséquent apparaisse dans les compte-rendus du Conseil Général.

Il faut bien comprendre que la guerre de 1870-1871 amène la disparition du Second Empire et la proclamation de la Troisième République. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que les élus de la section de Guécélard renouvellent leur demande après la tentative précédente de 1866. Le changement de régime, et donc des autorités décisionnaires, pourra peut-être faire avancer le dossier puisque la loi organique départementale de 1871 autorise le Conseil Général à donner son avis quant à un changement dans l'organisation du département.

En août 1872, le dossier est présenté par le comte de La Suze, Robert Michel de Chamillart, conseiller général résidant à Courcelles-la-Forêt. Il dresse la liste des points qui justifieraient la partition : superficies à peu près égales, nombre d'habitants à peu près égal et la rivière Sarthe qui sépare de manière homogène le territoire. Il poursuit sur les difficultés que rencontrent les habitants de Guécélard lorsqu'ils veulent se rendre à Fillé en traversant la rivière. Il revient ensuite sur les résultats de la commission d'enquête publié en mai 1872 qui émet un avis favorable à la séparation. Mais la question est de savoir si la nouvelle commune de Guécélard serait viable ou pas ; ce à quoi Fillé répond par la négative alors que les représentants de Guécélard disent que c'est tout à fait possible.

On apprend encore que Guécélard possède une école mixte grâce à une souscription volontaire, une grande maison qui appartenait au maître de poste Lemore et qui servirait de mairie et d'école, un presbytère et un cimetière. Et de conclure : « Voilà donc de quoi constituer l'autorité civile et religieuse ».

Par contre, c'est le volet financier qui pose problème. On argumente en disant qu'avec le solde des comptes envers Fillé, Guécélard se verra placé dans une situation financière difficile rendant son autonomie impossible (réunion du conseil municipal de Fillé en date du 13 juin 1872). Mais Guécélard pense qu'un arrangement sera possible avec la commune de Fillé.

Le conseiller général Chamillart propose alors les conclusions suivantes : « Le conseil général donne un avis favorable à la division de Fillé-Guécélard en deux communes, division justifiée par l'enquête, l'avis du Commissaire enquêteur et l'avis du conseil d'arrondissement à l’unanimité ». Le Préfet annonce alors qu'une commission d'arbitrage sera instituée pour régler les conditions de la séparation.

Les inondations de l'hiver 1872-1873 amène une nouvelle intervention du conseil général sur la séparation. La question revient en 1874 au conseil général puisque le Ministre de l'Intérieur a refusé la séparation car Guécélard n'avait pas les moyens financiers pour assumer son autonomie.

En 1875, « le conseil d'arrondissement du Mans insiste pour demander la séparation de la commune de Fillé-Guécélard ». Et le Préfet de répondre que « cette question est aujourd'hui jugée. A la suite des demandes présentées et de vœux exprimés, j'ai écrit à M. le Ministre de l'Intérieur, qui a répondu qu'il ne pouvait donner suite à la séparation qu'on sollicitait ». S'ensuit une discussion poliment tendue entre les conseillers généraux, en particulier MM. Rubillard et Cordelet, et le Préfet sur le rôle de « l'Administration ».

A la fin de l'année 1879, le Ministre de l'Intérieur adresse un courrier au Préfet de la Sarthe. Signalons les passages suivants : « C'est la troisième fois que l'administration est saisie de ce projet, écarté en 1873 et en 1875 […] Depuis, aucun fait nouveau n'est venu modifier la situation ; je ne vois, par conséquent, aucune raison pour revenir sur les décisions prises par mes prédécesseurs. » Il poursuit son courrier en justifiant sa décision qui s'appuie sur l'aspect financier du dossier et la non-viabilité financière de la future commune de Guécélard. Le conseil général et les personnes intéressées verront leur émoi s'altérer avec l'annonce que le Conseil d’État sera saisi du dossier en 1880. Et en effet, la loi du 30 juillet 1880 entérinera la séparation et donc la création de la commune de Guécélard.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 17:14

Le son et lumière de La Suze se prépare ...

Son et lumière de La Suze : réunion d'information et casting
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 10:10

Le très actif Café Mémoire de Fercé poursuit son travail sur la Première Guerre Mondiale. En 2014, il avait proposé une exposition sur Fercé pendant la Première Guerre Mondiale (http://canton-la-suze-sur-sarthe.over-blog.com/2014/11/exposition-a-ferce.html). En novembre 2015, les bénévoles ont présenté un travail portant sur le rôle des femmes pendant la Première Guerre Mondiale.

Nous publions ici le compte-rendu réalisé par l'association, fourni par Geneviève Cimiaz et Maryse Després. Merci à l'association "Café Mémoire" de Fercé pour ce travail.

Café Mémoire de Fercé sur Sarthe

Les femmes  dans la guerre de 14

 

Exposition du 11 au 15 novembre 2015 à la mairie de Fercé-sur-Sarthe

Et Conférence de Philippe Bergues, professeur d’histoire

A l’entrée est affiché l’appel du Président du Conseil, René Viviani, aux femmes de France. La guerre est déclarée par l’Allemagne à la France le 3 août 1914, au moment des moissons, et l’incitation à s’associer à l’effort de guerre s’adresse en premier lieu aux agricultrices qui doivent assurer la récolte du blé. On pense que la guerre sera courte et que les hommes seront rentrés pour les vendanges.

Une première série de panneaux très bien conçus montre les femmes remplaçant les hommes partis au front dans différents secteurs d’activité : agriculture, distribution de courrier, tâches administratives. Les travaux de la terre sont particulièrement durs, car les chevaux et même les bœufs ont été réquisitionnés par l’armée. La fabrication des outils est très réduite et l’industrie chimique réserve sa production à l’armée. Les engrais se raréfient. 400 000 femmes doivent travailler en usine, celles qui fabriquent des armements reçoivent le surnom de munitionnettes. Sur le front et dans les hôpitaux les femmes sont infirmières et ambulancières, recrutées par le ministère et par la Croix Rouge. Elles apportent des soins, mais aussi un soutien psychologique et un réconfort aux soldats blessés.

L’approvisionnement en denrées alimentaires devient difficile, particulièrement en sucre, parce que les betteraves sont surtout cultivées dans le Nord, qui est sous contrôle allemand. On commence à stocker la nourriture et les produits de première nécessité, comme on le fera en 1939.

Les militantes féministes (Hélène Brion,  Louise Baudin), qui se battent pour les droits civiques, sont en même temps pacifistes. Des femmes lancent des mouvements de grève, surtout en 1917, en particulier en mai les « midinettes », employées dans le textile, qui manifestent contre l’inflation et obtiennent une augmentation de salaire et le samedi après midi libre et payé. Après la guerre en 1919 est créé un baccalauréat féminin. Ce n’est qu’en 1924 que les filles et les garçons passent les mêmes épreuves au baccalauréat. La guerre a pour conséquence un début d’émancipation économique des femmes. Certaines créent leur propre restaurant, par exemple l’Auberge de la Mère Poulard en 1919. Les femmes se mettent à exercer des métiers du tertiaire, sur le modèle américain, elles sont souvent sténodactylos, en particulier dans les grands bureaux des compagnies d’assurances.

Certaines femmes, en Belgique et dans le Nord de la France occupés par l’ennemi, espionnent les Allemands, elles risquent la prison (Louise de Bettignies, qui meurt en captivité en Allemagne en 1918) ou l’exécution (l’infirmière anglaise Edith Cavell, fusillée en 1915).

L’Etat lance des emprunts pour financer la guerre par l’intermédiaire des banques. Sur tout un panneau sont reproduites des affiches de publicité pour ces emprunts, où figurent souvent une mère et son enfant, qui sont utilisés pour la propagande de guerre. Comme la Grande Bretagne, la France est très endettée auprès des Etats-Unis. Un des motifs de l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 est de prévenir la faillite de leurs débiteurs.

 Les panneaux suivants présentent une riche collection de cartes postales échangées entre les soldats et leurs fiancées ou leurs femmes.

Puis  un panneau présente les documents d’une veuve de guerre du village. Après  la guerre les veuves touchent une pension de l’Etat pour elles et pour leurs enfants et on leur attribue une machine à coudre (exposée par  sa petite fille). La France compte 630 000 veuves de guerre en 1918. Pendant 2 générations après le conflit on dénombre en France 1103 femmes pour 1000 hommes.

Deux panneaux consacrés aux « marraines de guerre », des jeunes femmes célibataires, qui, à partir de 1915, sont encouragées à échanger des lettres avec des soldats isolés, qui ont besoin de réconfort. Elles leur envoient du courrier, des cartes, des paquets contenant de la nourriture, du savon, du tabac, des vêtements chauds, des chaussettes. Leur rôle est d’entretenir le moral des troupes. Pendant leurs permissions ou à  la fin de la guerre certains soldats ont rencontré leur marraine de guerre et cela a parfois conduit à des mariages. Aux archives départementales de la Sarthe ont été retrouvées les lettres d’une Parisienne protestante, cultivée, écrites à un sergent sur le front d’Orient, et des extraits ont été affichés.

« La dernière contribution visait à donner des points de comparaison, en évoquant la situation des femmes dans les autres pays belligérants à partir de documents trouvés sur des sites anglais et allemands. Un étudiant turc de l’Université du Bosphore a fourni des renseignements concernant son pays. Des illustrations trouvées sur internet sont venues mettre en valeur les écrits. Les Françaises ont été parmi les dernières à obtenir le droit de vote en 1944 qu’elles ont utilisé pour la première fois en 1945.

 

Enfin, en appendice à l’exposition de 2014, le président du club de tir à l’arc de Fercé a fait découvrir un aspect peu connu de la guerre de 14, à savoir qu’on a utilisé très accessoirement dans cette guerre industrielle, comme armes, des arcs et des flèches, parfois empoisonnées ou incendiaires. On faisait feu de tout bois contre l’adversaire.

 

Une très belle exposition qui a ouvert ses portes au public le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice.

 

 

 

Café Mémoire de Fercé-sur-Sarthe remercie tous les acteurs de l’exposition qui ont contribué à sa réussite : tous ses membres, toutes les personnes extérieures, le conférencier, le conseil municipal.

Café Mémoire de Fercé sur Sarthe
Café Mémoire de Fercé sur Sarthe
Lors de la conférence donnée par Philippe Bergues.

Lors de la conférence donnée par Philippe Bergues.

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 20:58

Nos voisins de La Fontaine Saint Martin travaillent depuis longtemps, et très efficacement, sur la valorisation du "petit patrimoine". Il est à noter que va sortir dans quelques jours une nouvelle édition des mémoires de Louis Simon.

Dans les années 90, une première version avait été commentée par Anne Fillon qui avait fait sa thèse sur les mémoires de Louis Simon.

Aujourd'hui cette réédition est augmentée de travaux inédits. On peut passer commande auprès de l'association des amis de Louis Simon et ainsi participer aux actions de l'association : http://www.amisdelouissimon.fr/a_voir_a_faire/bulletin_de_commande_souvenirs_l_s.html

 

Mémoires de Louis Simon
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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 18:18

En 1970, Steeve McQueen tourne au Mans le film intitulé "Le Mans". Les premières images du film ont été tournées à Fillé sur Sarthe.

"Le Mans" avec Steeve McQueen à Fillé sur Sarthe
"Le Mans" avec Steeve McQueen à Fillé sur Sarthe
"Le Mans" avec Steeve McQueen à Fillé sur Sarthe
"Le Mans" avec Steeve McQueen à Fillé sur Sarthe
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 07:37

Vendredi 26 février 2016, se tenait en la salle des fêtes de La Suze sur Sarthe une réunion publique sur un projet "Son et Lumière". Après l'intervention des élus (M. d'Aillières, maire de La Suze, et Mme Roton-Vivier, conseillère municipale qui a initié le projet), Yves-Thégonnec Tulâne de la compagnie 7ème Acte a présenté le projet.

Ce spectacle sera donné les 7 et 8 septembre 2017 et s'appuiera sur des événements historiques concernant La Suze. La compagnie a déjà réalisé des animations de type son et lumière à d'autres endroits, en particulier à Neuvy-en-Champagne au château de la Renaudière dans l'ancienne paroisse de Saint-Julien-le-Pauvre.

Yves-Thégonnec Tulâne s'est appuyé sur un diaporama montrant ce qui avait été fait à Neuvy-en-Champagne afin de donner une idée de la forme de ce son et lumière. A cette occasion les aspects techniques ont été évoqués. Le comédien a également insisté sur le rôle à jouer par les habitants en mettant en avant le caractère intergénérationel.

La mairie de La Suze a déjà organisé une réunion avec les associations et les entreprises afin de voir si certaines d'entre elles étaient partantes pour apporter leur aide. Une réponse affirmative a renforcé la volonté des organisateurs.

La question du budget a elle aussi été abordée et a suscité des réactions dans le public quant à savoir si le financement serait assuré. Eternelle question qui revient dans tous les débats publics et qui, par la saveur de ses échanges, mériterait à elle seule une scène dans le spectacle !

Le lieu de la représentation garantit déjà d'un certain succès, voire même d'un succès certain, puisque cela se déroulera au château de la Fuie.

 

Une réunion pour un casting est prévue le 13 mai 2016.

Une page Facebook a été créée : https://www.facebook.com/Suzerain-2017-614701005343576/timeline

 

Pour de plus amples renseignements, contactez la mairie de La Suze. Pour que le spectacle puisse s'organiser dans de bonnes conditions, toutes les bonnes volontés sont attendues : comédiens, figurants, organisation, matériels, couture, etc.

 

 

On ne peut que se réjouir de voir la commune de La Suze prendre son histoire à bras le corps avec un tel projet. Après le succès de l'exposition sur La Suze au début du 20ème siècle, il est légitime de penser que ce spectacle "Son et Lumière" sera une réussite. Peut-être qu'un jour, il y aura en ville un parcours historique qui pourrait attirer les visteurs et les randonneurs.

 

 

Attention cependant à ne pas tomber dans une Histoire mièvre, ou pire encore avec une récupération populiste et malsaine.

 

 

 

 

 

Son et Lumière à La Suze sur Sarthe
Son et Lumière à La Suze sur Sarthe
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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 22:04
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
Quelques images du château de Malicorne en 1695
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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 19:28

En 1990, Corinne Châble avait présenté un travail universitaire intitulé « La Suze-sur-Sarthe et la réaction au coup d’État de Napoléon III en 1851 ». Pour ceux qui souhaitent profiter de ses recherches, des informations approfondies sont disponibles sur http://10ansdemariage.over-blog.com/article-journal-d-une-insurrection-decembre-1851-dans-la-sarthe-107924090.html

 

Nous proposons ici une brève synthèse de ses recherches sur La Suze en 1851.

 

L'insurrection de La Suze (1851)

En février 1848, une révolution amène la disparition de la monarchie. Le roi Louis Philippe Ier quitte le pouvoir et la IIème République est proclamée. En décembre de la même année, Louis Napoléon Bonaparte est élu Président de la République. Sans entrer dans les détails, disons que les relations entre le Président et l'Assemblée sont très conflictuelles. De plus la Constitution de 1848 spécifiait que le mandat du Président était non-renouvelable, article que Louis Napoléon Bonaparte tente de faire modifier. Et donc dès le début de décembre 1851, il décrète la dissolution de l'Assemblée Nationale.

Dès le 2 décembre, les Républicains manceaux décident d'agir contre la décision présidentielle. Mais ils ne sont pas d'accord sur la façon de faire : certains veulent rester dans une manifestation pacifique, d'autres souhaitent une réaction armée.

 

Pourquoi un déplacement des événements vers La Suze ?

Un des plus farouches acteurs de cet épisode est Constant Veillard-Lebreton. Très impliqué dans le milieu républicain sarthois, il tente une action violente à la mairie du Mans mais devant son échec, il décide de partir vers La Suze rejoindre son ami Félix Pierre. C'est également à La Suze que se trouve Ariste Jacques Trouvé-Chauvel, ancien maire du Mans, ancien ministre des finances de la IIème République et propriétaire d'une tannerie, mais aussi membre actif du mouvement républicain, et également lié à Constant Veillard-Lebreton. La ville est alors une ville fortement ouvrière dont l'activité économique tourne autour du travail du cuir.

Ariste Jacques Trouvé-Chauvel

Ariste Jacques Trouvé-Chauvel

La propriété de la famille Trouvé à La Suze (cadastre de 1843).

La propriété de la famille Trouvé à La Suze (cadastre de 1843).

Les jours qui suivent voient les protagonistes de l'affaire prendre des renseignements afin de voir ce qu'il serait bon de faire. Le vendredi 5 décembre, après avoir obtenu des nouvelles de Paris où des barricades sont érigées et où les morts se comptent par centaines, l'insurrection se met en place en milieu de matinée. C'est à la tannerie Trouvé-Chauvel-Cultivel que s'organisent les choses où les ouvriers sont informés que d'autres villes de Sarthe se sont soulevées et que les gens se rendent au Mans. Ils vont alors à la mairie pour récupérer des armes de la garde nationale (près de 200 fusils). La troupe est commandée par Veillard-Lebreton et par Pierre. Pierre file vers la gendarmerie, installée dans l'actuel château, avec les plus aguerris où ils installent le quartier général. Veillard-Lebreton s'occupe des hommes qui n'ont jamais utilisé de fusil en les emmenant place de l'église pour leurs donner des rudiments militaires.

Le château de La Suze qui abritait alors la gendarmerie.

Le château de La Suze qui abritait alors la gendarmerie.

La place de l'église de La Suze.

La place de l'église de La Suze.

Puis arrive Trouvé-Chauvel qui vient expliquer les raisons de cette insurrection en lisant la Constitution. Le soir toute la ville est bloquée par des barricades; on entreprend alors de se rendre à la mairie de Roëzé pour y quérir les 44 fusils qui y sont en réserve.

Il règne alors à La Suze un climat « révolutionnaire » : des patrouilles sillonnent les rues de la ville, les barricades sont en alerte, les maisons des opposants sont surveillées, on fabrique des cartouches, etc.

D'autres communes sarthoises réfléchissent aux tâches à mener : au Mans on met en place les actions pour le lendemain 6 décembre 1851. Dans la région de Parigné-l'Evêque et du Grand-Lucé on prépare le soulèvement. Au Breil-sur-Mérize on annonce, un peu hâtivement, que toute la France s'est soulevée ; on bat la campagne vers l'Est du département pour transmettre les informations. A Sablé, les ouvriers se soulèvent. A Mamers, le tocsin annoncera le ralliement. Ensuite, tous ces gens se rendront au Mans.

Et donc le 6 décembre 1851, des mouvements insurrectionnels éclatent, plus ou moins efficacement, dans le département.

Edouard Trouvé, un des frères d'Ariste Jacques Trouvé-Chauvel, arrive de Paris en disant que la capitale est calme. Quant au reste du département de la Sarthe, la situation n'est pas meilleure : l'insurrection est un échec.

A La Suze, Trouvé-Chauvel réuni quelques responsables du mouvement et annonce qu'il serait bon de déposer les armes et qu'il endossera toute la responsabilité des événements.

 

Les protagonistes suzerains ont dû répondre de leurs actes devant la justice.

Constant Veillard « connu depuis longtemps par la propagande démagogique dont il s'était fait une industrie et un moyen d'influence, il a été l'un des principaux agents des désordres de toute nature dans le département de la Sarthe; qu'il a été le principal auteur de l'insurrection de la Suze; que c'est lui qui a arrêté le courrier, saisi les dépêches et que deux jours auparavant il a tenté de s'emparer de l'hôtel de ville du Mans à la tête d'un attroupement de 13 ou 14 personnes » est déporté vers l'Algérie.

Félix Pierre, tuilier, « était un des deux chefs militaires qui dirigeaient tous les mouvements de l'insurrection, présidaient à la construction des barricades et au désarmement de tous les citoyens; qu'il doit donc supporter la plus grande responsabilité de ces événements » est également déporté vers l'Algérie.

Ariste-Jacques Trouvé-Chauvel « a été le chef politique de l'insurrection de La Suze; que c'est lui qui en a pris la direction morale; que c'est sur les lettres reçues de lui de Paris que le mouvement a été décidé et que sa qualité d'ancien Ministre des Finances augmentait encore la gravité du mouvement lorsqu'il se présentait au milieu des ouvriers armé d'un fusil »  est également condamné à la déportation vers l'Algérie.

Jean-Michel Cultivel, l'associé d'Ariste-Jacques Trouvé-Chauvel, « était le chef de la tannerie de la Suze et que c'est sous son autorité, d'après ses ordres exprès, et d'après la menace même qu'il a faite de ne pas continuer l'ouvrage à ceux qui n'obéiraient pas, que les ouvriers ont pris les armes et qu'il a ainsi non seulement toléré, mais formellement commandé l'insurrection, abusant pour le mal du pouvoir que sa position lui donnait » est aussi condamné à la déportation en Algérie.

Plusieurs autres sont assignés à résidence chez eux, d'autres doivent quitter le département et sont surveillés dans leur nouvelle résidence, certains font de la prison. Certains prennent l'exil vers le Royaume-Uni.

Assez rapidement après les décisions de justice, des grâces arrivent pour mettre fin à certaines peines.

 

Quelques jours après la révolte du début de décembre 1851, un plébiscite est organisé par Louis-Napoléon Bonaparte afin d'obtenir un soutien populaire très massif. En quelques jours, la Seconde République a été balayée pour instaurer le régime autoritaire de Louis Napoléon Bonaparte. Et un an plus tard, il instaure le Second Empire et devient Napoléon III.

 

Quant à Ariste Jacques-Trouvé Chauvel, il s'exile à Jersey, Londres, Bruxelles, rencontre Victor Hugo, autre célèbre opposant à Napoléon III. Puis on le croise dans l'Empire Ottoman où il fonde une banque. Peu après il rentre en France et on le retrouve à Paris auprès de sa femme où il meurt en 1883.

 

 

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 14:00

"Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé."

Extrait d'un discours de Jean Jaurès, 25 juillet 1914

La Suze sur Sarthe : monument aux Morts
La Suze sur Sarthe : monument aux Morts
La Suze sur Sarthe : monument aux Morts
La Suze sur Sarthe : monument aux Morts

La guerre ne fabrique pas des héros, elle ne produit que des victimes.

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 08:30

Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal de Fillé-Guécélard sur le projet de distraction de Guécélard

 

L'an mil huit cent soixante-six, le 18 juillet, à onze heures du matin, le Conseil municipal de la commune de Fillé-Guécélard s'est réuni extraordinairement à la mairie de Fillé-Guécélard en vertu de la lettre de M. le Préfet en date du 27 juin 1866, sous la présidence de M. de Linière, maire.

Présents : MM. Métivier Julien, Quéru François, Plot François, Lepage Julien, Delaroche Pierre et Pourriau Henri, membres du Conseil municipal, et MM. Le vicomte Lanjuinais, Lavollée Jean, Sallé Julien, Gaupusceau Romain, Poussin Jacques, Poussin François, Lemore René, Livache Constant, Paris Louis et Loyer Pierre.

Le Président, après avoir donné lecture de la lettre de M. le Préfet, en date du 27 juin dernier, qui autorise la réunion du Conseil municipal et des plus imposés pour délibérer et faire toute observation qu'il croira devoir présenter tant sur le projet de distraction de la section de Guécélard du territoire de Fillé-Guécélard et de l'érection de cette section en commune distincte, que sur les conditions de cette distraction, donne connaissance au Conseil de la demande faite par Guécélard et des motifs mis en avant par cette section.

1° Le premier motif invoqué étant le passage dangereux que présente la rivière et le ruisseau du Rhonne, le Conseil répond par une délibération du Conseil municipal du 26 janvier 1845, qui constate que pendant les années où Guécélard n'avait ni prêtre ni cimetière, aucun enterrement ni baptême n'a été rendu impossible ni même retardé par les grandes eaux. Cette délibération a été signée par tous les Conseillers : MM. Rousseau, Lebatteux, Blin, Louis Tiberge, Livache, Mousseron, Bertrix ; MM. Poussin et Lemaître déclarent en savoir signer.

Depuis cette époque il n'est pas survenu davantage de retard pour gêner l'administration. De temps immémorial aucun accident n' été constaté au passge du bac.

2° On observe que la Sarthe est une limite naturelle. - Le Conseil trouve que si toutes les limites des communes étaient à refaire on pourrait les changer : mais presque toutes les communes qui nous entourent sont dans le même cas : Roëzé, la plus voisine, ayant sur la rive gauche trois cent trente-sept habitants (Recensement de 1866).

3° Une exagération de population est indiquée dans la demande de séparation. - Le Conseil croit devoir la signaler : on établit un total de treize cent quatre-vingts habitants ; il n'en existe que douze cent quatre-vingt-quinze. Guécélard, porté à six cent cinquante, n'en a que cinq cent quatre-vingt-quinze ; Fillé, seulement six cent quatre-vingt-quatorze.

4° La demande de séparation indique Guécélard comme étant commune avant la Révolution. Le Conseil établit qu'avant la Révolution la paroisse de Guécélard n'a jamais été desservie d'une manière régulière par les ecclésiastiques chargés de tenir l'état civil. Quelquefois un curé de Guécélard, souvent celui de Fillé et presque toujours les vicaires de Roëzé ou de Parigné desservaient la chapelle de Guécélard, qui ne comprenait qu'une faible portion du territoire actuel de la paroisse de Guécélard. Cette chapelle, devenue propriété particulière à la Révolution, a été rachetée par la commune entière.

5° Guécélard possède une église neuve, un presbytère. - Le Conseil remonte à une délibération du 26 janvier 1845, ainsi conçue : « Le Conseil fait expressément observer à M. le Préfet que la propriété de l'église et du presbytère n'est pas notoirement déterminée. Feu M. l'abbé de Moncé a-t-il ou n'a-t-il pas fait don authentique de ces propriétés, soit à la commune de Fillé, soit à la section de Guécélard ? Ce don aurait-il ou non été accepté par la commune. Les héritiers de M. de Moncé sont disposés, assure t-on, à réaliser les intentions de leur auteur, si cela est nécessaire ; mais la commune tient à ce que cette question soit vidée. Signé : Rousseau, Lebatteux, Blin, Louis Tiberge, Ragot, Livache, Fleury, Mousseon, Bertrix. - MM. Poussin et Lemaître ne savent signer.

Depuis cette époque, on ne trouve aux archives municipales et départementales aucune trace de cette affaire. Le Conseil pense que rien n'a été réalisé.

6° Guécélard se pose comme ayant une maison d'école capable de faire une mairie. - Le Conseil ne connaît pas les intentions de MM. Poirier et Pivron, mais il sait positivement que cette maison est leur propriété privée ; s'ils en ont fait don en faveur de Guécélard, il n'en existe pas de trace légale.

7° Guécélard vante l'importance de son bourg. - Le Conseil fait observer que tous les bourgs sur la route d'Angers au Mans ont perdu leur commerce et leur importance par suite du chemin de fer entre ces deux villes. L'auberge la plus importante de Guécélard a été réduite de moitié en construction depuis cette époque. Il remarque aussi que les postes aux chevaux n'existent plus que comme mémoire sur cette ligne ; il reconnaît l'existence d'une poterie qui donne de l'ouvrage à une douzaine de personnes.

8° Les habitants de Guécélard ont toujours supporté les charges de la réunion. - Le Conseil pense détruire cette assertion par le tableau qui suit : depuis 1854, époque où on a sérieusement travaillé aux chemins, les ressources de la vicinalité ont été réparties de la manière qui suit par M. le Préfet :

La section de Fillé a dépensé pour le n°8, unique chemin fait sur son territoire, une somme de 9100 fr., ci............. 9100 fr.

Et depuis 1854 sur le territoire de la section de Guécélard, pour l'entretien du n°67 et pour l'entretien et la construction des chemins vicinaux ordinaires n°3, 5 et 6, une somme de 13134 fr. 09 c.

De plus pendant cette période le Conseil a voté une somme de …..................... 4399 fr. 37 c. employée au salaire d'un cantonnier et à l'achat de parcelles nécessaires à la construction desdits chemins.

Total 17533 fr. 46 c. porté ci-contre :

Différence au profit de Guécélard …........... 8433fr. 46 c.

Cette somme parle assez haut en faveur de Guécélard au détriment de la section de Fillé pour qu'il soit inutile de s'y appesantir. Il observe seulement qu'avant 1866 le cantonnier communal était employé entièrement sur Guécélard.

9° On se prétend écrasé aux réunions par la majorité. - Le Conseil ne peut empêcher à une majorité d'exister ; majorité qui aura toujours lieu dans les assemblées délibérantes.

10° La demande de séparation établit que les administrations municipales n'ont jamais voulu consacrer une partie des ressources de la commune au profit de Guécélard. - Le Conseil trouve que l'article des chemins répond à une partie de cette observation. - Fillé n'a jamais rien donné pour l'église. - Cela est vrai ; on ne lui a jamais rien demandé. Pour l'école, au moment où elle existait en bon accord avec l'Administration, chaque année 80 fr. étaient portés à son budget au profit de cette dernière. Pour la nouvelle construction, le Conseil oppose simplement la délibération du 6 mars 1864, délibération par laquelle on refuse son concours.

Guécélard établit ensuite que de fortes sommes ont été dépensées par Fillé pour son école et son presbytère. - Le Conseil observe que l'école seule des garçons servant de mairie a donné lieu à un impôt qui a frappé toute la commune. Mais combien d'années cette construction a-t-elle servi d'école et de mairie ? Pour le presbytère, la fabrique de Fillé et les secours du département ont seulement été employés à cette construction (délibération du 4 avril 1855), qui règle les comptes et mentionne d'une manière particulière que Guécélard n'a jamais été compris dans cette construction. L'école des filles et la fondation de l'établissement des sœurs à Fillé, don particulier, n'a causé aucune dépense à la commune.

11° Guécélard prétend d'un secours de 100 fr. a été refusé à son institutrice pour 1866. - Le Maire de Fillé-Guécélard a remis à M. Delaroche, adjoint de Guécélard, 100 fr. que ce dernier reconnaît avoir remis lui-même aux sœurs de Guécélard. - Le Conseil ne comprend pas cette dernière allégation.

12° Le secours de 200 francs demandé à la sessions de mai 1866 a été refusé. - Le Conseil trouve répondre d'une manière complète à ce refus en rappelant sa délibération du 8 mai dernier.

13° Le Conseil remarque avec peine la pétition de Guécélard contenir un dernier article qui prétend que les administrations municipales ont empêché la section de Guécélard de s'aider elle-même, et fait des efforts pour détourner les personnes bienfaisantes de donner à Guécélard.

La souscription en faveur de la construction de l'école répond elle-même. Le représentant de l'Administration municipale actuelle souscrit le premier ; il donne plus tard les 100 fr. qui avaient été demandés par les conseillers de Guécélard pour améliorer la situation de l'institutrice en 1866.

Après avoir étudié toutes les questions, le Conseil et les plus imposés, considérant que plusieurs intérêts pécuniaires existent entre les deux sections de la commune de Fillé-Guécélard ; que si la distraction de la section de Guécélard avait lieu, les intérêts de celle de Fillé auraient à souffrir ; que les frais d'administration d'une petite commune sont toujours plus onéreux pour les contribuables que ceux d'une commune d'une certaine importance, est d'avis que la distraction demandée n'ait pas lieu.

Etaient absents : MM. Guet et Brador, conseillers de Guécélard, et M. de Vauguion, conseiller de Fillé. Il en résulte que la section de Guécélard n'a cru devoir se faire représenter que par deux membres du Conseil municipal.

Et ont signé les conseillers et les plus imposés, votant pour la délibération ci-dessus.

  1. de Linière, Métivier, adjoint, Queru François. - Lepage Julien, Duparc Julien, membres du Conseil municipal, et MM. Le vicomte de Lanjuinais, Lavallée, Sallé, Gaupusceau Romain, Poussin Jacques et Poussin François, plus imposés.

M. Henri Pourriau écrit textuellement et de sa main la mention suivante :

« Nous soussignés ne signons pas la délibération voulent en avoir la Copie pour Ratifier qu'elque Inec sactitude qui y sont contenu.

Signé : Pouriau, Delaroche, Lemore, Livache Constant, Pierre Loyer. »

M. Paris, fermier de la plus grande et de la plus importante exploitation de Guécélard, et l'un des plus imposés pour ses propriétés personnelles, déclare garder la neutralité et ne signe pas.

Pour copie conforme :

Fillé-Guécélard, le 18 juillet 1866.

Le Maire, E.-O. De LINIERE

 

 

Il faudra attendre la loi du 30 juillet 1880 pour que la séparation entre les deux communes soit effective.

Et en 1897, le pont pour le tramway permet le passage de la rivière en toute sécurité. Fillé et Guécélard sont dès lors accessibles de manière beaucoup plus aisée.

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