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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 08:45

Encore une bien maigre programmation dans la région de La Suze ...

Il fallait s'y attendre puisque nos élus locaux ont beaucoup de mal à réfléchir sur le développement du patrimoine dans la région de La Suze. Prenons deux exemples récents :

1.     En 2010, les animateurs du site de Moulins’Art proposent un programme sur le patrimoine religieux de la région de La Suze. Alors que ce travail a nécessité un important effort de recherches sur toutes les églises de la région qui peut être estimé à quelques centaines d'heures de travail bénévole, que pour la première fois on présentait une synthèse sur notre patrimoine religieux et qu’on y apportait de éléments nouveaux, et bien pratiquement aucun élu n’a manifesté le moindre intérêt pour l’investissement bénévole que nous avons accompli.

2.    En juin 2011, le même centre de Moulins’Art nous demande, au nom de la Communauté de Communes du Val de Sarthe, une présentation sur « Les découvertes archéologiques dans la région de La Suze ». Tout comme l’année précédente, la mise en œuvre de cette conférence se chiffre en centaines d’heures de travail bénévole. Le jour de la dite conférence, seuls des élus de la commune de Fillé sont présents ; aucun représentant des autres communes et de la Communauté de Communes. Je ne vous parle même pas des remerciements qui se font toujours attendre …


Et il y aurait bien d’autres exemples. Mais comme dit l’expression, certes un peu triviale, « Trop bon, trop c.. ».

Nous sommes habitués à prêcher dans un désert où le patrimoine peut être mis en valeur. Espérons qu’un jour, même nos élus locaux puissent être touchés par le supplément d’âme …

En attendant une prise de conscience, plus que nécessaire, pour donner un véritable sens à un territoire assez abstrait et peu consistant, voici donc le maigre programme dans la région de La Suze sur Sarthe.

 

 

GUECELARD

Visite sur le passé

Visite animée par M. Gobenceaux : sam 10h-12h et 14h-16h / dim 10h-12h et 14h-16h

Rendez-vous place du 8 Mai


 

LOUPLANDE

Château de Villaines

Entrée payante : 4€

Visite libre : sam 10h-12h et 14h-19h / dim 10h-12h et 14h-18h

Concert baroque : dim 15h, 16h et 17h

Des informations complémentaires sur http://www.chateaudevillaines.fr

 

PARIGNE LE POLIN

Parc du château de Montertreau

Entrée payante : 5€

Visite : sam-dim 10h-12h et 14h-18h

 

ROEZE SUR SARTHE

Manoir de la Beunêche

Visite : dim 14h-18h

 

SOULIGNE FLACE

Chapelle de Flacé

Visite gratuite : dim 10h-18h

 

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 13:05

 

 

Le rôle des transports.

On a vu dans un article précédent que le réseau de transport n’était pas très efficace même si au cours du 18ème siècle la construction des routes royales améliore les relations routières.

 

Au cours du 19ème siècle, des travaux sont entrepris pour favoriser les communications.

Canalisation de la Sarthe :

1827 : début de la construction du port du Mans.

1832 : arrivée d’un bateau au port du Mans (mi-charge depuis Malicorne).

1838 : début des travaux du canal de Spay (passage du 1er bateau en 1841)

47Canal-de-Spay-cadastre-1843-copie-1.jpg

Canal de Spay (cadastre de 1843, Arch. Dép. de la Sarthe)


1839 : ouverture du Port du Mans et installation d’une nouvelle Halle au Toiles (actuelle Place d’Alger).

50Halles-aux-toiles-cadastre-1846.jpg

La halle aux toiles, Le Mans (cadastre de 1846, Arch. Dép. de la Sarthe)

49Halles-aux-toiles-plan-general--1862.jpg

La halle aux toiles et le port du Mans en 1862 (Médiathèque Louis Aragon, Le Mans)

 

1848 : début des travaux du canal de Fillé (terminé en 1860)

 

 

A partir des années 1850, on développe le réseau ferré (Le Mans 1854)

Prolongement vers Laval en 1855 et Rennes en 1857

Le Mans-Tours : 1858

Le Mans-Angers : 1863

51Le-Mans-Angers.JPG

(Arch. Dép. de la Sarthe)

 

Ceci amène un renforcement du Mans au détriment des autres petites villes sarthoises.

1.       Cœur des axes de communications

2.       Concentration industrielle

3.       Concentration financière

 

 

Evolution des productions

Domination du chanvre

Le 19ème siècle est la grande période du chanvre en Sarthe ; on y compte environ 5000 artisans vers 1850 (ils ne sont que 500 pour le coton et 300 pour la laine).

 

Victor Eugène Ardouin Dumazet (1852-1940), journaliste, rédige des guides touristiques (Voyage en France). Il dit en 1898 : « Le rouissage est une cause puissante d’insalubrité. Pendant deux mois, la Sarthe et ses affluents roulent une eau noire et nauséabonde ; l’infection est telle que, dans la traversée de la ville du Mans, les quais sont désertés par les promeneurs.

Depuis la fin d’août jusqu’au milieu de septembre, le rouissage est en pleine activité, mais l’infection des eaux se prolonge bien souvent pendant les premiers jours d’octobre ».

 

Maintien de la production de laine 

Pendant la période révolutionnaire, on importe des moutons d’Espagne (Mérinos).

Ex : M. Sauquaire à Saint Jean du Bois possède 1100 mérinos en 1811.

Ex : dans la région de Sablé, le comte Dauvé créé un troupeau de 400 mérinos sur sa terre des Chenets.

Mais la production lainière s’avère peu efficace car il n’y plus de débouché. Ainsi en 1824 a lieu la dissolution du jury pastoral créé en 1815 au Mans pour l’amélioration des races de bêtes à laine.

Une lettre de 1813 provenant de M. Thoré, négociant au Mans, nous en donne un témoignage : « Le dégout pour cette fabrication tient à une cause singulière : les filles attachent une espèce de mépris pour le fabricant d’étamines, de sorte qu’un cordonnier trouverait dix fois à se marier, tandis que celui qui fabrique de l’étamine, et qu’elles nomment cardeur, est rejeté. »

 

L’activité textile de la Révolution aux années 1850

Le déclin des laines est déjà bien entamé. Le dictionnaire Pesche, 1829, à l’article Bonnétable, nous rapporte que « La manufacture d’étamines que possédait autrefois Bonnétable, qui produisait près de 2000 pièces par an, et occupait encore 143 métiers vers 1785, est totalement tombée. Malheureusement, le peu de toiles de chanvre, de siamoises, de toile de coton, de mouchoirs, qui se fabriquent dans cette ville, ne peut la remplacer. Une fabrique de calicots, établie il y a peu d’années, ne s’est pas soutenue. Quelques métiers à étoffes grossières en laine, de commande, pour l’usage des habitants, ou pour la vente, et quelques ateliers de teinture pour les laines qui s’y emploient, quelques autres pour le dégraissage et le filage des laines pour vendre en pelotons ; enfin un atelier pour confectionner des blouses, sont de faibles ressources pour une population nombreuse, active et peu fortunée, qu’une grande manufacture pourrait seule occuper convenablement. »

 

En 1794, on tente de relancer la production lainière par la fabrique des étamines à pavillon. Le 15 février 1794, la Convention ordonne le passage aux trois couleurs. Cinq départements sont réquisitionnés pour la confection : Eure et Loir, Marne, Mayenne, Puy de Dôme et Sarthe.

 

Décret du 22 juin 1794 :

Article Premier : l’administration de chacun des districts du département de la Sarthe dans lesquels la fabrication des étamines à pavillon n’est point encore établie, sera tenue, aussitôt,  la réception du présent, de mettre en réquisition tous les ouvriers propres et nécessaires à cette fabrication, dans son arrondissement.

 

Les laines et produits de teinture sont stockés dans un magasin dans un bâtiment de l’ancien collège de l’Oratoire. Des pièces sont fabriquées également à Bonnétable, La Ferté Bernard, Château du Loir, La Flèche, La Suze. Ainsi, plus de 1200 personnes travaillent au Mans et produisent 5000 aunes d’étoffes.

Mais cette activité rencontre des difficultés liées à la situation générale (assignat, crise des denrées (ex : manque d’huile pour les laines), la Terreur, levée en masse, etc.) La fin de la production est prévue pour l’automne 1795 ; mais sur pression des ouvriers elle continuera jusqu’au printemps. Les conditions de travail sont difficiles : faibles salaires, retards de paiement, non paiement. Si bien qu’à l’été 1796 on ferme la fabrique.

 

Cependant, une activité lainière se maintient au Mans.

M. Saint Père créé en 1815 une fabrique de filature de couvertures composée  d’une trentaine d’ouvriers. On y fait venir des laines de Beauce, Normandie, Touraine et Maine

Une fabrique de couvertures par M. Albaret (décédé en 1841) est créée en 1833 sur la Sarthe avec 24 ouvriers. Les laines viennent de Sologne.

 

Pendant la Révolution, les frères Desportes installent une fabrique d’indiennes dans le quartier Saint Victeur au Mans.

52Indiennes.JPG

 

Une indienne à la maison de Louis Simon (La Fontaine Saint Martin)

 

Elle emploie jusqu’à 300 personnes et la maison est réputée : solidité des couleurs, variété des dessins. Les ventes se font en France mais on exporte aussi en Italie, en Espagne et au Portugal.

L’instabilité de l’époque amène la faillite de l’entreprise en 1799.

 

Au début du 19ème siècle, on fabrique du coton dans la région de Château du Loir :

Ex : moulin de Coëmont (1820).

Ex : l’usine de Crouzille à Marçon (1855) produit 10 tonnes de coton par an.

 

Divers entrepreneurs fabriquent de mouchoirs : les frères Desportes, M. Rojou (réfugié choletais), Yves Besnard (ancien curé de Nouans). Ainsi 400 métiers travaillent pour ce type de production. Mais cette activité connaîtra le même sort que les indiennes et finira par disparaître. Cependant, elle avait eu le mérite d’amorcer la notion de machinisme.

 

On poursuit la fabrique de fil et coton de Bessé sur Braye. En 1829, il y a encore 600 à 700 métiers dispersés dans les communes environnantes. On utilise des fils de chanvre pour la chaine ; ils viennent de la région ou sont achetés aux marchés de Saint Calais ou Mondoubleau. On emploie aussi des fils de lin venant de Sillé le Guillaume et du Bas-Maine. Les fils de trame sont confectionnés avec du coton filé à Vendôme et Château du Loir.

 

Il existe encore quelques secteurs à lin :

La région de Sillé le Guillaume où on introduit par exemple du lin de Riga en 1814 à Rouessé Vassé. En 1830, la Société Royale et Centrale d’Agriculture de Paris décerne à Mathurin Piard, cultivateur et tisserand de Rouessé, la grande médaille d’argent pour son zèle dans la culture du lin.

En 1829, Pesche nous rapporte qu’à Avessé, il y a 20 à 25 métiers qui produisent par an 80 pièces de 50 à 150 aunes en lin ou en chanvre. Les toiles de chanvre sont vendues à Loué et celles en lin le sont à Laval.

A Asnières sur Vègre, 12 à 15 métiers produisent des toiles de fil et de lin.

A Juigné, 5 à 6 métiers à toiles de lin font une production de commande pour les particuliers. Tout comme à Sablé où on fabrique des toiles de lin et de chanvre, presque toutes pour les particuliers.

 

Il reste encore quelques blanchisseries dont la plus importante, depuis la fermeture Bérard (1828), se situe à l’Epau.

 

Le chanvre poursuit sa progression en particulier grâce aux débouchés vers les corderies des ports (Nantes, Cherbourg).

Ainsi en 1811 pour le préfet de la Sarthe « l’abondance du chanvre peut en partie contribuer à consoler le cultivateur des pertes que lui occasionne la mauvaise récolte des grains ».

Pesche dit qu’à La Chapelle Saint Aubin, chanvre et fil servent à payer les fermages.

 

En 1827 un marché au chanvre est implanté au Mans en remplacement de la halle des boucheries (les bouchers pouvant débiter chez eux).

53Marche-au-chanvre.JPG

 

En 1828 est ouvert un marché aux fils rue des Grands Fossés Saint Pierre.

Puis en 1829, Auguste Trotté Delaroche, membre du Conseil Général, invente une machine à piler et assouplir le chanvre. Il est installé rue Saint Victeur.

Vers 1842/1845, le groupe Trotté-Delaroche (avec des associés angevins) va obtenir toutes les adjudications de chanvre épuré pour tous les magasins de la marine de la côte atlantique.

 

L’incontournable dictionnaire Pesche permet de dresser un tableau de l’importance de l’activité chanvrière.

Dans la région de Château du Loir, 800 métiers implantés dans 40 communes fournissent chaque semaine 150 à 200 pièces de 50 à 70 aunes (soit entre 8000 et 10000 pièces annuelles). Ces pièces servent  pour la voilure, les toiles de tentes, les toiles de ménage. Ainsi, Verneil et Mayet produisent des toiles pour voiles de bateaux de rivière.

Les producteurs de fil sont du Lude, de La Fontaine Saint Martin, de Mansigné, de Luché et de Pringé.

 

A Bouloire, on produit environ 300 pièces de toile de chanvre par an (communes et canevas).

 

A Beaumont sur Sarthe, les étamines représentaient encore 116 métiers (40 ouvriers) en 1804 ; il n’y a plus rien en 1829. Par contre s’y développent les toiles de chanvre, les pièces de cotonnade et de calicots. On fabrique de couvertures.

 

A La Ferté Bernard, on produit des toiles semblables à celles de la Ferté Macé, c'est-à-dire des toiles à carreaux ou rayées très communes, mais aussi des toiles barrées ou quarts de laine (mais sans laine !), des toiles à matelas.

Les ventes se font en France (Anjou, Touraine, Orléanais, etc.) et mais aussi en Amérique via Bordeaux.

 

A Courdemanche, la fabrication de toiles de chanvre est considérable (env. 1200 pièces annuelles).

 

Le centre de Fresnay sur Sarthe est également très important puisqu’on y trouve environ 1200 ouvriers dont 400 installés à Fresnay même.

Les fils, principalement en chanvre, sont achetés aux marchés de Fresnay, Evron, Lassay, Villaines la Juhel. On utilise parfois du lin.

La production se compose de toiles pour draps, linges de table, chemises, toiles à usages domestiques ; elle est plutôt qualifiée de toile fine. La production annuelle est d’environ 6000    pièces. Ce n’est pas un hasard si en 1829 on construit une halle aux toiles à Fresnay.

54Fresnay-Halles.jpg

 

Fresnay-Maisons-de-tisserands.jpg

 

       Au Mans sont installés environ 400 tisserands vers 1835 qui produisent autour de 9000 à 10000 pièces par an. Elles mesurent 80 aunes de long.

 

A Parigné L’Evêque, 200 métiers sortent 2000 pièces de toile de 60 aunes par an.

 

A Mamers, 2000 ouvriers font de solides toiles communes en chanvre qui servent pour les voilures et les articles de ménage.

 

Nombreux petits métiers sont installés dans les villages pour la consommation locale :

·         Bousse : 3 métiers à toile de chanvre, de commande, pour les particuliers.

·         Coudrecieux : quelques tisserands font des toiles.

·         Malicorne : une vingtaine de métiers employés à faire des toiles communes, le tout de commande pour les particuliers seulement.

·         Rouez en Champagne : quelques pièces de toile pour les particuliers qui fournissent le fil.

·         La Milesse : 2 ou 3 métiers à toile de commande pour les particuliers.

 

L’intensité de l’activité chanvrière place la Sarthe aux premières places à la fin de la première moitié du 19ème siècle :

èPremier rang national par la superficie (7880 ha soit 2% des terres labourables)

è8500 tisserands vers 1845/1848

èChanvre+laine+coton : 2/3 de la main d’œuvre masculine du secteur secondaire vers 1845/1848

 

Mais le travail reste encore très artisanal ; on compte 8449 métiers à bras en 1845. Dans cette période des prémices de la Révolution Industrielle, la Sarthe est en retrait. On utilise encore très rarement les machines à vapeur à cause du coût élevé du charbon venant d’Angleterre ou du bassin de la Loire (prix multiplié par 6.3).

Ex : La consommation de charbon en Sarthe est de 10 kg par an/h contre 130 en moyenne en France.

 

Il existe tout de même un début de la mécanisation. Le Moulin Renard au Mans est un des rares sites où on effectue le pilage mécanique du chanvre.

56Moulin-a-chanvre-Le-Mans.jpg

En 1822, on mentionne une filature mécanique de coton de Vouvray sur Le Loir (aucun vestige aujourd’hui).

En 1841, la filature de coton des Crousilles appartenant à Adolphe Chesneau à La Chartre sur le Loir est mécanisée grâce à l’énergie hydraulique ; il faut attendre 1875 pour passer à la vapeur (machine Powell). On y comptait 130 ouvriers en 1860.

 

Il faut aussi compter avec les accidents météorologiques. Ainsi en 1846, une forte sécheresse touche le département provoquant une importante diminution des rendements (-20% pour le blé, -40% pour le méteil, -62% pour le seigle).

Ceci est à l’origine d’une augmentation des prix (+116% pour le blé, +128% pour le seigle) qui engendre une forte augmentation du prix du pain (40% du budget d’un ouvrier en période normale). En conséquence on assiste à une mauvaise vente du textile (surtout les toiles).

La production reprend en 1847 mais l’instabilité politique qui suit ne rassure pas le marché. La paralysie de l’activité textile est quasi générale  jusqu’en 1849

 

1850/1865 : l’âge d’or

A partir des années 1850/1860, il y a une ouverture plus grande vers les marchés. C’est en partie dû à la Guerre de Sécession qui interrompt les arrivages de coton.

On a ainsi une réorganisation des commandes militaires vers les ateliers « performants » telle que l’entreprise Cohin (ateliers du Breil sur Mérize) en 1855 qui contrôle 1400 métiers à tisser et fait travailler 5000 artisans sarthois dont 600 dans les ateliers du Breil.

 

En 1853, l’Alençonnais Richer-L’Evêque installe une filature de jute et lin à Yvré l’Evêque qui compte 1400 broches et 300 ouvriers. Elle est ensuite cédée aux frères Thoury.

 

En 1855, Louis Cornilleau introduit au Mans le tissage mécanique de la toile ; il y a 76 métiers en 1862 et on s’appuie sur les tisserands locaux.

 

En 1860 est implantée rue du Bourg Belé, au Mans, par M. Bary une usine de toiles à voile en chanvre et de toiles à bâche verte en pur lin. La filature et le tissage sont mécaniques ; y sont employés 1200 artisans (ruraux et urbains). L’activité se poursuit avec le contremaître Janvier en 1883. Puis ensuite la concurrence la vapeur vient freiner cette croissance.

 

ð  Richer-Lévêque/Cornilleau/Bary créent plus de 1000 emplois en moins de 10 ans et occupent plus de 2500 artisans.

 

Lors du Concours Régional du Mans en 1865, les chiffres avancés font état de 12 000 à 13 000 ha de chanvre, 20 000 ouvriers et on souligne que cela est un frein à l’exode rural

En 1866, le banquier manceau Portet Lavigerie déclare que « depuis quelques années, le paysan cultivateur possède et place des capitaux importants, soit en dépôts dans la banque, soit en valeurs et actions industrielles ».

57Levasseur-1854.jpg

Extrait de la carte de Levasseur, 1854

 

1865/ 20ème siècle

Pendant la période 1865/1900, une crise céréalière liée à la concurrence étrangère va modifier la donne. On importe du chanvre depuis l’Italie et la Russie, on s’oriente vers l’élevage.

S’ensuit un fort exode rural : 1872 (359 000 ruraux ; 1911 : 302 000 ruraux) et une détérioration des exploitations agricoles :

·         Renforcement du nombre de petites exploitations.

·         Retard de paiement des fermages même si les fermages ont diminué.

 

Cette situation provoque un déclin des activités de tissage (concurrence de la mécanisation). En fait, cette crise accentue des fragilités :

·         Difficulté à se tourner vers la mécanisation.

·         Eloignement des sources d’énergie (coûts de transport).

D’ailleurs certaines publications sont très explicites :

·         Annuaire de la Sarthe, 1850 : « L’industrie primitive doit périr, et ses malheureux ouvriers n’ont pas le capital nécessaire pour se pourvoir des instruments qui doivent remplacer les leurs ».

·         Note sur le projet d’un établissement de filature de chanvre et de tissage mécanique dans la Sarthe, 1857 : « Cette production [chanvre] serait beaucoup plus considérable si des industries déjà florissantes sur plusieurs points de la France étaient introduite dans la Sarthe … Le progrès a presque été nul sous ce rapport. Le chanvre brut passe encore des mains de l’agriculteur dans celles d’industriels qui le pilent à grands renforts de bras, le peigne et le vendent aux femmes qui le filent et le portent sur le marché … Le chanvre filé est vendu aux petits marchands et aux courtiers qui le cèdent aux blanchisseurs ; ceux-ci le vendent à leur tour aux fabricants qui l’emploient dans les tissus. La toile est achetée par des commissionnaires pour le compte des principales villes de France, et arrive enfin aux consommateurs. Combien de temps perdu, de dépenses inutiles dans cette longue série d’opérations ! ».

 

Les chiffres concernant la population active dans le chanvre montre la gravité de la situation :

Vers 1850 : 10 000 métiers

1869 : 7000

1876 : 4000

1887 : 2500

 

On tente cependant de s’adapter et de résister aux menaces. Les activités se concentrent sur Le Mans et on se spécialise :

Ex : Fabrication de bâches et de sacs à usage agricole par les établissements Leduc-Ladevèze à Champagné (créée en 1866)

58Champagne-filature.jpg

 

Ex : maisons Morancé et Ransillat au Mans

 

Mais le déclin est bien réel :

1864 : 12500 ouvriers dans l’industrie textile.

Début 20ème siècle : 2700 ouvriers dans l’industrie textile.

Superficie de chanvre : 1865 : 12000 ha ; 1914 : 4700 ha

1884 : disparition du tissage mécanique de Cornilleau.

1887 : arrête de la filature d’Yvré l’Evêque (poursuite du tissage).

 

La Première Guerre Mondiale va marquer la fin de l’activité.

·         Fin de la marine à voile

·         Années 1930 : disparition du chanvre en France. Il n’en reste que quelques centaines d’hectares.

·         1930 : disparition des métiers à bras de la Ferté Bernard (la jute remplace le chanvre).

·         1930 : disparition du lin à Fresnay.

·         1957/1958 : tentative de développement du chanvre dans la région de Vivoin pour la pâte à papier. Mais c’est un échec.

·         1966 : fermeture de la filature de Champagné.

 

 

Aperçus sur la vie des ouvriers en textile

Quel est le niveau de vie de ces personnes ?

Si on regarde les achats de biens nationaux pendant la Révolution au Mans, on obtient une certaine image de la richesse de ces individus :

·         Tisserands : quelques uns achètent une petite maison avec parfois un jardin.

·         Marchands de fils : achats plus nombreux

Ex : J.B. Choplin achète deux maisons et un champ.

·         Sergers avec plusieurs métiers qui achètent maisons et pièces de terre.

·         Dégraisseurs d’étamines (3 ou 4 au Mans)

Ex : Jacques Toury achète le moulin à foulon qu’il louait à l’abbaye de Beaulieu

·         Négociants

Ex : Les blanchisseurs Bérard et Vétillart achètent pour 175 ha de terres dans le département.

 

Au début du 19ème siècle, les compagnons tisserands se louent chez les possesseurs de métiers sans forcément passer par un contrat devant notaire et doivent faire environ 1 pièce par mois (env. 120 m.).

Un fabricant de toiles de la région de Mamers possède 4 métiers, des pièces à tisser chez 15 ouvriers, a une réserve de 340 kg de gros et de 140 kg de brin,  plusieurs pièces de terres, 3 maisons à Mamers, un emplacement aux halles. 

 

Les logements des tisserands sont souvent à deux niveaux :

·         Cave semi enterrée pour le métier et pour l’humidité nécessaire au travail de la fibre.

59Parigne-le-Polin.JPG

·        Une maison de tisserand à Parigné le Pôlin

 

 

Niveau d’habitat (souvent une pièce principale et éventuellement une deuxième pièce) situé au dessus de la cave.

 

La vie est difficile. Au début 19ème s. une forte contestation oppose à Mamers manufacturiers, fabricants, ouvriers et apprentis ce qui amène la création d’un conseil des prudhommes en 1812.

En 1857, les ouvriers du Breil sont en grève ; 11 meneurs iront devant les tribunaux.

Après l’instauration du droit de grève en 1864, les conflits éclatent plus ouvertement. On verra par exemple les tisserands du Mans faire 11 jours de grève ce qui amènera une hausse des salaires (2.70 f. contre 2 f.).

 

 

Aujourd’hui

Certaines communes et associations se sont lancées dans la mise en valeur du patrimoine textile comme par exemple la restauration des fours à chanvre.

Ex : La Milesse, Voivres, Sainte Jammes sur Sarthe

Copie-de-Images-3P2679.jpg

 Le four à chanvre déplacé et ramené à l'entrée du village de Voivres Lès Le Mans

Certaines entreprises maintiennent une tradition textile comme par exemple la société Borrel Bouvard Arthaud installée à la Chartre sur le Loir. On y fait de la passementerie surtout militaire (ex : pompon rouge du Bagad de Lann Bihoué en 2007). Fondée en 1848, la société a ensuite basé son siège à La Chartre sur le Loir ; elle travaille beaucoup pour les commandes publiques.

 

La société « Le Crin », à Challes, créée au 19ème siècle travaille les tissus d’ameublement à base de crin de cheval. La matière première vient de chevaux vivants de Manchourie, d’Australie ou d’Argentine. On utilise surtout le crin de queue de cheval d’environ 80 cm.

 

A Saint Jean d’Assé, les  sœurs bénédictines du monastère de la Merci-Dieu tissent à la main des vêtements liturgiques.

 

Avec le développement de nouvelles techniques d’isolation, le chanvre fait son retour dans l’habitat. La maison de Louis Simon à La Fontaine Saint-Martin utilise ce matériau pour son isolation. Mais l’activité reste très marginale. Ainsi la société Isochanvre Chénevotte habitat a dû cesser ses activités en 2004.

 

La matelasserie Vert Laine à Cérans Foulletourte s’est orientée vers les produits naturels. On y travaille la laine « bio » ou « paysanne » pour des créations, réfections de matelas et futons.

61Matelas-2.JPG

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 08:07

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En marge :

Bail entre la v(euv)e Breuneau

Et Martin Loyseau

 

  1. Du douziesme jour de septambre mil six cent
  2. cinq(uan)te et neuf avant midy /
  3. Par davant nous Daniel Le Long no(tai)re en la cour royal
  4. du Mans dem(euran)t au bourg de Fillé feut presente et
  5. personelle(ment) establye et deumant subminses Marye
  6. Loriot v(euv)e feu Jehan Breuneau dem(euran)te
  7. au lieu des Geleryes paroisse dud(it) Fillé dune part et
  8. Martin Loyseau sarger dem(euran)t aud(it) bourg de Fillé
  9. dau(tre) part lesquels ont faict et accorde le bail a
  10. tiltre de ferme tel et en la forme qui ensuict
  11. cest a scavoier q(ue) lad(ite) Breuneau a ce jourdhuy
  12. bailler et par ses p(rese)ntes baille promet garantir
  13. faire valloir de procedder aud(it) Loyseau qui
  14. a prins pour luy et Marie Loylard sa femme
  15. scavoier est certain petit pre sittue seur le
  16. bord de la riviere de Sarte qui est seur la ruelle
  17. a aller dud(it) bourg aux moullins de Buffes tout
  18. ainsy q(ui)l se poursuict et comporte et q(ui)l appartient
  19. a la bailleresse sans en rein retenir et
  20. que le preneur a dict le bien connoistre pour
  21. lexploiter des a present le present bail faict par
  22. lad(ite) bailleresse aud(it) preneur pour le temps et
  23. terme de six années et six ceuillettes entieres
  24. et parfaictes consecutives leune suyvant lau(tre)
  25. sans intervalle de temps a commanser du jour
  26. de St Urban dernier et finir a pareil jour a
  27. la charge par led(it) preneur den bailler et payer
  28. par chacun an de ferme la somme de six livres
  29. t(ournoi)s premier payemant commansant a la St Urban prochain
  30. et continuer par chacun an deumant led(it)
  31. bail sera aussy led(it) preneur  tenu payer sans
  32. diminution de lad(ite) ferme aussy par chacun
  33. an les cens rentes charges et debvoirs q(ue)
  34. led(it) pre puys debvoir aux jours lieux et termes
  35. q(ue) deubs sont faict bled argeant ou aultres
  36. choses et du tout led(it) preneur uzer desd(ites)

 

Page 2/2

  1. en bon pere de famille sans y malverser
  2. delivrera aussy led(it) preneur coppye des p(rese)ntes
  3. a lad(ite) bailleresse dans quinze jours le tout
  4. a peine ? dont tout ce que desseus les partyes
  5. sont respective(ment) demeurees daccord et
  6. et de leur consentemant les en avons juges
  7. et condamnes par le jugemant et condamn(atio)n
  8. de lad(ite) cour faict et passe en nostre maison
  9. et present Nicollas Salle royer et Jacques
  10. Marchand marchand demeurant aud(it) Fillé
  11. tesmoings lesd(ites) partyes ont declare ne scavoier
  12. signer / Gloze St Urban St Urban rateure quatre
  13. mocts
  14. [signatures] N. Salle
  15. J. Marchand
  16. Le Long
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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 10:17

Page 1/2

  1. Par devant nous Claude Julien Baussan du Bignon
  2. notaire royal gardenotes et scel hered(itai)re du Roy au Maine
  3. dem(euran)t ville de La Suze soussigné.
  4. Fut present François Morin m(aîtr)e jardinier dem(euran)t au château de
  5. Groschenay p(aroi)sse de Fillé mary de Françoise Lemaître, Lequel pour
  6. faire le bien et avantage de Marie Lemaitre fille agée d’environ seize ans
  7. sa belle sœur a ce presente et acceptante dem(euran)te actuellem(en)t en cette ville
  8. l’a par ces presentes mise en aprentissage du mettier de lingere blanchisseuse
  9. chez Elizabeth Anne Mallard f(emm)e de Pierre Pommier sarger, lad(ite) f(emm)e Pommier
  10. maitresse lingere blanchisseuse dem(euran)te en cette ville a ce presente et acceptante
  11. du consentem(en)t et sous l’autorisation en tant que besoin seroit dud(it) Pommier
  12. son mary+, Laquelle femme Pommier a pris et retenu lad(ite) Marie
  13. Lemaitre pour son aprentisse dud(it) mettier de lingere blanchisseuse
  14. a promis de lui montrer et enseigner en tout ce qui dependra d’elle tout
  15. ce qui concerne led(it) mettier de lingere blanchisseuse circonstances
  16. et dependances sans lui en rien celer, de la loger, coucher, chauffer nourrir
  17. comme elle, blanchir ses gros et menus linges sans que lad(ite) Marie Lemaitre
  18. aye autre chose a se fournir que d’entretien et depend(an)ces d’icelui ; et
  19. s’est lad(ite) Marie Lemaitre soumise et obligée sous l’autorisation et
  20. cautionnement de sond(it) beau frere de travailler de son mieux, obeir
  21. a lad(ite) f(emm)e Pommier en tout ce qu’elle lui commandera de juste et
  22. raisonnable, luy porter honneur et respect ainsi qu’a sond(it) mary,
  23. se rendre docille et attentive aux instructions de lad(ite) maitresse
  24. sans s’absenter ni discontinuer pendant le tems d’une année
  25. entiere a commencer du quinze du present mois et finir
  26. au quinze octobre mil sept cent soixante un, de ne point sortir sans
  27. permission pour quelque cause que ce soit et de se ranger exactement aux
  28. heures et à l’ordre de lad(ite) maitresse d’user enfin respectivement comme
  29. une maitresse doit faire envers une aprentisse et une aprentisse vis-à-vis
  30. de sa maitresse ; de rendre jour pour jour le tems qu’elle auroit manqué de
  31. travailler même en cas de maladie auquel cas led(it) Morin s’oblige de la
  32. gouverner et faire gouverner aux depens de lad(ite) aprentisse consentant
  33. neanmoins lad(ite) f(emm)e Pommier que lad(ite) aprentisse reste jusqu’à trois à
  34. quatre jours en cas de quelque legere indisposition passagere.
  35. Ce brevet d’aprentissage fait montre moyennant la somme de

 

Page 2/2

  1. trente deux° livres en argent payable moitié sous un mois et
  2. l’autre moitié à Pasque prochain, a quoy led(it) Morin s’est obligé même
  3. personnellement sauf à lui à s’en faire tenir compte par sad(ite) belle sœur
  4. Car le tout a été ainsi voulu, consenti, stipulé et accepté entre les parties
  5. dont jugées de leur consentement après lecture, fait et passé aud(it)
  6. La Suze en l’etude, l’an mil sept cent soixante le
  7. vingt sixiême jour d’octobre apres midy presens François
  8. Doré menuisier et Jean Grassin cordonnier dem(euran)ts en cette ville
  9. temoins à ce requis et apellés, lad(ite) Marie Lemaitre a declaré ne
  10. sçavoir signer
  11. + aussi a ce present
  12. ° sera le coût des presentes ainsi que d’une exped(iti)on aux frais
  13. dud(it) Morin
  14. Rayé un mot et une syllabes nuls
  15. aprouvé le mot deux à la somme quoique surchargé
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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 12:45

Le mercredi 8 juin 2011 à 18h30 une conférence sera donnée sur le site du moulin de Fillé (72).

Le thème en est "Les découvertes archéologiques dans la région de La Suze".

 


 

03-03-2007-022.jpgIMGP0151.JPG

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 07:06

 

Dans le cadre du programme "Histoires d'eaux" organisé par le Conseil Général de la Sarthe, nous ferons une visite le long de la rivière à Spay et Fillé.

 

 

 

Affiche-2011-copie-1.jpg

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 11:07

 Les toiles du Maine

a)      Généralités

Les toiles du Maine sont fabriquées à partir de fibres végétales. Pour simplifier, disons que la Mayenne est plus axée sur le lin alors que la Sarthe s’oriente vers le chanvre. A partir de ces toiles, on produit des draps de lit, des serviettes, des torchons, des chemises, des habits, etc. C’est un produit plus rustique et donc moins onéreux que les étamines.

 

Nombreuses productions sont locales et fabriquées par certains habitants des paroisses pour leur usage personnel ou pour une clientèle retreinte.

Il ne faut cependant pas omettre qu’il existe tout de même un marché pour les toiles fines qui après un long travail de blanchissage vont être commercialisées. Notons dans ce domaine la prédominance des blanchisseries lavalloises. La tradition mayennaise remonterait au 13ème siècle lorsque Béatrix de Gavre, femme de Guy IX de Laval, aurait amené le savoir-faire flamand.

Un certain nombre des ces toiles mayennaises étaient achetées par des marchands malouins qui les revendaient en Espagne. C’était un commerce florissant comme le montre  le marché des halles de Laval le samedi matin où plus de 500 pièces étaient présentées à la marque entre huit et dix heures sur les tables d’une quinzaine d’auneurs.

 

Un autre aspect important est l’interdiction du commerce des toiles en point de Venise en 1665. En contrepartie, c’est le point de France qui va se développer et en particulier dans la région d’Alençon avec des sites autour de Mamers, Fresnay, Beaumont. Cette activité permet aux personnes âgées, aux bergères ou encore aux mendiants de l’Hôpital Général du Mans d’assurer un revenu complémentaire.

 

 

b)      L’activité dans le Haut Maine

Comme pour les étamines, certaines familles sont à l’origine du développement de l’activité. Ainsi les Bérard en la personne de Pierre qui, en 1665, va créer la manufacture des toiles du Mans en s’alliant à d’autres investisseurs tels Julien Bouteiller, maître le forge d’Antoigné, Jacques Marchais, maître de la verrerie de la Pierre, André Cheval, bourgeois, Philippe Hermé, marchand, Jacques Butet, notaire, Jean Gallois et Pierre Béraulut, avocats.

 

En Sarthe, on travaille surtout la toile de chanvre ; les pôles majeurs sont la Ferté Bernard, Mamers et Château du Loir. Voici ce qu’en disent quelques témoins de l’époque :

·         1752, Le Grand Lucé : « La plupart des tisserands demeurent à la campagne. Le plus souvent leurs moyens ne leur permettent pas de faire du commerce pour leur compte, ils font des toiles pour les bourgeois et autres … Il y a encore des tisserands audit Lucé que l’on peut qualifier de journaliers, et quand ils manquent de toiles, ils vont en journée. »

·         1762, Bureau d’Agriculture, Château du Loir : « Il [le chanvre] est nécessaire pour occuper les femmes à filer ; elles vendent le fil aux tisserands dans les marchés. L’argent qu’elles en retirent est employé à payer la taille, à acheter du sel pour le ménage, elles en font faire quelque toile à leur usage et pour celui de leur famille. »

·         1762, Bureau d’Agriculture, Fresnay : « On cultive peu de lins, mais beaucoup de chanvres qui sont d’une très bonne qualité … Il en résulte un bien essentiel qui est de fournir du travail à quantité de fileuses qui, sans ce secours, seraient fort à plaindre. Le fermier occupe aussi son monde dans cette saison où il y a peu d’occupations champêtres. Il est beaucoup vendu de chanvre et de lin au marché de Fresnay : presque tout s’emploie en toiles qu’on fait dans le canton, qu’on vend à Alençon, au Mans et à Château du Loir, ce qui fait un des principaux commerces de ce canton. »

 

Louis Simon dans ses écrits nous apporte aussi quelque éclaircissement sur le gout porté aux toiles : « J’ai vu le commencement des cotons et cotonnades. Les dames les plus riches s’en paraient d’abords, puis les femmes du commun et enfin les domestiques, et même les pauvres. »

 

c)       La culture du chanvre

Globalement, le chanvre cultivé en Sarthe est de médiocre qualité sauf dans le Saosnois et le Belinois.

Le travail du chanvre est assez compliqué et doit respecter plusieurs étapes :

a)      3 labours successifs pour le chanvre ; puis le semis en mai/juin suivi de l’arrachage dans la deuxième quinzaine d’août.


39Ballon-recolte-du-chanvre.jpgLa récolte du chanvre dans la région de Ballon

 

b)      Après la récolte viennent le rouissage, le teillage (broyage pour séparer les fibres) et le filage. Le rouissage est source de nombreux conflits avec les autres utilisateurs des cours d’eau. La décomposition des tiges de chanvre provoque une forte pollution de l’eau.

Par exemple, en 1763, une ordonnance du grand maître des Eaux et Forêts de la généralité de Tours stipule l’interdiction du rouissage dans les eaux courantes.


40Ballon-rouissage-du-chanvre.jpgLe rouissage du chanvre dans la région de Ballon


 

c)       Lorsque les fibres ont été séchées vient l’étape du teillage qui consiste à broyer les tiges pour séparer les fibres.


42Braie.JPGUne braie dans la maison de Louis Simon à La Fontaine Saint-Martin (72)

 

d)      Et arrive enfin l’étape du filage.

 

d)      Les tisserands


43Ferte-Bernard-tisserand.jpgDes tisserands à La ferté-Bernard (72)


Le tissage est réalisé par les tisserands dits aussi « tissiers ». Dans les textes de l’Ancien Régime, le mot « tisserand » désigne les personnes qui travaillent le chanvre alors que les « sergers » ou « sargers » travaillent les étamines.

Pour un tisserand à temps plein, la fabrication d’une pièce de cent aunes prend environ un mois. Paul Bois estimait le nombre de ces tisserands à environ 3000 pour le Haut-Maine.

Ils sont souvent installés dans une maison avec cave pour travailler la matière qui a besoin d’humidité. Le métier n’est pas trop cher ; à la fin du 18ème siècle, son coût était d’environ 50 livres. Ces tisserands, travaillant parfois à façon, sont parfois assistés d’un compagnon et rarement deux.

 

Jean Castella avait publié dans la revue La Province du Maine quelques articles sur la paroisse de Chahaignes au 18ème siècle. Cela permet d’avoir un aperçu de ces tisserands. Ils sont appelés « tissier », « texier » et ont un statut varié : compagnon, artisan, bordager, métayer, etc. L’activité textile est souvent une source complémentaire  de revenus pour les bordagers et les métayers lors de la morte saison. Il ressort aussi de son étude que tout le monde est lié au chanvre : exploitants agricoles, artisans, consommateurs. Cela était en partie dû à une mise en œuvre simple : apprentissage d’une année et matériel peu onéreux mais besoin de place pour le métier placé en cave pour garder l’humidité du brin. Ils produisaient des pièces de 30 à 40 aunes sur 2/3 d’aune de largeur.

 

 

e)      Le blanchissage

Une fois la toile tissée, elle passe par le blanchissage qui s’effectue par des lessives successives.

Les Bérard cité ci-dessus avaient installé une blanchisserie à Pontlieue sur les bords de l’Huisne dès la seconde moitié du 17ème s. Elle fut reprise par le fils, Pierre Bérard (mort en 1740) puis par René Augustin Bérard (mort en 1784). La fin de l’activité se situe en 1828. Il y avait des logements (12 en 1732) pour ouvriers, des magasins, des bureaux, une lavanderie avec fourneaux et des mortiers pour les lessives, un pavillon avec calandre (presser les étoffes),  un moulin pour élever les eaux, etc.

Bérard disait lui-même de son entreprise : « Il n’y a point de blanchisserie dans le royaume où le blanc soit si parfait ; il est égal à celui de Hollande, et la réputation de la blanchisserie du mans est si grande, qu’on y apporte des toiles de 30 et 40 lieues. »


44Blanchisserie-Berard-Cadastre-1845.jpgLe site de la blanchisserie Bérard à Pontlieue (cadastre de 1845, Arch. Dép. de la Sarthe)

 

 

 

f)       Importance de l’activité

On possède certains chiffres qui permettent d’avoir une appréciation des productions. Par exemple, celui du marquage des pièces en 1749 :

La Ferté Bernard : 13688 pièces .

Château du Loir : 7634 pièces (Le Paige nous dit en 1777 : « on fabrique de grosses toiles qu’on vend toutes écrues sans être blanchies »).

Le Mans : 7634 pièces.

Thorigné : 6146 pièces.

Dollon : 4576 pièces.

Mamers : 3381 pièces.

Fresnay : 3000 pièces.

 

On peut aussi regarder les chiffres du nombre de fabricants dans la région de Bouloire (1749) :

Bouloire : 85 fabricants (155 métiers)

Volnay : 63 fabricants (120 métiers)

Thorigné : 51 fabricants (100 métiers)

Le Breil : 37 fabricants (74 métiers)

Challes : 33 fabricants (75 métiers)

Saint Michel de Chavaignes : 33 fabricants (70 métiers)

Saint Mars de Locquenay : 23 fabricants (58 métiers)

Maisoncelles : 22 fabricants (52 métiers)

Surfonds : 22 fabricants (50 métiers)

Etc.

Soit un total de 571 fabricants (1153 métiers).

 

Cette région a connu un développement de son activité textile grâce à son positionnement entre deux pôles majeurs : Le Mans et La Ferté-Bernard.

On y produisait deux types de toiles :

Canevas : utilisation locale (grosse toile pour torchons, toile à bâcher, entoiler les vêtements).

Rochelles (ou Cayennes) : exportation vers les Iles via Nantes et la Rochelle pour l’habillement des populations noires des plantations.

 

Les chiffres de la région de Mamers traduisent également l’importance de l’activité des toiles. Cinq cent pièces sont envoyées annuellement à La Rochelle. Ce sont des grosses toiles à voiles pour la marine.

En 1745, le procès verbal d’une assemblée du général des habitants de Mamers nous rapporte les doléances de la population qui s’oppose à la « taille tarifiée qui ruinerait entièrement la ville en faisant déserter ses meilleurs citoyens et ouvriers en toiles et étamines dont le commerce la soutient. »

L’activité devient si importante qu’on procède au déplacement du marché aux fils de la place des halles vers le devant de l’église Saint-Nicolas par manque de place.

 

g)      Les siamoises de Bessé

Parmi les productions de toiles un peu moins ordinaires, on peut citer à Bessé sur Braye la fabrique des siamoises en 1736 dirigée par Elie Savatier (1717-1785). Ces toiles utilisent un mélange de coton et chanvre, ou de coton et lin.


45Elie-Savatier-19eme.jpgPortrait du 19ème siècle d'Elie Savatier (Médiathèque Louis Aragon)

 

46Savatier-acte-de-naissance.jpgActe de baptême d'Elie Savatier (Arch. Dép. de la Sarthe)


Elie Savatier est le onzième enfant d’un étaminier, teinturier et marchand qui possédait un magasin à Montoire. Il s’occupe d’abord d’un commerce de serges et de toiles qu’il vend à Montoire. Il introduit les siamoises à Bessé et fait entreprendre la culture du lin et contrôle une soixantaine de métiers. Il monte une chaussumerie, une tuilerie, une poterie, des moulins à papier (Poncé), un moulin à broyer du bois à teindre. Il devient procureur de la fabrique paroissiale et achète une terre seigneuriale en 1772.

 

h)      Le bougran

Vers 1740, on va également fabriquer du bougran c'est-à-dire une grosse toile de chanvre faite avec de vieux draps de lit ou des morceaux de voiles et utilisée pour les doublures  ou entre la doublure et l’étoffe pour raidir ou encore pour  les emballages.

C’est une création réalisée en 1736 par Guillaume Véron, Pierre Levrard et du sieur Legeai. En 1737, Levrard créé une halle dans le quartier Saint-Jean avec fourneaux, chaudières à teinture et une calendre. On compte alors en 1740 trois ateliers qui fabriquent entre 8000 et 10000 pièces ; il y en a neuf en 1759.

En 1749, Pierre Blanchet demande à installer un atelier de bougran au Mans. On nous dit alors « Que depuis quelques années il s’est établi en cette ville une manufacture de bougrans qui par sa renommée s’accroit journellement et occasionne à l’étranger et marchands à se tourner vers les marchands bougranniers de cette ville, et comme ils sont en petit nombre, ils ne peuvent suffire à fournir le public et à l’étranger, lequel à ce moyen est obligé à se pourvoir en la ville d’Alençon et autres lieux. »

 

 

On pourra regarder un programme vidéo sur les toiles de Bretagne :



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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 16:19

 Les étamines du Maine

  1. L’Importance des étamines

Les étamines sont des étoffes de laine légères qui connaissent un beau succès à tel point qu’on fabriquera en Picardie des étamines « façon Le Mans ». On les utilise pour des vêtements nobles ou ecclésiastiques mais aussi pour les coiffes, jupes, corsages, vestes et culottes d’apparat et de deuil, manteaux, tour de lit, rideaux, etc.

Il existe aussi des étoffes plus grossières nommées droguets et serges fabriquées avec les laines de moins bonne qualité.

 

Les fameuses étamines du Mans englobent une large sphère dans laquelle on trouve divers centres tels Laval, Mayenne, Mamers, La Ferté Bernard, Le Lude, Durtal (voir même Angers), Château Gontier.

Ainsi par exemple, le règlement général de 1746 donne la liste des centres agréés pour produire l’étamine façon Le Mans d’une longueur de 42 aunes : Le Mans, La Flèche, Le Lude, Beaumont, Ballon, Roëzé, La Suze, Mézeray, Malicorne, Parcé, Précigné, Bonnétable, Saint Calais, Mamers, La Ferté Bernard Château du Loir, Conlie, Fresnay, Mondoubleau, Meslay, La Crotte, Laval, Mayenne.

 

Il existe différentes variétés d’étamines :

·         Etamines à chaine de soie (Alençon, Nogent, Pouancé, Bellême).

·         Au 18ème siècle, La Flèche fabrique des étamines légères pour les voiles des religieuses.

·         Etamines de toute laine : Maine.

·         Le nombre des fils de chaine varie de 960 (Laval et Mayenne) à 1600 (Le Mans).

 

Voici d’ailleurs ce qu’on en dit en 1749 dans un mémoire de l’Inspecteur général des Manufactures : 

« Les étamines connues dans l’intérieur ainsi qu’au dehors du Royaume sous le nom d’étamines du Mans se fabriquent dans presque toutes les villes, bourgs et bourgades de la Province du Maine. Il s’en est aussi érigé à leur imitation il y a déjà plusieurs années dans les provinces d’Anjou, de Touraine et du Perche qui sont de la même espèce, c'est-à-dire des étamines blanches également propres à faire teindre en noir, mais communément d’une qualité inférieure à celles qui se fabriquent dans la province du Maine, surtout à celles de la ville du Mans qui ont toujours surpassé les autres en finesse et en perfection ».

 

 

  1. Jean Véron (1627-1689) et les étamines

29Jean-Veron-acte-bapteme.jpg

Acte de baptême de Jean Véron (Archives Départementales de la Sarthe)


 

30Sepulture-Jean-Veron.jpg

Acte de décès de Jean Véron (Archives Départementales de la Sarthe)


On doit le développement des étamines à une famille mancelle, celle des Véron et en particulier à Jean Véron. Fils de Guillaume, maître serger au Mans, il développe vers 1650 une étamine fine et peignée (l’étaim).

 

Voici ce qu’en dit son petit-fils Véron du Verger, père du célèbre Véron de Forbonnais, en 1761 :

« Un fabricant imagina de faire des étamines de laine teinte, brisée au peigne en couleur de gorge de pigeon [blanc], dont le grain réussit. Ensuite, il fabriqua de ces mêmes étamines qu’on nomme aujourd’hui étamines camelotées [grain perlé], ou a menu grain, toute laine, qu’il passa au blanc à fleur de soufre pour l’usage de quelques communautés religieuses ; il en fit ensuite teindre en diverses couleurs ».

 

Son fils Guillaume met au point un moulin à foulon (laver, dégraisser et apprêter les étamines) qui permet d’obtenir une étamine recherchée dans toute l’Europe. Cette innovation technique lui vaudra procès en 1712 contre certaines communautés qui voient leur travail menacé.

 

Le succès des étamines permet à la famille Véron de connaître une certaine aisance financière. Ainsi Guillaume lors de son premier mariage en 1684 avec la fille d’un marchand de Bonnétable reçoit en dot 3000 livres et des marchandises (son père, Jean Véron, n’avait reçu en 1652 que 60 livres de dot). Lors de son deuxième mariage en 1691, la dot est de2500 livres assortie d’une terre à Mézières sous Ballon.

Il obtient également plusieurs charges : trésorier-receveur du Pré, conseiller du Roi, garde scel de l’Hôtel de Ville du Mans.

L’aisance le pousse à quitter le quartier du Pré pour s’installer dans la maison de la Sirène (1726) au centre du Mans dans le quartier des affaires.

 

31Sirene-19eme-s-jpg

 

Maison de la Sirène au 19ème siècle (Médiathèque Louis Aragon)

 

32Etiquette-Veron-du-Verger.jpg

Etiquette Véron du Verger (Médiathèque Louis Aragon)

 

  1. Le parcours de la laine

Pour faire ces étamines, on utilise la laine de pays. Celle qui est prise sur le dos et le haut des cuisses permet de réaliser les étamines de meilleure qualité ; les autres laines servent pour les étoffes plus communes (les serges) et celles plus grossières (les droguets).

 

33Moutons.JPG

 

Les paysans tondent à la Saint Jean et dégraissent la laine (« essuiner » en patois) à l’eau chaude en bord de rivière ; la perte de fibres est estimée à environ 50%.

 

34Laine.JPGLaine (magasin Vert-Laine à Cérans Foulletourte)

 

Puis la laine grossièrement nettoyée part vers la boutique du fabricant :

·         Nettoyage : laine battue sur des claies avec des branches de houx ou coudrier.

·         Tireur d’étaim (ou peigneur) : trempe la laine dans l’huile pour la rendre plus souple. Ils « tirent » la laine au peigne de fer chauffé au charbon de bois (20 livres de laine donnent 12 livres d’étaim et un tireur fait environ 1,5 livre par jour).

·         Fileuses : quenouilles ou rouets.

·         Retour chez le fabricant.

·         Ourdissage : préparer la chaîne (rouleau qui entortille les fils).

·         Tissage avec un métier à bras (sergers/sargers).  

Environ un mois  pour faire une pièce de 43 aunes (environ 50 m.) sur ½ aune de large (1 aune = 1.20 m.).

    ·         Bureau de marque pour « certification » (marquage au plomb).

    ·         Achat par des marchands.

    ·         Nouveau dégraissage au savon au moulin à foulon.

    ·         Teinture : la plupart en noir (« beau noir ») qui fait la réputation des étamines (rares pièces brunes, écarlates ou vertes).

     1er passage au bleu indigo  (« au pied de guède ») puis ensuite au noir (teinte obtenue par la noix de galle du chêne, « bois des Iles » ou « bois d’Inde »).

     Couleur fixée à l’alun.

    ·         Retour au moulin à foulon : dégorgement.

    ·         Derniers apprêts : épluchage (pincettes), chardonnage (têtes de chardons naturels), lissage (cylindre), emballage dans des toiles cirées.

     

    L’activité des étamines, d’un bout à l’autre de la chaîne, fait travailler plusieurs milliers de personnes. Des chiffres disent qu’au Mans et ses environs, environ 8000 fileuses œuvrent vers 1750 ; au Mans même, on estime qu’il y a entre 5000 et 6000 personnes qui filent sur une population totale d’environ 16 000 habitants.

     

    Cependant, et malgré ce que peut en dire Le Paige qui rapportent que certaines laines sont d’excellentes qualités, les laines du Maine s’avèrent peu nombreuses et peu appréciées.

    ·         1697, Miromesnil : « Cette année, nonobstant la rigueur de l’hiver, le nombre très médiocre qu’il y a de moutons en Touraine, Anjou et Maine, s’est bien conservé. Le pays est peu propre à en élever, on y mange beaucoup d’agneaux, parce qu’ils ne viennent naturellement gras et sont forts petits. La laine y étant de mauvaise qualité et en médiocre quantité, ne sert qu’à faire des plus grosses serges. ».

    ·         Le Paige, 1777 : Rouessé-Vassé « chaque ferme nourrit un troupeau dont la laine n’est pas fine ».

     

    Les éleveurs se tournent plutôt vers le marché de la viande ; les moutons sont engraissés à l’étable en hiver et tués à Pâques. La tonte se fait trop précocement à la mi-carême.

    On accuse également ces paysans de tricher sur le produit : laine mal dégraissées, stockées dans des lieux humides pour augmenter le poids, mélange de qualité de laines (mauvaise au fond, bonne dessus), etc. 

     

    Par ailleurs, on vit toujours avec la crainte des loups dont la présence est attestée dans divers documents.

     

    35Fille-bete-feroce-1673.jpg

    Bête féroce, registre paroissial de Fillé, 1673 (Archives Départementales de la Sarthe)

     

    La situation est telle qu’au début du 18ème siècle, il devient nécessaire d’importer de la laine (Espagne, Portugal, Angleterre, Levant, Barbarie, etc.). Elles existaient déjà depuis le 17ème siècle mais de façon plus modérée.

    ·         Espagne : mérinos expédiés depuis le port de Bilbao vers Bordeaux, La Rochelle, Nantes.

    ·         Angleterre fournit aussi laines plus fines et bénéficie de très nombreux troupeaux.

    Vers 1787, l’inspecteur de la généralité d’Orléans dit des fabriques d’étamines du Perche Gouet : « Cette branche d’industrie dégénère sensiblement dans le Perche Gouet depuis plus de vingt ans parce que les Anglais traversent nos opérations en Espagne, au Portugal et en Italie, et qu’ils ont sur eux les plus avantages à cause du bas prix des laines communes en Angleterre. »

     

    Ce qui fait donc que la rareté de la laine et les importations provoquent augmentation du prix des étamines. Une des conséquences en sont des difficultés sur le marché.

     

    En 1769 pour Véron du Verger, les causes de la rareté de la laine sont:

    1.       Augmentation du nombre de manufactures.

    2.       Maladies épidémiques.

    3.       Mauvaises conditions d’élevage (bergeries et bergers incompétents).

    4.       Mauvaises sélections des espèces.

    5.       Loups.

     

    Il ne faut pas non plus négliger le rôle des défrichements du 18ème siècle ; beaucoup de landes où paissent les moutons sont détournées au profit des plantations.

     

    Jaillot-1706-2.jpg

    Les landes dans la région de La Suze (carte de Jaillot)

     

    La situation est telle qu’en mars 1749, les sergers et peigneurs du Mans se révoltent. On compte jusqu’à 400/500 personnes qui défilent dans les rues du Mans ; certains entrent dans les ateliers et brisent le matériel. Ces révoltes se poursuivent en mai et juin.

    Quelles en sont les causes ? Les maîtres baissent le prix de la façon de chaque pièce d’étoffe.

    Les meneurs ont été emprisonnés et condamnés à des amendes légères (volonté de ramener le calme) puis des accords avec les maîtres qui ont revu leurs tarifs à la hausse.

     

     

    1. Le développement des étamines au 18ème siècle

    Le succès des étamines a amené une hausse du nombre de fabricants au Mans :

    1712 : 160 (400 métiers)

    1740 : 259 (800 métiers)

    1762 : 110 (410 métiers)

    1784 : 50 (270 métiers)

     

    Parallèlement, le nombre de marchands a lui aussi connu un certain succès :

    1708 : 53

    1729 : 85

    1760 : 117

     

    De nouveaux centres étaminiers apparaissent : Mamers, Sillé le Guillaume, Ballon, La Suze, etc.

     

    Les centres anciens se développent. Ainsi à Bonnétable, on passe de 28 fabricants en 1708 à 90 fabricants en 1729. La ville connait alors une augmentation du nombre d’habitants passant de 761 feux en 1748 à 1016 feux en 1764. C’est également en 1734 qu’on ouvre le grand chemin vers Le Mans qui va permettre la circulation des marchandises.

     

     

    Les capes d’étamines du Lude connaissent à succès à la Cour sous Louis XIV et Louis XV.

     

    A Beaumont, on compte 50 métiers en 1708 et 92 en 1762. Les relations commerciales se font avec Le Mans, Tours, Sées, Caen, Saint-Malo, la foire de Guibray.

     

    L’intendant de la généralité de Tours nous rapporte en 1730 que « Le nombre des ouvriers s’est multiplié dans plusieurs petites villes et bourgs de la province du Maine, en sorte que dans chacun de ces endroits, il s’est établi des fabriques d’étamines qui sont de différentes qualités ».

     

    Au Mans en 1740, il y a une douzaine de négociants, 250 maîtres fabricants (soit env. 800 métiers), un millier d’ouvriers, peigneurs, tisseurs et plusieurs milliers de fileuses.

     

     

    1. Le commerce de l’étamine

    ·         Commerce intérieur

    Au début 18ème siècle, les étamines du Maine sont vendues aux marchands de Limoges, Montpellier, Marseille, Rouen, Lyon, Bordeaux, etc. Elles ont alors atteint une grande notoriété :

    1743, mémoire d’intendance : « Toutes ces étamines sont conduites pour la grande partie au Mans où elles sont dégraissées, teintes et apprêtées, soit parce qu’il y a un nombre de marchands qui en font leur seul commerce, soit parce que les teintures y ont été ci-devant en grande réputation, et que le dégrais et l’apprêt s’y fait dans la dernière perfection, point essentiel pour ce genre d’étoffe. »

     

    On en trouve la présence dans les grandes foires : Guibray, Reims, Troyes, Beaucaire. Ainsi en 1708, 400 à 500 pièces d’étamines du Mans sont amenées à la foire de Troyes par des marchands d’Amiens.

    Cependant ces foires connaissent un certain déclin  au 18ème siècle en partie grace à l’amélioration qui réseau routier qui permet d’organiser autrement la vente des marchandises.

    1785, Rapport sur la foire de Guibray : « Toutes les foires du Royaume diminuent : toutes les maisons de commerce ont des commis de voyage qui font des offres sur échantillons. »

     

    ·         Commerce extérieur

    Les étamines du Maine se vendent même en dehors des frontières du royaume. Il semble que cet essor puisse se situer vers les années 1715/1720. C’est une activité économique rentable mais risquée car le retour des paiements se fait entre 18 et vingt mois.

     

    Environ les 2/3 de la production d’étamines sont exportés : Sicile, Italie, Espagne, Portugal, Iles, etc. mais aussi dans quelques Etats du Nord (Allemagne, Angleterre, Suisse).

    Pourquoi le Sud ? Les étamines du Maine sont des étoffes légères qui conviennent aux nombreuses communautés religieuses installées dans ces régions.

     

    Mais c’est un commerce compliqué : difficultés administratives (contrôle des pièces de tissus), remballage mal fait, retards (foires/embarquement sur les navires), dégradation des pièces (trous, déchirures), etc.

     

    Italie :

    Les étamines réussissent à  s’implanter en Italie car le pays est surtout tourné vers les fabriques de soie (soie de Piémont et de Chine). Par ailleurs, l’activité drapière a connu un déclin dès le 16ème siècle.

    Ce succès de l’étamine repose aussi sur l’importance des congrégations religieuses présentes dans la péninsule et qui offre donc un débouché très important.

    Les produits du Maine passent par Lyon et mettent 13 jours à atteindre Milan.

     

    Plusieurs marchands manceaux s’installent en Italie : Cureau, Véron de la Croix, Garnier (un fils établi à Messine). Les mémoires du cirier Leprince nous en fournissent un témoignage contemporain : « C’est à lui [Véron du Verger]  et à son frère M. Véron de la Croix, qui avait séjourné longtemps en Italie, que Le Mans et les environs sont redevables de la décoration des édifices publics. Le premier balcon qu’on ait vu au Mans fut placé par M. du Verger à la belle maison qu’il a fait bâtir en 1726 au carrefour de la Sirène. »

     

    Au royaume de Naples vers 1740/1741, les étamines du Mans représentent 10% de la valeur des étoffes françaises importées à égalité avec les étoffes de Picardie.

    Voici d’ailleurs ce qu’en dit un mémoire napolitain : « Elles [les étamines du Mans] font un objet considérable de notre commerce, on ne peut s’en passer dans tout le Royaume de Naples. Leur qualité est unique : aucune autre nation n’a pu jusqu’ici parvenir à les imiter … On se plaint cependant que ces étamines ne sont pas toutes égales … Ce défaut ne provient uniquement que des trames qui ne sont pas égales. »

     

    Portugal et Brésil :

    Les exportations des étamines du Maine vers le Brésil se font via le port de Lisbonne. Dans le dernier quart du 17 ème siècle, ce commerce se fait par l’intermédiaire des marchands rochelais. Mais à partir du 18ème siècle, ce sont les marchands manceaux qui gèrent les échanges.

    On connait ainsi les pertes importantes de Jean-François Fréart, marchand manceau, qui a perdu pour plus de 40 000 livres de marchandises à cause du tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755. Il avait acquit la propriété de Chatenay à Saint-Saturnin mais fera faillite en 1770.

     

    37Freart-Jean-Francois-Chatenay.jpg

    Carte postale Chatenay (collection particulière)

     

    Espagne et Indes :

    Depuis le 15ème siècle, il y avait déjà un commerce des toiles lavalloises vers ces régions.

    Là encore, les étamines profitent de la déficience du pays. L’Espagne a misé sur l’exploitation de son empire et n’a pas cherché à développé la production de ses étoffes ; ce dont les étamines du Maine vont parfaitement s’accomoder.

    En 1740, Bernardo de Ulloa nous rapporte que « L’Espagne a vu ses manufactures détruites et ses richesses dissipées. Nos étoffes ne pouvant soutenir la comparaison des leurs pour le prix et la beauté, sont tombées même chez nous dans le plus grand discrédit. »

     

    Ce commerce se fait par l’intermédiaire de quelques villes : Valence, Barcelone, Madrid, Cadix.

    Cadix est le port qui ouvre vers les Amériques et qui supplante Séville. C’est devenue une ville cosmopolite ; en 1705, on y trouve 84 maisons de commerce (12 espagnoles, 26 génoises, 11 françaises, 10 anglaises, 7 hambourgeoises, 18 hollandaises et flamandes). Et en 1791, on recense plus de 8000 étrangers.

     

    Plusieurs marchands manceaux sont établis en en Espagne :

    ·         Jacques Pascal Leroy s’établit à Cadix en 1753 et meurt à Buenos Aires en 1764. On le connait dans le monde hispanique sous le nom de Don Diego Rey. Il se rend plusieurs fois au Pérou avec diverses marchandises (étamine du Mans, broderies de Beauvais, chapeaux de castor de Paris, rubans et bas de soie de Lyon, etc.), voyages dans lesquels les marchands manceaux (Fréart, Garnier, Bérard, etc.) ont investi des fonds. Il réalise son dernier voyage en 1764 sur la Concepcion depuis Cadix ; il meurt (maladie) à Buenos Aires le 20 novembre 1764. Le navire fait naufrage ensuite près de la Terre de Feu.

    ·         Charles Emmanuel Le Peletier de Fermusson à Cadix.

    ·         Joseph Dominique Cureau à Cadix en 1752.

     

    Les produits du Maine sont vendus aux Amériques : Lima, Honduras. Mais on pratique aussi le troc : curcuma (colorant jaune orangé), quina, indigo.

     

    Les iles :

    Saint-Domingue

    Plusieurs familles mancelles sont présentes en tant qu’officiers, hommes de loi ou encore marchands.

    Ex : Nicolas Charlot, marchand, qui se marie au Mans en 1721 avec la fille d’un drapier. Marchand relativement modeste (3000 livres de dot à son mariage) qui devient un opulent marchand rochelais.

    Ex : Pierre Leroy, en 1724, achète « une belle  et bonne habitation avec 25 nègres … il ne me manque plus qu’une dizaine de nègres sur cette habitation pour avancer ma fortune. »

     

    Une lettre de 1748 de Pierre Duchemin Favardière, marchand lavallois, nous apporte ce témoignange : « Le sieur Mathieu Bellanger, fils de mon épouse, qui est resté deux ans à Bilbao chez un bon négociant, passera au Cap François [capitale de Saint Domingue, auj. Cap Haïtien] par premier navire pour y travailler avec le sieur Barbeu Duboullay son associé. Comme il sait bien l’espagnol, il lui sera d’un grand secours parce que le principal commerce se fait avec les Espagnols. Ces deux jeunes gens sont forts sages et très entendus, c’est se qui m’engage à m’intéresser d’un tiers dans la société. Si vous souhaitez, monsieur, leur confier quelques marchandises, vous pouvez être persuadé qu’ils ne négligeront rien pour vous procurer une vente avantageuse et des retours gracieux. »

     

     

     

    A la fin du 18ème siècle commence la décadence de l’activité des étamines. Carlier dans son  traité des bêtes à laine rédigé en 1770 nous dit que  « La belle étamine du Mans est trop connue tant en France que chez l’étranger, pour avoir besoin ici d’une description particulière … mais la qualité ne se soutient plus et son crédit a beaucoup baissé chez l’étranger, tant à cause de l’augmentation du prix qu’à cause du défaut de qualité. »

    On peut justifier cette décadence par plusieurs causes:

    ·         Guerre de succession d’Autriche (1740-1748)

    ·         Guerre de Sept Ans (1746-1753)

    ·         Concurrence de nouveaux pays : Angleterre, Hollande, Prusse, etc.

    §  Un mémoire des négociants manceaux  du 6 septembre 1789 justifie ainsi la situation : « Le traité de commerce avec l’Angleterre [1786] entraine peu à peu de la manière la plus sensible la ruine entière des manufactures de France. »

    ·         Nouvelles modes : Louis Simon évoque les changements vestimentaires chez les femmes dans les années 1760 qui s’entichent de siamoises à rayures plus gaies.

     

    Les conséquences sont forcément importantes pour la filière :

    ·         1757,  Jacques Livancourt, fabricant: « Je supplie mes créanciers d’observer que depuis trois ans le commerce d’étamines est tombé au point que j’ai été obligé de donner chaque pièce que j’ai fabriquée à 20 livres au-dessous de ce qu’elle m’a couté, ce qui m’a causé une perte de plus de 600 livres. »

    ·         1758, François Garreau, fabricant : « Il est notoire que le commerce de serges depuis trois à quatre ans est entièrement tombé, en sorte qu’il ne m’a pas été possible de rien gagner. »

    ·         1759, Le Nicolais, marchand lavallois : « Nos armées battues partout, nos escadres prises ou mises en fuite par nos ennemis, et l’Anglais triomphant, mettant la France dans l’état le plus critique. Nos comptoirs enlevés dans l’Afrique, dans l’Inde, dans l’Amérique par ce voisin jaloux et notre ennemi irréconciliable, ont ruiné et anéanti le commerce qui languit et est dans une inaction entière. »

    ·         1788, Michel Ronsard (lieutenant général de Beaumont) Mémoire sur les manufactures du district de Beaumont : « Il est vrai que nous nous sommes laissés assurer qu’effectivement, la consommation a beaucoup diminué, surtout pour les dernières qualités, chez l’étranger, c'est-à-dire en Espagne et en Italie, et nous voyons par nous même que les ecclésiastiques et le peuple font moins usage qu’autrefois des étamines ; ce qui provient sans doute du luxe et des modes, qui par leurs variations continuelles anéantissent alternativement toutes les manufactures qui consommaient nos productions, et les remplacent par des étoffes étrangères … On remarque que les filles d’artisans, au lieu de s’en tenir à la filature d’étaim comme autrefois, s’occupent à autre chose, les unes se placent comme femmes de chambre, les autres sont couturières, blanchisseuses, etc. et que les pauvres se livrent à la fainéantise et à la mendicité. »

     

    Toute la branche est touchée. La catastrophe est telle qu’en 1785 on créé un bureau de charité à l’initiative du Bureau d’agriculture.

    1787, de Tournay, secrétaire du Bureau d’Agriculture : « Il n’est pas de bon citoyen de la ville du Mans, qui ne voit depuis trente ans avec la plus vive sensibilité, la décadence progressive de la manufacture des étamines, si florissante autrefois … N’ayant ni assez de fortune, ni assez de crédit pour fabriquer d’avance dans l’espoir de l’avenir plus heureux qu’il a le droit d’attendre, le fabricant se voit forcé de mettre bas ses métiers, de renvoyer ses ouvriers qui, laissant les fileuses sans travail, languissent eux-mêmes dans la misère, ou n’ont rien de mieux à faire que de s’expatrier. »

     

     

     

    1. La vie des étaminiers

    Le monde de l’étamine est un univers vaste et complexe ou règnent de nombreux conflits entre communautés devant la justice sur l’achat et la vente des marchandises.

     

    Les deux tiers de ces acteurs vivent dans la pauvreté (fileuses, compagnons, tisserands, certains sergers) ; les dots sont faibles (200/300 livres) les inventaires trahissent le peu de bien de ces gens.

    L’autre tiers vit plus aisément (certains sergers, teinturiers) et les négociants occupent le haut de l’échelle.

    Ex : L’inventaire après décès de Marin Renaudin, maître serger de la paroisse Saint Benoît au Mans et décédé en 1705, nous présente le tableau suivant :

    ·         Propriétaire d’une maison de 4 pièces avec boutique, cave et deux greniers. Deux autres maisons au Mans, 4 bordages.

    ·         Mobilier, linge et vaisselle abondent.

    ·         Un tonneau d’huile

    ·         Vieille laine, laine blanche et étaim filé ; 6 pièces d’étamines camelotée de 42 aunes

    ·         2 métiers

    ·         4 maîtres sargers qui travaillent pour lui au dehors.

    ·         5000 livres dues par des marchands

     

    Charles Pierre Cureau (mort le 23 juillet 1789 assassiné à Ballon avec son gendre, M. de Montesson), négociant en étamines, possède aussi une petite fortune :

    ·         Belle maison à deux étages place des halles au Mans.

    ·         Une auberge

    ·         Un moulin

    ·         5 métairies

    ·         9 bordages

    ·         Diverses pièces de terre

     

     

    A suivre : Les toiles du Maine

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    27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 11:53
    1. Les conditions du développement de l’activité textile

    Depuis la fin de la guerre de cent-ans, les conditions sont plus favorables au développement de l’activité textile. Plusieurs régions (ex : la Picardie, la Champagne, le Languedoc ou encore la Normandie) connaissent une reprise économique dans ce domaine. Dans notre province du Maine, les toiles de Laval remportent un certain succès.

    Cet essor local du textile s’appuie sur deux éléments moteurs que sont le colbertisme et le succès des étamines. Par contre, les voies de circulation sont un frein à la commercialisation des marchandises ; voici ce qu’en dit Miromesnil dans son Mémoire de 1698 :

    «  L’élection du Mans est aussi très fertile, on y recueille toutes sortes de bons bleds, des vins, des chanvres, des noix et plusieurs autres denrées dont ils aideraient leurs voisins si les rivières étaient navigables ».

                                                                                                              

    En effet, la Sarthe est navigable en remontant son cours jusqu’à Malicorne. Au-delà, il faut soit décharger la marchandise au port pour la replacer sur des bateaux plus petits qui pourront franchir les portes marinières, soit utiliser les transports terrestres. Cette dernière solution a un surcoût important : le transport fluvial est estimé à 4 livres par millier de pièces, alors que le transport par route est estimé à 30 livres par millier de pièces.

     

    26Port-Malicorne-1695.jpg

     Le port de Malicorne en 1695 (source BNF)


    Parfois certains navires forcent le passage et espèrent atteindre Le Mans sans encombre. C’est ainsi qu’en 1743 un de ces bateaux est bloqué au niveau du barrage du moulin de Fillé :

    « Mademoiselle Catherine Formage du Plessis nous a remontré que vendredi dernier, premier du présent mois, il arriva au dessus des écluses et chaussées des grands moulins dudit Fillé appartenant audit seigneur Le Boindre par sur la rivière de Sarthe où ledit moulin est situé, un bateau d’une grandeur extraordinaire et chargé de grand nombre de poinçons de vin conduit par deux gens à elle inconnus.

    Il est impossible qu’ils passassent avec ledit bateau par dans ladite porte. Elle le ferait rompre de telle façon qu’il faudrait le refaire a neuf en ayant fait couper presque tous les  paux par fond ce qui fait un tord considérable audit seigneur Leboindre et le jette dans une dépense de plus de deux mil cinq cent livres.

    Ladite rivière de Sarthe n’est navigable que jusqu’à Malicorne si vrai que les voitures de sels et autres de sa majesté y restent. »

     

    Le réseau routier n’est guère plus enviable. Les cahiers de doléances à la veille de la Révolution en donnent une image épique :

    ·         Cahier de doléances de Ruaudin, 1789 :

    « Qu’il soit arrêté dans lesdits Etats Généraux que les chemins de communication de la paroisse de Ruaudin avec la ville du Mans seront incessamment rendus praticables. »

    ·         Cahier de doléances de Ségrie, 1789 :

    « Que la grande route du Mans à Mayenne ouverte depuis plus de quinze ans et dont il n'y a encore qu'une petite partie d’empierrée  fut continuée. Que le chemin de Vernie à Ségrie fut continué et de Ségrie jusqu'à Fresnay et Beaumont ; qu'il fut également fait un chemin d'embranchement à la route de Sillé pour favoriser le commerce avec ces trois villes et établir une communication entre les marchés de Beaumont et Fresnay et ceux de Conlie et Loué. Les chemins qui conduisent à Beaumont, Fresnay et Sillé étant impraticables dans l'hiver. »

     

    Des efforts avaient pourtant été faits au 18ème siècle pour améliorer la circulation routière avec la création des routes royales :  

      • Le Mans La Ferté-Bernard : 1752
      • Le Mans Château-du-Loir : 1752
      • Le Mans Saint-Calais : 1772

     

    Louis Simon de La Fontaine-Saint-Martin nous en a laissé un témoignage dans ses écrits :

    « J’ai vu aligner la grande route du Mans à La Flèche à travers les champs, les prés et les landes. Ce fut le peuple qui fit cette route à la corvée ; les fermiers charroyaient les pierres et les autres les cassaient et tiraient la terre, puis les plaçaient sur la route. Elle a été commencée à La Fontaine l’an 1750 ; cela ruina le peuple. Les domestiques des nobles, des moines, des moinesses et des prêtres en étaient exempts … La route n’a été finie que dix ans après son commencement, ceux qui manquaient à leur corvée au mois de mars et d’avril de chaque année, on les mettait en prison à leurs frais et dépends. »

     

     

    Copie-de-27Cadastre-Guecelard-1844-2.jpg

     Le passage de la route royale à Guécélard (source Ach. Dép. de la Sarthe)

     

    Ce même Louis Simon tempère un peu ses propos en montrant l’importance de ces nouvelles routes sur  le développement de l’économie :

    « Avant que les routes fussent faites, le peuple n’était habillé que de serge sur fil, encore les plus aisés. Les autres n’étaient habillés que de toile barrée noir et blanc et quelques uns de breluche. Ce sont les grandes routes qui ont facilité le commerce et qui nous ont procuré les marchandises étrangères attendu que les transports n’étaient pas si chers. »

     

    A suivre = L'activité textile en Sarthe aux 17ème et 18ème siècles : Les étamines du Maine

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    22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 15:50

    Le 12 septembre 2009, l’Association Pour l’Etude du Patrimoine Sarthois donnait une conférence sur l’activité textile en Sarthe des origines à nos jours. Réalisée dans le cadre du programme « Mode in Sarthe » du Conseil Général de la Sarthe, elle fut présentée au château de la Sauvagère à Chemiré le Gaudin (72). En voici un résumé.

     

     

    1ère partie : Des origines au Moyen-Age

     

    L’activité textile apparait dans l’Ouest de la France à l’époque néolithique, soit il y a environ 7000 ans. Les humains se sédentarisent et développent l’agriculture. Les fibres textiles connaissent alors un essor important et le tissage est couramment pratiqué dans les habitats néolithiques tels ceux de Vivoin ou encore de Gréez sur Roc en Sarthe.

    1Vivoin

     

    L'habitat néolithique de Vivoin (Carré Plantagenêt, Le Mans)

     

     

     

    Copie-de-Copie-de-139_3925.JPG

     

    Morceau de hache polie trouvée à Voivres Lès Le Mans (72)

     

    A l’époque des Gaulois et des Gallo-Romains, l’occupation du territoire s’intensifie. Dans la région de La Suze, plusieurs sites archéologiques sont les témoins de cette expansion.

    Chemire-enclos.jpg

     

    Louplande.jpg

     

    Il reste peu de traces de cette activité textile dans notre région. Des fouilles menées au Mans dans le quartier Etoile-Jacobins ont livré les vestiges d’un atelier de tissage ; celles faites sur le site des Filles-Dieu avaient révélé la présence d’un fuseau et d’un peigne en bois.

    17Etoile-Jacobins.JPG

    Maquette de l'atelier de tisserand gallo-romain des Jacobins (Carré Plantagenêt, Le Mans)

     

    18Pesons.JPG

     

    Pesons de tisserand d'époque gallo-romaine (Carré Plantagenêt, Le Mans)

     

    Au début du Moyen-âge, la société se réorganise ; les domaines ruraux restent importants et les textes montrent l’importance de l’activité agricole.

     

    Ensuite, au Moyen-âge classique, l’activité textile transparait au travers de divers documents :

    §   1189 : Jean de Chources, seigneur de Malicorne, cède à un paroissien de Parcé les moulins à draps et à tan avec le droit de couper sur les prés de Belle-Poule, le bois nécessaire, moyennant cent sols de rente inféodée annuelle et perpétuelle, et à la charge de réparer la chaussée depuis les moulins jusqu’à la ville.

    §   1208 : le curé de Piacé a le tiers de prémices sur les agneaux, les veaux, les porcs et les laines (les deux autres tiers à l’abbaye Saint Vincent)

    §   1254 : don d’une dîme de blé et chanvre par la veuve de Pierre Burel au Prieuré de la Fontaine Saint Martin

    §   1328, registre de l’assise du Mans : Raoullet le Prévoust et Jeanne sa femme retenus pour plusieurs cas de larcins de draps faits au Mans lors de la foire de la Pentecôte

    §   1360 : Jean Le Moine, drapier, verse une rente aux chanoines du Mans pour une vigne qu’il possède à Rouillon.

    §   Début 15ème , Chartreux de Saint Denis d’Orques : reçoivent  deux poids de chanvre

    §   15ème siècle, prieuré Notre Dame de Mamers : le prieur a droit à deux parts de veaux, cochons, laines, agneaux, etc.

    §   1452, prieuré Saint Jacques de la Flèche : moulin à fouler les draps

    o    Moulins à foulon : opposition avec les fouleurs de pied.

    o    Moulins à fouler cités dès le 13ème siècle à Laval.

    §   1462 : Michel Panneau, tisserand au Pré

    §   1465, prieuré Notre Dame de Mamers : banalités sur le moulin à draps de la Roche.

    §   1472, prieuré de Saint-Thomas à La Flèche : partage entre les prieurs et le curé de Saint Thomas des prémices sur les bestiaux, pois, laines, chanvres et lins.

     

     

     

    A suivre :

    2ème partie : les 17ème et 18ème siècles.

    3ème partie : du 19ème siècle à nos jours.

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