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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 13:30

 

  Copie de IMGP3610

 

Aujourd’hui lundi vingt deuxieme

du mois de mai mil sept cent soixante

neuf sur les six heures du matin …

… Est comparu Joseph Poirier marchand dem(euran)t en cette ville lequel

nous a dit que comme propriétaire de la maison du Pillier Verd et

ses dependances située en cette ville, joignant d’un bout la rue de

Laval, d’autre bout les batiments et jardin de Joseph Cornuel tailleur

d'habits à Noyen ; d’un coté la petite rue de la Fontaine qui

tend de la Grande Rue à la rue de Laval vis-à-vis la maison des Murailles,

d’autre côté les batimens et jardin de Louis Vigroux et le jardin dud(it)

Cornuel, desirant retablir et construire les anciens batimens

qui faisoient partie de lad(ite) maison du Pillier Verd dans toute l’étendue du

terrein qui depend de lad(ite) maison, et éviter tout sujet de contestation

avec led(it) Joseph Cornuel pour raison de la partie qui doit être

édifiée en proximité des batiments dud(it) Cornuel …

 

Baptisé à La Suze le 27 juillet 1728, Joseph Poirier se marie à La Suze avec Louise Samoyau, fille de Jean Samoyau vigneron, le 31 janvier 1751 où il est serger. Comme un certain nombre de personnes dans la région, il fabrique les étoffes des laines (les serges).  Son père, Joseph, est serrurier et sa mère se nomme Marie Courtillier.

Leur premier enfant, Louise, nait le 2 novembre 1751 ; Joseph est alors qualifié de maître serger. Arrive ensuite Joseph Martin né le 9 novembre 1752.  Puis Julien vient au monde le 19 octobre 1753 et décède le 28 mai 1754.

Le 10 octobre 1755 nait Marie. Le 3 novembre 1756, Louise Samoyau donne naissance à Joseph et à René ; ils décèdent trois jours plus tard.

Le 11 juillet 1758 nait Joseph. Le 15 février 1760, Rose Perrine vient compléter la famille. Le 27 mars 1761 est baptisé Louis.

Le mois d’août 1763 va être catastrophique pour le couple Poirier/Samoyau. Louis décède le 11, Rose Perrine meurt quatre jours plus tard. Puis le 26 c’est leur fille Marie qui trépasse. Leur fils Joseph meurt le 27. Mois très difficile pour le couple qui perd quatre de ses enfants en deux semaines.

Le 2 décembre 1764 nait Joseph. Son père est dit marchand. Le 28 septembre 1766, Louise Samoyau donne naissance à Jean et Marie. Jean est inhumé le 9 octobre de la dite année et Marie le 16 octobre.

Le 24 mars 1768 nait René François ; il meurt le 3 mai 1785. Un autre fils, Louis, voit le jour le 12 septembre 1771. Puis Jean Baptiste est baptisé le 11 août 1773.

Quant à Joseph Poirier, il meurt à La Suze le 26 décembre 1792.

 

… Et nous étant transporté avec led(it) Poirier sur le terrein

en question en presence de François Doré menuisier et Pierre Pommier

serger de(meuran)ts en cette ville nos témoins avec nous soussignés, y aurions

trouvé les personnes de Ambroise Huard entrepreneur de bâtiments,

François Vetillard masson et Louis Loizeau maneuvre qui

commençoient à travailler en presence de plusieurs voisins

nous aurions attendu led(it) Joseph Cornuel qu’on nous auroit dit

être venu en cette ville et avoir été sur le lieu en question samedi

dernier, lequel Joseph Cornuel n’ayant pas comparu et l’heure

du déjeuner des ouvriers étant survenue nous avons remis a

neuf heures la continuation du present procès verbal pour donner

défaut dud(it) Joseph Cornuel s’il ne compare et procéder aux

operations resultantes de l’intimation …

… Et led(it) jour neuf heures du matin nous étant a la requisition

dud(it) Joseph Poirier transporté sur led(it) terrein en sa presence et desd(its)

temoins, ensemble desd(its) ouvriers et de Julien Lesesve

tisserand principal locataire de la maison dud(it) Cornuel et de

Pierre Guimmier sous locataire et de plusieurs autres personnes

du voisinage ;

 

L’activité textile est importante dans la région de La Suze et ce de depuis la fin du Moyen-âge. Elle connaîtra un regain d’activité à partir de la seconde moitié du 17ème siècle avec la politique économique menée par Colbert, mais également avec le succès de l’étamine développée par le manceau Jean Véron.

Ces étamines (étoffes légères de laine) sont utilisées par beaucoup de monde : vêtements nobles ou ecclésiastiques mais aussi coiffes, jupes, corsages, vestes et culottes d’apparat et de deuil, manteaux, tour de lit, rideaux, etc. La réputation est telle qu’en Picardie on trouve des étamines « façon Le Mans ».

Le textile fait travailler une bonne partie de la population et génère donc des revenus. La chaîne des intervenants est relativement importante : paysans qui tondent en général à la Saint-Jean, tireurs d’étaim qui peignent la laine, fileuses. Ensuite se déroulent les différentes interventions concernant le tissage.

 

Led(it) Joseph Cornuel n’étant point comparu nous en avons aud(it)

Poirier ce requerant donné et donnons défaut et avons

procédé aud(it) procès verbal comme ensuit.

D’abord led(it) Poirier nous a représenté l’exped(iti)on sous le sing

de m(aîtr)e Nieceron no(tai)re royal à Chemiré

le Gaudin d’un contrat passé devant

m(aîtr)e Guillaume Leroy no(tai)re r(oya)l aud(it) Chemiré le vingt deux mars

mil sept cent vingt deux, con(trô)lé et ins(inu)é au bu(re)au de cette ville

le même jour, par lequel Constance Mulin v(euv)e Joseph Courtillier

serger en cette ville ayeule maternelle dud(it) Joseph Poirier a aquis

de M(onsieu)r le M(ar)q(ui)s de Vilennes representant M(onsieu)r Le Prêtre une place de bâtiment et un petit jardin

nommé le Pillier Verd contenant deux hommées ou environ avec un

puis dans led(it) jardin, joignant d’un côté la maison du s(ieu)r Després

aujourd’hui representé par led(it) Cornuel, d’un bout une

ruelle tendant de la Grande Rue à la maison des Murailles, d’autre bout

le jardin de la v(euv)e Cormier que Louis Vigroux represente aujourd’hui

laquelle v(euv)e Courtillier fut chargée par led(it) contrat

de faire rétablir pareille quantité de batiments que l’ancien. Ensuite led(it)

Poirier nous a dit que M. Le Prêtre seigneur de S(ain)t Jean du Bois

étoit propriétaire par decret expedié au siege de la Baronie de Longaulnai

du dix juin mil six cent quatre vingt deux suivant lequel il

fut adjugé aud(it) s(ieu)r Le Prêtre un corps de logis appellé le Pillier Verd

composé alors d’une cuisine basse, avec four et cheminée, chambre dessus

exploitée par un escalier de pierre, deux autres chambres basses à cheminée

greniers dessus, cave sous partie desd(ites) chambres, le tout sous même faîte

greniers sur tous lesd(its) logis, une grange et une étable au bout sous partie

d’iceux, cour et issues la cour close de murailles, un apenti dans lad(ite) cour,

une lotie de jardin au devant desd(its) batiments contenant une hommée

ou environ avec un puits au bout dud(it) jardin, le tout se joignant

cotoyant la rue tendante à la Renardiere, d’autre côté les maisons

et jardin de Jean Cormier, d’autre bout la maison et jardin des

héritiers Thomas Regnard, le tout situé rue de Laval en la ville de La Suze.

Lesd(its) biens echus aud(it) Poirier suiv(an)t les partages devant m(aîtr)e Hervé notre

prédécesseur du 5 mai 1741 et desquels bâtiments la partie qui étoit

en grange et étable est celle qui ne subsiste plus et où il s’agit d’édifier.

 

Nicolas Leprêtre, conseiller du Roi et président en la Cour des Aides de Paris, avait acquis la seigneurie de Saint Jean du Bois au milieu du 17ème siècle de la famille du Bouchet. Sa fille, Antoinette Le Prestre avait épousé Jacques de Gaignon, lieutenant général des armées et seigneur de Villennes à Louplande.

 

Ayant ensuite examiné l’état des choses avec lesd(its) ouvriers en

presence dud(it) Poirier et des personnes du voisinage, ensemble de nosd(its) temoins, il a été remarqué et reconnu ce qui suit.

Premierement qu’au pignon des batiments dud(it) Poirier qui subsistent

actuellement, il paroit qu’il y avoit une suite de bâtiments dans le même

alignement, ce qui resulte tant du crêtis ou massonail

des anciennes couvertures dont on voit encore les vestiges en

différents endroits dud(it) pignon, que des places ou trous

où étoient placées les solives au nombre de douze, dont les

marques sont subsistantes.

Ayant ensuite fait toiser le mur des batiments dud(it) Cornuel,

depuis le coin qui donne sur la petite rue de la Fontaine vis

à vis le Presbitère et de la maison des Murailles, jusqu’à l’autre

coin du côté des jardins du Pillier Verd, led(it) mur s’est

trouvé de trente quatre pieds cinq pouces de long en deux

parties la premiere de quinze pieds à partir de la rue, et

dix neuf pieds cinq pouces pour l’autre partie dont la

coignairie ou angle avance un peu dans le jardin.

Ensuite ayant fait ouvrir vers l’endroit des anciens fondements

à peu de distance du

mur de la maison dud(it) Cornuel dans toute la longueur destinée

pour le pignon du bâtiment que led(it) Poirier veut construire

on a trouvé un vestige d’ancien fondement, vers le milieu

du terrein ouvert, lequel vestige dans la longueur de

cinq pieds dix pouces marque l’ancienne fondation construite

avec pierres et mortier de chaux et sable faisant le reste d’un

ancien mur assis à trois pieds de profondeur au dessous du niveau

de la petite rue de la Fontaine dont une extremité

ou le bout du côté de lad(ite) petite rue est à

sept pieds deux pouces de distance du mur de clôture ou pan de

mur destiné pour led(it) batiment, et l’autre bout dud(it) reste de

fondement est à cinq pieds et demi de l’angle du fondem(en)t

destiné pour la longere du batiment a construire, le tout

de dedans en dedans. Ce qui compose dix huit pieds et demi pour

la longueur totale de dedans en dedans.

Ayant ensuite fait poser la fiscelle dans la longueur

du fondement qui est à faire du côté du bâtiment dud(it) Cornuel dans

le même alignement de l’ancienne fondation le long des

vestiges des anciens fondements et fait mesurer dans

chaque extremité desdits vestiges,

la distance qui est entre lesd(its) vieux fondements et le mur

de la maison dud(it) Cornuel s’est trouvée être savoir à

l’extremité du côté de la rue qui est le bout du côté

du nord de

vingt six pouces, et au bout du côté des jardins

ou du midi, la distance ne s’est trouvée

que de vingt deux pouces et demi.

Et ayant mesuré à chaque bout ou extremité de toute

la ligne du fondement la distance

au bout du côté de la rue ou du nord

s’est trouvée être de trente trois pouces

et seulement de dix sept pouces à l’autre bout, ce que led(it)

Huard a dit être conforme à ce qu’il a appris des anciens

qu’un homme ne pouvoit passe que de côté entre les batimens

dud(it) Cornuel et ceux des auteurs dud(it) Poirier

vis-à-vis l’angle ou la coignairie du bâtiment dud(it) Poirier

donnant au midi.

Et ayant ensuite fait prolonger

de douze pieds la fiscelle d’alignement et jusqu’au coin du mur du bâtiment

dud(it) Cornuel dont l’extremité avance un peu dans le

jardin, la distance de lad(ite) ligne aud(it) mur dans l’extremité,

ne s’est trouvée être que de trois pouces et demi.

Et nous étant ainsi assuré de toute la distance qui étoit

entre les bâtiments dud(it) Poirier et ceux dud(it) Cornuel

conformement aux vestiges des

anciennes fondations, nous avons fait placer à force

un piquet à chaque extremité du terrein

destiné aux nouveaux fondements lesquels en notre presence et desd(its) temoins ont été

tracés en dedans de la fiscelle arrêtée à chaque piquet

pour être ensuite édifié par led(it) Poirier dans le

même endroit où étoit l’ancienne construction, en sorte

qu’il ne s’agit que de continuer d’approfondir lesd(its)

fondements autant qu’il sera necessaire pour la solidité de

la construction et d’édifier ensuite …

 

Copie de IMGP3607

 

La rue du Pilier Vert de nos jours

 

 

Pilier Vert Cadastre

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les lieux de 1769 placés sur le cadastre de 1843 (source : Arch. Dép. de la Sarthe)

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