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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 12:43

 

 

Aujourd’hui mercredi

premier du mois de mai mil sept

cent soixante onze avant et

après midi …

… Sont comparus Louis Briquet meunier et

Marie Chauvelier son epouse de lui autorisée demeurants

en cette ville propriétaires du chef de lad(ite) femme

Briquet des moulins a bled de cette ville et de la

chaussée qui en dépend ;

 

Louis Briquet est né le 9 juin 1731 à Parcé où son père est marchand « chalandrier », c'est-à-dire qu’il fabrique des bateaux à fond plat qui navigueront sur la Sarthe.

Marie Chauvelier a vu le jour à Bousse le 21 avril 1731 selon son acte de mariage. Son père y est meunier au moulin de Renié. Ensuite il exercera sa profession à La Suze.

Ils se sont mariés à La Suze le 5 septembre 1763 ; Louis est alors charpentier en bateaux, comme son père. Son frère Jacques est maréchal en œuvres blanches, c'est-à-dire taillandier.

Louis décède à La Suze le 10 thermidor an 10 (28 juillet 1802) et Marie meurt dans la même ville le 23 septembre 1815.

 

lesquels ont dit que les pluies continuelles ayant

causé plusieurs inondations consécutives depuis environ

huit mois et la rigueur de l’hyver étant survenue

au point que la rivière a charié quantité de glace

il seroit arrivé un accident considérable à ladite

chaussée laquelle auroit commencé à s’ouvrir dès

le jeudi vint unieme du mois de mars dernier et

l’ouverture auroit continué

de l’augmenter de forte que dès le vendredi vingt deux

les moulins manquants d’eau ont cessé de tourner

s’étant fait une brèche jusqu’au fond sans qu’il

soit resté ni pieux ni gaulures ni aucunes matieres

dans une très grande étendue

de ladite chaussée, quoique l’année derniere

lesd(its) comparants eussent fait au même endroit

plusieurs travaux et qu’il leur en eut coûté plus de

cinq cens livres pour renforcer ladite chaussée

en cette partie …

 

Les accidents météorologiques ne sont pas plus fréquents que de nos jours, mais ils ont des conséquences plus importantes sur la population qui dépend beaucoup de l’économie locale.

Ainsi, le registre paroissial d’Evaillé (72) fait référence à cet hiver 1771 : « … les chevaux, beufs, vaches de toutes especes, cochons, fils et laines ont eté a un prix exorbitant … ». A Brûlon (72), les commentaires vont dans le même sens : « … le blé en 1770 fut encore extremmement cher + [+ il fut vendu du froment à Loué 15#  le boisseau], et les pauvres d’autant plus à plaindre qu’il leur fut fait defense de mandier … ».

 

… En conséquence de quoi led(it) Ambroise Huard ayant

vu visité et examiné lad(ite) chaussée, mesurée et

sondé lad(ite) brèche dans tous les endroits

necessaires, il nous a fait le rapport

de l’état des choses, et des dépenses et dommages

qu’il estime, lequel

rapport nous avons presentement

rédigé comme ensuit.

 

On croise assez souvent Ambroise Huard dans la région de La Suze, et en particulier dans les actes de visite et montrée. On le dit charpentier, tailleur de pierre et entrepreneur en bâtiment.

 

Et premier lad(ite) brèche s’est vuidée et écroulée de soixante

six pieds de long au dessous de la chaussée et de soixante pieds

de long au dessus dans la largeur de vingt trois

pieds du côté de l’avant bec de la porte et de vingt

deux pieds de largeur du côté des moulins et dans

la profondeur de douze pieds à partir du niveau de

la hauteur des chaussées ; sans qu’il soit resté aucunes matieres

Pour rétablir lad(ite) brèche a été mis et frappé au dessous

à refut de belier dix neuf pieux, de dix neuf jusqu’à

vingt deux pieds de long de dix à onze pouces de

diamèttre, chaque pieu estimé vingt livres prêts,

ce qui pour les dix neuf pieux fait la somme de trois cents

quatre vingt livres. Ci ……………………… 380#..=..=

 

Un pied = 12 pouces = 0,3249 m.

Un pouce = 12 lignes = 0,0271 m.

On utilise comme unité monétaire la livre qui se subdivise en sol et denier. 12 deniers font un sol et 20 sols font 1 livre, et donc 240 deniers font 1 livre.

Quelle est la valeur d’une livre ? En 1768, à Voivres, la journée de travail d’un terrasseur (celui qui fait les sols en terre battue) est évaluée à 1 livre 10 sols. Dans le même acte on dit également que pour arracher les épines dans un champ, la journée de travail équivaut à 10 sols.

En 1776 à Voivres, la vente des affaires du curé Goussault permet de se faire une autre idée de la valeur de la livre : un gril est vendu 1 livre 13 sols, une petite poêle en cuivre jaune est achetée pour 1 livre 7 sols, une casserole en cuivre rouge vaut 3 livres, les vaches sont vendues entre 49 et 87 livres, une armoire à un battant est vendue 10 livres 3 sols, deux mauvaises paires de bottes de cuir valent 1 livre, cent bouteilles de verre de Rouen sont adjugées à 24 livres, le Bréviaire en quatre volumes est acheté pour 4 livres 10 sols, etc.

 

Plus au milieu pour faire le batardeau dix pieux de

seize jusqu’à vingt pieds de long de dix à onze pouces

de diamètre, estimés quinze livres chaque ce qui fait

cent cinquante livres. Ci ………………….. 150#..=..=

Plus un rang de pieux en le haut au dessus de ladite

brèche, contenant douze pieux de seize pieds

de long sur dix à onze pouces de diamètre

estimés quinze livres chaque, ce qui fait pour

les douze, cent quatre vingt livres. Ci 180#..=..=

Plus quatre vingt dix huit pieds de lierne estimés

six sols le pied, ce qui fait vingt neuf livres huit

sols. Ci …………………………………….. 29..8..=

Plus pour l’echafauder dix huit pieux chacun

de seize pieds de long, de sept à huit de

diamètre, estimés dix livres chaque, ce qui fait

cent quatre vingt livres. Ci……….. 180..=..=

Plus deux tirets chacun de vingt cinq pieds de long, et

deux autres de dix huit pieds, de neuf à dix pouces

d’écarissage, estimés ensemble quarante livres

Ci…………………………………………….. 40..=..=

Plus vingt deux toises de planches d’un pouce et demi

pour la gaulure, estimées six livres la toise,

ce qui fait cent trente deux livres. Ci . 132..=..=

Plus soixante toises cubes de terre pour remplir ladite

brèche à six livres la toise tant pour le béchage et

transport, que pour l’employ et dedomagement du

terrein, ce qui fait trois cent soixante livres

Ci……………………………………………………. 360..=..=

Plus quarente toises de pierre de moilon tant pour

remplir et enfoncer lad(ite) chaussée en le dessous, que pour la

recouvrir et pever le dessus, lad(ite) pierre à vingt livres

la toise rendue, fait la somme de huit cent livres

Ci…………………………………………………… 800..=..=

Plus pour paver lad(ite) chaussée, il appartient

quarante livres. Ci ………………………….. 40..=..=

Plus trente cinq livres de fer en boulons pour tenir

les liernes, à huit sols la livre fait quatorze livres

Ci ………………………………………………….. 14 #..=..=

Plus pour placer la gaulure vingt journées à vingt sols

fait vingt livres. Ci …………………………. 20..=..=

Le retardement causé par cet accident a été

d’un mois, à raison de vingt francs par jour

vu le prix actuel du bled sur le pied de trois livres

le boisseau du poids de quarante livres de toute espece

de grain, ce qui revient à la somme de

six cent livres. Ci …………………….. 600..=..=

Lesquels travaux, fournissements, dépenses et

retardement font un objet total de la somme de

deux mille neuf cent vingt cinq livres huit sols

qui est une perte actuelle survenue aux propriétaires

dud(it) moulin. Ci ………………………….. 2925#..8s..=

Outre la perte causée par cet accident survenu

à lad(ite) chaussée, la force des eaux

a occasionné un autre dommage

à la porte mariniere. Cette porte qui a été construite

à neuf en l’été de l’année mil sept cent soixante

quatre est aujourd’hui à renforcer, le plancher ayant été

défoncé par les grandes eaux, il faut la soutenir par

un gril de bois à neuf, ce qui coutera au moins la somme de

trois cent livres à faire et fournir

Les travaux pour la reparation de ladite chaussée

ont commencé dès le vingt six dudit mois de mars

par échafauder et empêcher un plus grand écroulement,

sans quoi la porte marinière auroit été emportée, n’étant

resté de ce côté là que l’avant bec de lad(ite) porte laquelle

ayant été construite à neuf a resisté à la force des eaux

et commençoit à s’ébranler, les dits travaux continuent

et ne pourront être entièrement finis sans deux écourues ;

led(it) Ambroise Huard a de plus rapporté que ladite

chaussée a en outre souffert en plusieurs autres endroits

et particulierement entre la porte et le portineau,

qu’il est necessaire d’y frapper tant en le dessus qu’en

le dessous quarante pieux de douze à quinze pieds de long

et de neuf à dix pouces de diamètre, y fournir

vingt toises de gaulure pareille à celle-ci-dessus, et trois

toises de pierre, sans parler des accidens imprévus.

Entre la susdite grande brèche

et les moulins il est aussi necessaire de frapper dans

le dessous de lad(ite) chaussée douze pieux de quinze à dix huit

pieds et de dix pouces de diamètre.

Que les deux pignons du batiment du moulin ont été

reconstruits à neuf l’année derniere et qu’il est necessaire

de reparer pareillement les deux longeres qui ont été

endommagées par les grande seaux. Les trois ponts de bois

pour l’exploitation desd(its) moulins sont à retablir à neuf.

Toutes lesquelles choses à faire et fournir couteront la somme

de quinze cens quarante quatre livres.

Led(it) expert a en outre remarqué que lad(ite) chaussée est placée

d'une manière très desavantageuse tant pour la solidité que

pour donner l’eau aux moulins, courante presqu’en

travers la rivière de Sarthe qui est forte en cet endroit,

et la chute de l’eau qui charge lad(ite) chaussée dans toute

sa longueur est augmentée par la proximité des ponts lesquels

se sont éloignés que de cent pieds de la porte

mariniere, et de vingt cinq pieds du portineau,

laquelle chaussée ayant quatre cent quarante un pieds dans toute

sa longueur depuis le bout qui approche des moulins jusqu’à

l’autre bord, n’a qu’environ quarante cinq pas de pante,

laquelle pante est entrecoupée en trois

endroits en sorte que ladite chaussée ne

procure que quatre vint douze pieds pour toute la

chute de l’eau qui sert à faire tourner lesd(its) moulins,

le surplus de lad(ite) chaussée se trouvant surcahrgé de la force de

l’eau qui n’est d’aucune utilité pour lesd(its) moulins, et

laquelle chaussée a paru avoir été ainsi détournée de la ligne oblique

pour la construction du pont …

… Sont aussi comparus les s(ieu)rs Louis Dalaine procureur fiscal,

Georges Courtillier serger, Louis Coquille chirurgien, Jacques

Huard charpentier, Marc Courtillier huissier, Pierre Guerin

marchand+, Julien Devaux marchand, André Surmont

bourgeois, Joseph Belin marchand, Etienne

Rousseau boisselier, René Mandroux tanneur,

Louis Lebled serrurier, Jean la Cuche Brifaudrie

serger, Pierre Bafour serger, François Olivier

serger et Jacques Moreau foulon, tous habitans

de cette paroisse de La Suze demeurants en

cette dite ville ;   + Pierre Maignan serger,

Lesquels ont déclaré avoir parfaite connoissance

que l’exposé fait par les dits Briquet et femme

est conforme à la vérité, qu’en effet l’accident

constaté par le rapport dud(it) Ambroise Huard est

arrivé dans la semaine de la Passion et avoir vu

la brèche ouverte le dimanche des rameaux vingt quatre

dud(it) mois de mars et autres jours, qu’on a travaillé à réparer lad(ite) brèche des la

semaine sainte, qu’on a continué d’y travailler sans relache,

et qu’on y travaille encore actuellement ; qu’on a apprehendé

quelque temps pour la porte mariniere parce que si elle

n’eut pas resisté, toute la chaussée auroit été emportée

et que si l’eau n’eut pas baissé, ce qui apermis

de travailler a arrêté les fuites, de l’écroulement

la porte marinniere et la plus grande partie de la chaussée auroit

été emportée par la force de l’eau, qu’au reste il est aisé de

juger en passant sur les ponts que la chaussée a été detournée

de l’ancienne ligne qu’elle tenoit dans la riviere qu’elle

coupoit obliquement ce qui étoit beaucoup plus avantageux,

lesquels faits sont évidens et de notoriété publique comme

aussi qu’un tel accident cause auxdits Briquet et femme une perte très

considérable tant pour la dépense que pour le retardement ce que

lesd(its) s(ieu)rs comparants ont attesté comme notoire.

 

Moulin-1695.jpg

 

Le moulin de La Suze en 1695 (source : Médiathèque Louis Aragon, Le Mans)

 

 

On trouve dans la même liasse le brouillon d’un document adressé à l’Intendant de la Généralité de Tours :


A Monseigneur l’Intendant

de la Généralité de Tours

Supplie très humblement Louis Briquet

meunier

à La Suze election

de La Fleche,

Et a l’honneur d’exposer à votre grandeur

que du chef de Marie Chauvelier son épouse

il est propriétaire des moulins

a bled de La Suze

Que les grandes eaux et les glaces

ont emporté

au mois de mars dernier

une partie de la chaussée des dits moulins

et

endommagé le surplus …

… Le suppliant n’ignore point

qu'il n’est pas le seul qui a beaucoup

souffert des inondations ; mais il a appris

en même temps que votre grandeur

touchée des pertes causées par de tels malheurs s’est intéressée

pour le soulagement de ceux à qui ils sont arrivés ;

la situation du suppliant est d’autant plus facheuse qu’il est

un simple particulier sans fortune

et que la reparation et l’entretien

de la chaussée et des moulins sont capables de le ruiner sans ressource,

ce qui l’oblige de recourir à votre grandeur.

Vu la p(rése)nte et le p(rocès) v(erbal) dud(it) jour 1er mai il plaira à v(otre) g(randeur)

d'étendre sa bonté compatissante jusques sur le sup(plian)t

et lui accorder une

gratification relative

au dommage qu’il souffre

de la ruine de la chaussée

de ses moulins,

il redoublera

ses vœux pour la conservation de v(otre) g(randeur)

 

Carte-postale-moulin-8.jpg

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commentaires

RESPECT SPORT 17/07/2010 03:32



Belle photo et belle rédaction du passé...


Sportivement.


http://respectsport.over-blog.fr/


 



Philippe 17/07/2010 08:53



Merci pour votre commentaire.