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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 13:05

 

 

Le rôle des transports.

On a vu dans un article précédent que le réseau de transport n’était pas très efficace même si au cours du 18ème siècle la construction des routes royales améliore les relations routières.

 

Au cours du 19ème siècle, des travaux sont entrepris pour favoriser les communications.

Canalisation de la Sarthe :

1827 : début de la construction du port du Mans.

1832 : arrivée d’un bateau au port du Mans (mi-charge depuis Malicorne).

1838 : début des travaux du canal de Spay (passage du 1er bateau en 1841)

47Canal-de-Spay-cadastre-1843-copie-1.jpg

Canal de Spay (cadastre de 1843, Arch. Dép. de la Sarthe)


1839 : ouverture du Port du Mans et installation d’une nouvelle Halle au Toiles (actuelle Place d’Alger).

50Halles-aux-toiles-cadastre-1846.jpg

La halle aux toiles, Le Mans (cadastre de 1846, Arch. Dép. de la Sarthe)

49Halles-aux-toiles-plan-general--1862.jpg

La halle aux toiles et le port du Mans en 1862 (Médiathèque Louis Aragon, Le Mans)

 

1848 : début des travaux du canal de Fillé (terminé en 1860)

 

 

A partir des années 1850, on développe le réseau ferré (Le Mans 1854)

Prolongement vers Laval en 1855 et Rennes en 1857

Le Mans-Tours : 1858

Le Mans-Angers : 1863

51Le-Mans-Angers.JPG

(Arch. Dép. de la Sarthe)

 

Ceci amène un renforcement du Mans au détriment des autres petites villes sarthoises.

1.       Cœur des axes de communications

2.       Concentration industrielle

3.       Concentration financière

 

 

Evolution des productions

Domination du chanvre

Le 19ème siècle est la grande période du chanvre en Sarthe ; on y compte environ 5000 artisans vers 1850 (ils ne sont que 500 pour le coton et 300 pour la laine).

 

Victor Eugène Ardouin Dumazet (1852-1940), journaliste, rédige des guides touristiques (Voyage en France). Il dit en 1898 : « Le rouissage est une cause puissante d’insalubrité. Pendant deux mois, la Sarthe et ses affluents roulent une eau noire et nauséabonde ; l’infection est telle que, dans la traversée de la ville du Mans, les quais sont désertés par les promeneurs.

Depuis la fin d’août jusqu’au milieu de septembre, le rouissage est en pleine activité, mais l’infection des eaux se prolonge bien souvent pendant les premiers jours d’octobre ».

 

Maintien de la production de laine 

Pendant la période révolutionnaire, on importe des moutons d’Espagne (Mérinos).

Ex : M. Sauquaire à Saint Jean du Bois possède 1100 mérinos en 1811.

Ex : dans la région de Sablé, le comte Dauvé créé un troupeau de 400 mérinos sur sa terre des Chenets.

Mais la production lainière s’avère peu efficace car il n’y plus de débouché. Ainsi en 1824 a lieu la dissolution du jury pastoral créé en 1815 au Mans pour l’amélioration des races de bêtes à laine.

Une lettre de 1813 provenant de M. Thoré, négociant au Mans, nous en donne un témoignage : « Le dégout pour cette fabrication tient à une cause singulière : les filles attachent une espèce de mépris pour le fabricant d’étamines, de sorte qu’un cordonnier trouverait dix fois à se marier, tandis que celui qui fabrique de l’étamine, et qu’elles nomment cardeur, est rejeté. »

 

L’activité textile de la Révolution aux années 1850

Le déclin des laines est déjà bien entamé. Le dictionnaire Pesche, 1829, à l’article Bonnétable, nous rapporte que « La manufacture d’étamines que possédait autrefois Bonnétable, qui produisait près de 2000 pièces par an, et occupait encore 143 métiers vers 1785, est totalement tombée. Malheureusement, le peu de toiles de chanvre, de siamoises, de toile de coton, de mouchoirs, qui se fabriquent dans cette ville, ne peut la remplacer. Une fabrique de calicots, établie il y a peu d’années, ne s’est pas soutenue. Quelques métiers à étoffes grossières en laine, de commande, pour l’usage des habitants, ou pour la vente, et quelques ateliers de teinture pour les laines qui s’y emploient, quelques autres pour le dégraissage et le filage des laines pour vendre en pelotons ; enfin un atelier pour confectionner des blouses, sont de faibles ressources pour une population nombreuse, active et peu fortunée, qu’une grande manufacture pourrait seule occuper convenablement. »

 

En 1794, on tente de relancer la production lainière par la fabrique des étamines à pavillon. Le 15 février 1794, la Convention ordonne le passage aux trois couleurs. Cinq départements sont réquisitionnés pour la confection : Eure et Loir, Marne, Mayenne, Puy de Dôme et Sarthe.

 

Décret du 22 juin 1794 :

Article Premier : l’administration de chacun des districts du département de la Sarthe dans lesquels la fabrication des étamines à pavillon n’est point encore établie, sera tenue, aussitôt,  la réception du présent, de mettre en réquisition tous les ouvriers propres et nécessaires à cette fabrication, dans son arrondissement.

 

Les laines et produits de teinture sont stockés dans un magasin dans un bâtiment de l’ancien collège de l’Oratoire. Des pièces sont fabriquées également à Bonnétable, La Ferté Bernard, Château du Loir, La Flèche, La Suze. Ainsi, plus de 1200 personnes travaillent au Mans et produisent 5000 aunes d’étoffes.

Mais cette activité rencontre des difficultés liées à la situation générale (assignat, crise des denrées (ex : manque d’huile pour les laines), la Terreur, levée en masse, etc.) La fin de la production est prévue pour l’automne 1795 ; mais sur pression des ouvriers elle continuera jusqu’au printemps. Les conditions de travail sont difficiles : faibles salaires, retards de paiement, non paiement. Si bien qu’à l’été 1796 on ferme la fabrique.

 

Cependant, une activité lainière se maintient au Mans.

M. Saint Père créé en 1815 une fabrique de filature de couvertures composée  d’une trentaine d’ouvriers. On y fait venir des laines de Beauce, Normandie, Touraine et Maine

Une fabrique de couvertures par M. Albaret (décédé en 1841) est créée en 1833 sur la Sarthe avec 24 ouvriers. Les laines viennent de Sologne.

 

Pendant la Révolution, les frères Desportes installent une fabrique d’indiennes dans le quartier Saint Victeur au Mans.

52Indiennes.JPG

 

Une indienne à la maison de Louis Simon (La Fontaine Saint Martin)

 

Elle emploie jusqu’à 300 personnes et la maison est réputée : solidité des couleurs, variété des dessins. Les ventes se font en France mais on exporte aussi en Italie, en Espagne et au Portugal.

L’instabilité de l’époque amène la faillite de l’entreprise en 1799.

 

Au début du 19ème siècle, on fabrique du coton dans la région de Château du Loir :

Ex : moulin de Coëmont (1820).

Ex : l’usine de Crouzille à Marçon (1855) produit 10 tonnes de coton par an.

 

Divers entrepreneurs fabriquent de mouchoirs : les frères Desportes, M. Rojou (réfugié choletais), Yves Besnard (ancien curé de Nouans). Ainsi 400 métiers travaillent pour ce type de production. Mais cette activité connaîtra le même sort que les indiennes et finira par disparaître. Cependant, elle avait eu le mérite d’amorcer la notion de machinisme.

 

On poursuit la fabrique de fil et coton de Bessé sur Braye. En 1829, il y a encore 600 à 700 métiers dispersés dans les communes environnantes. On utilise des fils de chanvre pour la chaine ; ils viennent de la région ou sont achetés aux marchés de Saint Calais ou Mondoubleau. On emploie aussi des fils de lin venant de Sillé le Guillaume et du Bas-Maine. Les fils de trame sont confectionnés avec du coton filé à Vendôme et Château du Loir.

 

Il existe encore quelques secteurs à lin :

La région de Sillé le Guillaume où on introduit par exemple du lin de Riga en 1814 à Rouessé Vassé. En 1830, la Société Royale et Centrale d’Agriculture de Paris décerne à Mathurin Piard, cultivateur et tisserand de Rouessé, la grande médaille d’argent pour son zèle dans la culture du lin.

En 1829, Pesche nous rapporte qu’à Avessé, il y a 20 à 25 métiers qui produisent par an 80 pièces de 50 à 150 aunes en lin ou en chanvre. Les toiles de chanvre sont vendues à Loué et celles en lin le sont à Laval.

A Asnières sur Vègre, 12 à 15 métiers produisent des toiles de fil et de lin.

A Juigné, 5 à 6 métiers à toiles de lin font une production de commande pour les particuliers. Tout comme à Sablé où on fabrique des toiles de lin et de chanvre, presque toutes pour les particuliers.

 

Il reste encore quelques blanchisseries dont la plus importante, depuis la fermeture Bérard (1828), se situe à l’Epau.

 

Le chanvre poursuit sa progression en particulier grâce aux débouchés vers les corderies des ports (Nantes, Cherbourg).

Ainsi en 1811 pour le préfet de la Sarthe « l’abondance du chanvre peut en partie contribuer à consoler le cultivateur des pertes que lui occasionne la mauvaise récolte des grains ».

Pesche dit qu’à La Chapelle Saint Aubin, chanvre et fil servent à payer les fermages.

 

En 1827 un marché au chanvre est implanté au Mans en remplacement de la halle des boucheries (les bouchers pouvant débiter chez eux).

53Marche-au-chanvre.JPG

 

En 1828 est ouvert un marché aux fils rue des Grands Fossés Saint Pierre.

Puis en 1829, Auguste Trotté Delaroche, membre du Conseil Général, invente une machine à piler et assouplir le chanvre. Il est installé rue Saint Victeur.

Vers 1842/1845, le groupe Trotté-Delaroche (avec des associés angevins) va obtenir toutes les adjudications de chanvre épuré pour tous les magasins de la marine de la côte atlantique.

 

L’incontournable dictionnaire Pesche permet de dresser un tableau de l’importance de l’activité chanvrière.

Dans la région de Château du Loir, 800 métiers implantés dans 40 communes fournissent chaque semaine 150 à 200 pièces de 50 à 70 aunes (soit entre 8000 et 10000 pièces annuelles). Ces pièces servent  pour la voilure, les toiles de tentes, les toiles de ménage. Ainsi, Verneil et Mayet produisent des toiles pour voiles de bateaux de rivière.

Les producteurs de fil sont du Lude, de La Fontaine Saint Martin, de Mansigné, de Luché et de Pringé.

 

A Bouloire, on produit environ 300 pièces de toile de chanvre par an (communes et canevas).

 

A Beaumont sur Sarthe, les étamines représentaient encore 116 métiers (40 ouvriers) en 1804 ; il n’y a plus rien en 1829. Par contre s’y développent les toiles de chanvre, les pièces de cotonnade et de calicots. On fabrique de couvertures.

 

A La Ferté Bernard, on produit des toiles semblables à celles de la Ferté Macé, c'est-à-dire des toiles à carreaux ou rayées très communes, mais aussi des toiles barrées ou quarts de laine (mais sans laine !), des toiles à matelas.

Les ventes se font en France (Anjou, Touraine, Orléanais, etc.) et mais aussi en Amérique via Bordeaux.

 

A Courdemanche, la fabrication de toiles de chanvre est considérable (env. 1200 pièces annuelles).

 

Le centre de Fresnay sur Sarthe est également très important puisqu’on y trouve environ 1200 ouvriers dont 400 installés à Fresnay même.

Les fils, principalement en chanvre, sont achetés aux marchés de Fresnay, Evron, Lassay, Villaines la Juhel. On utilise parfois du lin.

La production se compose de toiles pour draps, linges de table, chemises, toiles à usages domestiques ; elle est plutôt qualifiée de toile fine. La production annuelle est d’environ 6000    pièces. Ce n’est pas un hasard si en 1829 on construit une halle aux toiles à Fresnay.

54Fresnay-Halles.jpg

 

Fresnay-Maisons-de-tisserands.jpg

 

       Au Mans sont installés environ 400 tisserands vers 1835 qui produisent autour de 9000 à 10000 pièces par an. Elles mesurent 80 aunes de long.

 

A Parigné L’Evêque, 200 métiers sortent 2000 pièces de toile de 60 aunes par an.

 

A Mamers, 2000 ouvriers font de solides toiles communes en chanvre qui servent pour les voilures et les articles de ménage.

 

Nombreux petits métiers sont installés dans les villages pour la consommation locale :

·         Bousse : 3 métiers à toile de chanvre, de commande, pour les particuliers.

·         Coudrecieux : quelques tisserands font des toiles.

·         Malicorne : une vingtaine de métiers employés à faire des toiles communes, le tout de commande pour les particuliers seulement.

·         Rouez en Champagne : quelques pièces de toile pour les particuliers qui fournissent le fil.

·         La Milesse : 2 ou 3 métiers à toile de commande pour les particuliers.

 

L’intensité de l’activité chanvrière place la Sarthe aux premières places à la fin de la première moitié du 19ème siècle :

èPremier rang national par la superficie (7880 ha soit 2% des terres labourables)

è8500 tisserands vers 1845/1848

èChanvre+laine+coton : 2/3 de la main d’œuvre masculine du secteur secondaire vers 1845/1848

 

Mais le travail reste encore très artisanal ; on compte 8449 métiers à bras en 1845. Dans cette période des prémices de la Révolution Industrielle, la Sarthe est en retrait. On utilise encore très rarement les machines à vapeur à cause du coût élevé du charbon venant d’Angleterre ou du bassin de la Loire (prix multiplié par 6.3).

Ex : La consommation de charbon en Sarthe est de 10 kg par an/h contre 130 en moyenne en France.

 

Il existe tout de même un début de la mécanisation. Le Moulin Renard au Mans est un des rares sites où on effectue le pilage mécanique du chanvre.

56Moulin-a-chanvre-Le-Mans.jpg

En 1822, on mentionne une filature mécanique de coton de Vouvray sur Le Loir (aucun vestige aujourd’hui).

En 1841, la filature de coton des Crousilles appartenant à Adolphe Chesneau à La Chartre sur le Loir est mécanisée grâce à l’énergie hydraulique ; il faut attendre 1875 pour passer à la vapeur (machine Powell). On y comptait 130 ouvriers en 1860.

 

Il faut aussi compter avec les accidents météorologiques. Ainsi en 1846, une forte sécheresse touche le département provoquant une importante diminution des rendements (-20% pour le blé, -40% pour le méteil, -62% pour le seigle).

Ceci est à l’origine d’une augmentation des prix (+116% pour le blé, +128% pour le seigle) qui engendre une forte augmentation du prix du pain (40% du budget d’un ouvrier en période normale). En conséquence on assiste à une mauvaise vente du textile (surtout les toiles).

La production reprend en 1847 mais l’instabilité politique qui suit ne rassure pas le marché. La paralysie de l’activité textile est quasi générale  jusqu’en 1849

 

1850/1865 : l’âge d’or

A partir des années 1850/1860, il y a une ouverture plus grande vers les marchés. C’est en partie dû à la Guerre de Sécession qui interrompt les arrivages de coton.

On a ainsi une réorganisation des commandes militaires vers les ateliers « performants » telle que l’entreprise Cohin (ateliers du Breil sur Mérize) en 1855 qui contrôle 1400 métiers à tisser et fait travailler 5000 artisans sarthois dont 600 dans les ateliers du Breil.

 

En 1853, l’Alençonnais Richer-L’Evêque installe une filature de jute et lin à Yvré l’Evêque qui compte 1400 broches et 300 ouvriers. Elle est ensuite cédée aux frères Thoury.

 

En 1855, Louis Cornilleau introduit au Mans le tissage mécanique de la toile ; il y a 76 métiers en 1862 et on s’appuie sur les tisserands locaux.

 

En 1860 est implantée rue du Bourg Belé, au Mans, par M. Bary une usine de toiles à voile en chanvre et de toiles à bâche verte en pur lin. La filature et le tissage sont mécaniques ; y sont employés 1200 artisans (ruraux et urbains). L’activité se poursuit avec le contremaître Janvier en 1883. Puis ensuite la concurrence la vapeur vient freiner cette croissance.

 

ð  Richer-Lévêque/Cornilleau/Bary créent plus de 1000 emplois en moins de 10 ans et occupent plus de 2500 artisans.

 

Lors du Concours Régional du Mans en 1865, les chiffres avancés font état de 12 000 à 13 000 ha de chanvre, 20 000 ouvriers et on souligne que cela est un frein à l’exode rural

En 1866, le banquier manceau Portet Lavigerie déclare que « depuis quelques années, le paysan cultivateur possède et place des capitaux importants, soit en dépôts dans la banque, soit en valeurs et actions industrielles ».

57Levasseur-1854.jpg

Extrait de la carte de Levasseur, 1854

 

1865/ 20ème siècle

Pendant la période 1865/1900, une crise céréalière liée à la concurrence étrangère va modifier la donne. On importe du chanvre depuis l’Italie et la Russie, on s’oriente vers l’élevage.

S’ensuit un fort exode rural : 1872 (359 000 ruraux ; 1911 : 302 000 ruraux) et une détérioration des exploitations agricoles :

·         Renforcement du nombre de petites exploitations.

·         Retard de paiement des fermages même si les fermages ont diminué.

 

Cette situation provoque un déclin des activités de tissage (concurrence de la mécanisation). En fait, cette crise accentue des fragilités :

·         Difficulté à se tourner vers la mécanisation.

·         Eloignement des sources d’énergie (coûts de transport).

D’ailleurs certaines publications sont très explicites :

·         Annuaire de la Sarthe, 1850 : « L’industrie primitive doit périr, et ses malheureux ouvriers n’ont pas le capital nécessaire pour se pourvoir des instruments qui doivent remplacer les leurs ».

·         Note sur le projet d’un établissement de filature de chanvre et de tissage mécanique dans la Sarthe, 1857 : « Cette production [chanvre] serait beaucoup plus considérable si des industries déjà florissantes sur plusieurs points de la France étaient introduite dans la Sarthe … Le progrès a presque été nul sous ce rapport. Le chanvre brut passe encore des mains de l’agriculteur dans celles d’industriels qui le pilent à grands renforts de bras, le peigne et le vendent aux femmes qui le filent et le portent sur le marché … Le chanvre filé est vendu aux petits marchands et aux courtiers qui le cèdent aux blanchisseurs ; ceux-ci le vendent à leur tour aux fabricants qui l’emploient dans les tissus. La toile est achetée par des commissionnaires pour le compte des principales villes de France, et arrive enfin aux consommateurs. Combien de temps perdu, de dépenses inutiles dans cette longue série d’opérations ! ».

 

Les chiffres concernant la population active dans le chanvre montre la gravité de la situation :

Vers 1850 : 10 000 métiers

1869 : 7000

1876 : 4000

1887 : 2500

 

On tente cependant de s’adapter et de résister aux menaces. Les activités se concentrent sur Le Mans et on se spécialise :

Ex : Fabrication de bâches et de sacs à usage agricole par les établissements Leduc-Ladevèze à Champagné (créée en 1866)

58Champagne-filature.jpg

 

Ex : maisons Morancé et Ransillat au Mans

 

Mais le déclin est bien réel :

1864 : 12500 ouvriers dans l’industrie textile.

Début 20ème siècle : 2700 ouvriers dans l’industrie textile.

Superficie de chanvre : 1865 : 12000 ha ; 1914 : 4700 ha

1884 : disparition du tissage mécanique de Cornilleau.

1887 : arrête de la filature d’Yvré l’Evêque (poursuite du tissage).

 

La Première Guerre Mondiale va marquer la fin de l’activité.

·         Fin de la marine à voile

·         Années 1930 : disparition du chanvre en France. Il n’en reste que quelques centaines d’hectares.

·         1930 : disparition des métiers à bras de la Ferté Bernard (la jute remplace le chanvre).

·         1930 : disparition du lin à Fresnay.

·         1957/1958 : tentative de développement du chanvre dans la région de Vivoin pour la pâte à papier. Mais c’est un échec.

·         1966 : fermeture de la filature de Champagné.

 

 

Aperçus sur la vie des ouvriers en textile

Quel est le niveau de vie de ces personnes ?

Si on regarde les achats de biens nationaux pendant la Révolution au Mans, on obtient une certaine image de la richesse de ces individus :

·         Tisserands : quelques uns achètent une petite maison avec parfois un jardin.

·         Marchands de fils : achats plus nombreux

Ex : J.B. Choplin achète deux maisons et un champ.

·         Sergers avec plusieurs métiers qui achètent maisons et pièces de terre.

·         Dégraisseurs d’étamines (3 ou 4 au Mans)

Ex : Jacques Toury achète le moulin à foulon qu’il louait à l’abbaye de Beaulieu

·         Négociants

Ex : Les blanchisseurs Bérard et Vétillart achètent pour 175 ha de terres dans le département.

 

Au début du 19ème siècle, les compagnons tisserands se louent chez les possesseurs de métiers sans forcément passer par un contrat devant notaire et doivent faire environ 1 pièce par mois (env. 120 m.).

Un fabricant de toiles de la région de Mamers possède 4 métiers, des pièces à tisser chez 15 ouvriers, a une réserve de 340 kg de gros et de 140 kg de brin,  plusieurs pièces de terres, 3 maisons à Mamers, un emplacement aux halles. 

 

Les logements des tisserands sont souvent à deux niveaux :

·         Cave semi enterrée pour le métier et pour l’humidité nécessaire au travail de la fibre.

59Parigne-le-Polin.JPG

·        Une maison de tisserand à Parigné le Pôlin

 

 

Niveau d’habitat (souvent une pièce principale et éventuellement une deuxième pièce) situé au dessus de la cave.

 

La vie est difficile. Au début 19ème s. une forte contestation oppose à Mamers manufacturiers, fabricants, ouvriers et apprentis ce qui amène la création d’un conseil des prudhommes en 1812.

En 1857, les ouvriers du Breil sont en grève ; 11 meneurs iront devant les tribunaux.

Après l’instauration du droit de grève en 1864, les conflits éclatent plus ouvertement. On verra par exemple les tisserands du Mans faire 11 jours de grève ce qui amènera une hausse des salaires (2.70 f. contre 2 f.).

 

 

Aujourd’hui

Certaines communes et associations se sont lancées dans la mise en valeur du patrimoine textile comme par exemple la restauration des fours à chanvre.

Ex : La Milesse, Voivres, Sainte Jammes sur Sarthe

Copie-de-Images-3P2679.jpg

 Le four à chanvre déplacé et ramené à l'entrée du village de Voivres Lès Le Mans

Certaines entreprises maintiennent une tradition textile comme par exemple la société Borrel Bouvard Arthaud installée à la Chartre sur le Loir. On y fait de la passementerie surtout militaire (ex : pompon rouge du Bagad de Lann Bihoué en 2007). Fondée en 1848, la société a ensuite basé son siège à La Chartre sur le Loir ; elle travaille beaucoup pour les commandes publiques.

 

La société « Le Crin », à Challes, créée au 19ème siècle travaille les tissus d’ameublement à base de crin de cheval. La matière première vient de chevaux vivants de Manchourie, d’Australie ou d’Argentine. On utilise surtout le crin de queue de cheval d’environ 80 cm.

 

A Saint Jean d’Assé, les  sœurs bénédictines du monastère de la Merci-Dieu tissent à la main des vêtements liturgiques.

 

Avec le développement de nouvelles techniques d’isolation, le chanvre fait son retour dans l’habitat. La maison de Louis Simon à La Fontaine Saint-Martin utilise ce matériau pour son isolation. Mais l’activité reste très marginale. Ainsi la société Isochanvre Chénevotte habitat a dû cesser ses activités en 2004.

 

La matelasserie Vert Laine à Cérans Foulletourte s’est orientée vers les produits naturels. On y travaille la laine « bio » ou « paysanne » pour des créations, réfections de matelas et futons.

61Matelas-2.JPG

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