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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 16:19

 Les étamines du Maine

  1. L’Importance des étamines

Les étamines sont des étoffes de laine légères qui connaissent un beau succès à tel point qu’on fabriquera en Picardie des étamines « façon Le Mans ». On les utilise pour des vêtements nobles ou ecclésiastiques mais aussi pour les coiffes, jupes, corsages, vestes et culottes d’apparat et de deuil, manteaux, tour de lit, rideaux, etc.

Il existe aussi des étoffes plus grossières nommées droguets et serges fabriquées avec les laines de moins bonne qualité.

 

Les fameuses étamines du Mans englobent une large sphère dans laquelle on trouve divers centres tels Laval, Mayenne, Mamers, La Ferté Bernard, Le Lude, Durtal (voir même Angers), Château Gontier.

Ainsi par exemple, le règlement général de 1746 donne la liste des centres agréés pour produire l’étamine façon Le Mans d’une longueur de 42 aunes : Le Mans, La Flèche, Le Lude, Beaumont, Ballon, Roëzé, La Suze, Mézeray, Malicorne, Parcé, Précigné, Bonnétable, Saint Calais, Mamers, La Ferté Bernard Château du Loir, Conlie, Fresnay, Mondoubleau, Meslay, La Crotte, Laval, Mayenne.

 

Il existe différentes variétés d’étamines :

·         Etamines à chaine de soie (Alençon, Nogent, Pouancé, Bellême).

·         Au 18ème siècle, La Flèche fabrique des étamines légères pour les voiles des religieuses.

·         Etamines de toute laine : Maine.

·         Le nombre des fils de chaine varie de 960 (Laval et Mayenne) à 1600 (Le Mans).

 

Voici d’ailleurs ce qu’on en dit en 1749 dans un mémoire de l’Inspecteur général des Manufactures : 

« Les étamines connues dans l’intérieur ainsi qu’au dehors du Royaume sous le nom d’étamines du Mans se fabriquent dans presque toutes les villes, bourgs et bourgades de la Province du Maine. Il s’en est aussi érigé à leur imitation il y a déjà plusieurs années dans les provinces d’Anjou, de Touraine et du Perche qui sont de la même espèce, c'est-à-dire des étamines blanches également propres à faire teindre en noir, mais communément d’une qualité inférieure à celles qui se fabriquent dans la province du Maine, surtout à celles de la ville du Mans qui ont toujours surpassé les autres en finesse et en perfection ».

 

 

  1. Jean Véron (1627-1689) et les étamines

29Jean-Veron-acte-bapteme.jpg

Acte de baptême de Jean Véron (Archives Départementales de la Sarthe)


 

30Sepulture-Jean-Veron.jpg

Acte de décès de Jean Véron (Archives Départementales de la Sarthe)


On doit le développement des étamines à une famille mancelle, celle des Véron et en particulier à Jean Véron. Fils de Guillaume, maître serger au Mans, il développe vers 1650 une étamine fine et peignée (l’étaim).

 

Voici ce qu’en dit son petit-fils Véron du Verger, père du célèbre Véron de Forbonnais, en 1761 :

« Un fabricant imagina de faire des étamines de laine teinte, brisée au peigne en couleur de gorge de pigeon [blanc], dont le grain réussit. Ensuite, il fabriqua de ces mêmes étamines qu’on nomme aujourd’hui étamines camelotées [grain perlé], ou a menu grain, toute laine, qu’il passa au blanc à fleur de soufre pour l’usage de quelques communautés religieuses ; il en fit ensuite teindre en diverses couleurs ».

 

Son fils Guillaume met au point un moulin à foulon (laver, dégraisser et apprêter les étamines) qui permet d’obtenir une étamine recherchée dans toute l’Europe. Cette innovation technique lui vaudra procès en 1712 contre certaines communautés qui voient leur travail menacé.

 

Le succès des étamines permet à la famille Véron de connaître une certaine aisance financière. Ainsi Guillaume lors de son premier mariage en 1684 avec la fille d’un marchand de Bonnétable reçoit en dot 3000 livres et des marchandises (son père, Jean Véron, n’avait reçu en 1652 que 60 livres de dot). Lors de son deuxième mariage en 1691, la dot est de2500 livres assortie d’une terre à Mézières sous Ballon.

Il obtient également plusieurs charges : trésorier-receveur du Pré, conseiller du Roi, garde scel de l’Hôtel de Ville du Mans.

L’aisance le pousse à quitter le quartier du Pré pour s’installer dans la maison de la Sirène (1726) au centre du Mans dans le quartier des affaires.

 

31Sirene-19eme-s-jpg

 

Maison de la Sirène au 19ème siècle (Médiathèque Louis Aragon)

 

32Etiquette-Veron-du-Verger.jpg

Etiquette Véron du Verger (Médiathèque Louis Aragon)

 

  1. Le parcours de la laine

Pour faire ces étamines, on utilise la laine de pays. Celle qui est prise sur le dos et le haut des cuisses permet de réaliser les étamines de meilleure qualité ; les autres laines servent pour les étoffes plus communes (les serges) et celles plus grossières (les droguets).

 

33Moutons.JPG

 

Les paysans tondent à la Saint Jean et dégraissent la laine (« essuiner » en patois) à l’eau chaude en bord de rivière ; la perte de fibres est estimée à environ 50%.

 

34Laine.JPGLaine (magasin Vert-Laine à Cérans Foulletourte)

 

Puis la laine grossièrement nettoyée part vers la boutique du fabricant :

·         Nettoyage : laine battue sur des claies avec des branches de houx ou coudrier.

·         Tireur d’étaim (ou peigneur) : trempe la laine dans l’huile pour la rendre plus souple. Ils « tirent » la laine au peigne de fer chauffé au charbon de bois (20 livres de laine donnent 12 livres d’étaim et un tireur fait environ 1,5 livre par jour).

·         Fileuses : quenouilles ou rouets.

·         Retour chez le fabricant.

·         Ourdissage : préparer la chaîne (rouleau qui entortille les fils).

·         Tissage avec un métier à bras (sergers/sargers).  

Environ un mois  pour faire une pièce de 43 aunes (environ 50 m.) sur ½ aune de large (1 aune = 1.20 m.).

    ·         Bureau de marque pour « certification » (marquage au plomb).

    ·         Achat par des marchands.

    ·         Nouveau dégraissage au savon au moulin à foulon.

    ·         Teinture : la plupart en noir (« beau noir ») qui fait la réputation des étamines (rares pièces brunes, écarlates ou vertes).

     1er passage au bleu indigo  (« au pied de guède ») puis ensuite au noir (teinte obtenue par la noix de galle du chêne, « bois des Iles » ou « bois d’Inde »).

     Couleur fixée à l’alun.

    ·         Retour au moulin à foulon : dégorgement.

    ·         Derniers apprêts : épluchage (pincettes), chardonnage (têtes de chardons naturels), lissage (cylindre), emballage dans des toiles cirées.

     

    L’activité des étamines, d’un bout à l’autre de la chaîne, fait travailler plusieurs milliers de personnes. Des chiffres disent qu’au Mans et ses environs, environ 8000 fileuses œuvrent vers 1750 ; au Mans même, on estime qu’il y a entre 5000 et 6000 personnes qui filent sur une population totale d’environ 16 000 habitants.

     

    Cependant, et malgré ce que peut en dire Le Paige qui rapportent que certaines laines sont d’excellentes qualités, les laines du Maine s’avèrent peu nombreuses et peu appréciées.

    ·         1697, Miromesnil : « Cette année, nonobstant la rigueur de l’hiver, le nombre très médiocre qu’il y a de moutons en Touraine, Anjou et Maine, s’est bien conservé. Le pays est peu propre à en élever, on y mange beaucoup d’agneaux, parce qu’ils ne viennent naturellement gras et sont forts petits. La laine y étant de mauvaise qualité et en médiocre quantité, ne sert qu’à faire des plus grosses serges. ».

    ·         Le Paige, 1777 : Rouessé-Vassé « chaque ferme nourrit un troupeau dont la laine n’est pas fine ».

     

    Les éleveurs se tournent plutôt vers le marché de la viande ; les moutons sont engraissés à l’étable en hiver et tués à Pâques. La tonte se fait trop précocement à la mi-carême.

    On accuse également ces paysans de tricher sur le produit : laine mal dégraissées, stockées dans des lieux humides pour augmenter le poids, mélange de qualité de laines (mauvaise au fond, bonne dessus), etc. 

     

    Par ailleurs, on vit toujours avec la crainte des loups dont la présence est attestée dans divers documents.

     

    35Fille-bete-feroce-1673.jpg

    Bête féroce, registre paroissial de Fillé, 1673 (Archives Départementales de la Sarthe)

     

    La situation est telle qu’au début du 18ème siècle, il devient nécessaire d’importer de la laine (Espagne, Portugal, Angleterre, Levant, Barbarie, etc.). Elles existaient déjà depuis le 17ème siècle mais de façon plus modérée.

    ·         Espagne : mérinos expédiés depuis le port de Bilbao vers Bordeaux, La Rochelle, Nantes.

    ·         Angleterre fournit aussi laines plus fines et bénéficie de très nombreux troupeaux.

    Vers 1787, l’inspecteur de la généralité d’Orléans dit des fabriques d’étamines du Perche Gouet : « Cette branche d’industrie dégénère sensiblement dans le Perche Gouet depuis plus de vingt ans parce que les Anglais traversent nos opérations en Espagne, au Portugal et en Italie, et qu’ils ont sur eux les plus avantages à cause du bas prix des laines communes en Angleterre. »

     

    Ce qui fait donc que la rareté de la laine et les importations provoquent augmentation du prix des étamines. Une des conséquences en sont des difficultés sur le marché.

     

    En 1769 pour Véron du Verger, les causes de la rareté de la laine sont:

    1.       Augmentation du nombre de manufactures.

    2.       Maladies épidémiques.

    3.       Mauvaises conditions d’élevage (bergeries et bergers incompétents).

    4.       Mauvaises sélections des espèces.

    5.       Loups.

     

    Il ne faut pas non plus négliger le rôle des défrichements du 18ème siècle ; beaucoup de landes où paissent les moutons sont détournées au profit des plantations.

     

    Jaillot-1706-2.jpg

    Les landes dans la région de La Suze (carte de Jaillot)

     

    La situation est telle qu’en mars 1749, les sergers et peigneurs du Mans se révoltent. On compte jusqu’à 400/500 personnes qui défilent dans les rues du Mans ; certains entrent dans les ateliers et brisent le matériel. Ces révoltes se poursuivent en mai et juin.

    Quelles en sont les causes ? Les maîtres baissent le prix de la façon de chaque pièce d’étoffe.

    Les meneurs ont été emprisonnés et condamnés à des amendes légères (volonté de ramener le calme) puis des accords avec les maîtres qui ont revu leurs tarifs à la hausse.

     

     

    1. Le développement des étamines au 18ème siècle

    Le succès des étamines a amené une hausse du nombre de fabricants au Mans :

    1712 : 160 (400 métiers)

    1740 : 259 (800 métiers)

    1762 : 110 (410 métiers)

    1784 : 50 (270 métiers)

     

    Parallèlement, le nombre de marchands a lui aussi connu un certain succès :

    1708 : 53

    1729 : 85

    1760 : 117

     

    De nouveaux centres étaminiers apparaissent : Mamers, Sillé le Guillaume, Ballon, La Suze, etc.

     

    Les centres anciens se développent. Ainsi à Bonnétable, on passe de 28 fabricants en 1708 à 90 fabricants en 1729. La ville connait alors une augmentation du nombre d’habitants passant de 761 feux en 1748 à 1016 feux en 1764. C’est également en 1734 qu’on ouvre le grand chemin vers Le Mans qui va permettre la circulation des marchandises.

     

     

    Les capes d’étamines du Lude connaissent à succès à la Cour sous Louis XIV et Louis XV.

     

    A Beaumont, on compte 50 métiers en 1708 et 92 en 1762. Les relations commerciales se font avec Le Mans, Tours, Sées, Caen, Saint-Malo, la foire de Guibray.

     

    L’intendant de la généralité de Tours nous rapporte en 1730 que « Le nombre des ouvriers s’est multiplié dans plusieurs petites villes et bourgs de la province du Maine, en sorte que dans chacun de ces endroits, il s’est établi des fabriques d’étamines qui sont de différentes qualités ».

     

    Au Mans en 1740, il y a une douzaine de négociants, 250 maîtres fabricants (soit env. 800 métiers), un millier d’ouvriers, peigneurs, tisseurs et plusieurs milliers de fileuses.

     

     

    1. Le commerce de l’étamine

    ·         Commerce intérieur

    Au début 18ème siècle, les étamines du Maine sont vendues aux marchands de Limoges, Montpellier, Marseille, Rouen, Lyon, Bordeaux, etc. Elles ont alors atteint une grande notoriété :

    1743, mémoire d’intendance : « Toutes ces étamines sont conduites pour la grande partie au Mans où elles sont dégraissées, teintes et apprêtées, soit parce qu’il y a un nombre de marchands qui en font leur seul commerce, soit parce que les teintures y ont été ci-devant en grande réputation, et que le dégrais et l’apprêt s’y fait dans la dernière perfection, point essentiel pour ce genre d’étoffe. »

     

    On en trouve la présence dans les grandes foires : Guibray, Reims, Troyes, Beaucaire. Ainsi en 1708, 400 à 500 pièces d’étamines du Mans sont amenées à la foire de Troyes par des marchands d’Amiens.

    Cependant ces foires connaissent un certain déclin  au 18ème siècle en partie grace à l’amélioration qui réseau routier qui permet d’organiser autrement la vente des marchandises.

    1785, Rapport sur la foire de Guibray : « Toutes les foires du Royaume diminuent : toutes les maisons de commerce ont des commis de voyage qui font des offres sur échantillons. »

     

    ·         Commerce extérieur

    Les étamines du Maine se vendent même en dehors des frontières du royaume. Il semble que cet essor puisse se situer vers les années 1715/1720. C’est une activité économique rentable mais risquée car le retour des paiements se fait entre 18 et vingt mois.

     

    Environ les 2/3 de la production d’étamines sont exportés : Sicile, Italie, Espagne, Portugal, Iles, etc. mais aussi dans quelques Etats du Nord (Allemagne, Angleterre, Suisse).

    Pourquoi le Sud ? Les étamines du Maine sont des étoffes légères qui conviennent aux nombreuses communautés religieuses installées dans ces régions.

     

    Mais c’est un commerce compliqué : difficultés administratives (contrôle des pièces de tissus), remballage mal fait, retards (foires/embarquement sur les navires), dégradation des pièces (trous, déchirures), etc.

     

    Italie :

    Les étamines réussissent à  s’implanter en Italie car le pays est surtout tourné vers les fabriques de soie (soie de Piémont et de Chine). Par ailleurs, l’activité drapière a connu un déclin dès le 16ème siècle.

    Ce succès de l’étamine repose aussi sur l’importance des congrégations religieuses présentes dans la péninsule et qui offre donc un débouché très important.

    Les produits du Maine passent par Lyon et mettent 13 jours à atteindre Milan.

     

    Plusieurs marchands manceaux s’installent en Italie : Cureau, Véron de la Croix, Garnier (un fils établi à Messine). Les mémoires du cirier Leprince nous en fournissent un témoignage contemporain : « C’est à lui [Véron du Verger]  et à son frère M. Véron de la Croix, qui avait séjourné longtemps en Italie, que Le Mans et les environs sont redevables de la décoration des édifices publics. Le premier balcon qu’on ait vu au Mans fut placé par M. du Verger à la belle maison qu’il a fait bâtir en 1726 au carrefour de la Sirène. »

     

    Au royaume de Naples vers 1740/1741, les étamines du Mans représentent 10% de la valeur des étoffes françaises importées à égalité avec les étoffes de Picardie.

    Voici d’ailleurs ce qu’en dit un mémoire napolitain : « Elles [les étamines du Mans] font un objet considérable de notre commerce, on ne peut s’en passer dans tout le Royaume de Naples. Leur qualité est unique : aucune autre nation n’a pu jusqu’ici parvenir à les imiter … On se plaint cependant que ces étamines ne sont pas toutes égales … Ce défaut ne provient uniquement que des trames qui ne sont pas égales. »

     

    Portugal et Brésil :

    Les exportations des étamines du Maine vers le Brésil se font via le port de Lisbonne. Dans le dernier quart du 17 ème siècle, ce commerce se fait par l’intermédiaire des marchands rochelais. Mais à partir du 18ème siècle, ce sont les marchands manceaux qui gèrent les échanges.

    On connait ainsi les pertes importantes de Jean-François Fréart, marchand manceau, qui a perdu pour plus de 40 000 livres de marchandises à cause du tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755. Il avait acquit la propriété de Chatenay à Saint-Saturnin mais fera faillite en 1770.

     

    37Freart-Jean-Francois-Chatenay.jpg

    Carte postale Chatenay (collection particulière)

     

    Espagne et Indes :

    Depuis le 15ème siècle, il y avait déjà un commerce des toiles lavalloises vers ces régions.

    Là encore, les étamines profitent de la déficience du pays. L’Espagne a misé sur l’exploitation de son empire et n’a pas cherché à développé la production de ses étoffes ; ce dont les étamines du Maine vont parfaitement s’accomoder.

    En 1740, Bernardo de Ulloa nous rapporte que « L’Espagne a vu ses manufactures détruites et ses richesses dissipées. Nos étoffes ne pouvant soutenir la comparaison des leurs pour le prix et la beauté, sont tombées même chez nous dans le plus grand discrédit. »

     

    Ce commerce se fait par l’intermédiaire de quelques villes : Valence, Barcelone, Madrid, Cadix.

    Cadix est le port qui ouvre vers les Amériques et qui supplante Séville. C’est devenue une ville cosmopolite ; en 1705, on y trouve 84 maisons de commerce (12 espagnoles, 26 génoises, 11 françaises, 10 anglaises, 7 hambourgeoises, 18 hollandaises et flamandes). Et en 1791, on recense plus de 8000 étrangers.

     

    Plusieurs marchands manceaux sont établis en en Espagne :

    ·         Jacques Pascal Leroy s’établit à Cadix en 1753 et meurt à Buenos Aires en 1764. On le connait dans le monde hispanique sous le nom de Don Diego Rey. Il se rend plusieurs fois au Pérou avec diverses marchandises (étamine du Mans, broderies de Beauvais, chapeaux de castor de Paris, rubans et bas de soie de Lyon, etc.), voyages dans lesquels les marchands manceaux (Fréart, Garnier, Bérard, etc.) ont investi des fonds. Il réalise son dernier voyage en 1764 sur la Concepcion depuis Cadix ; il meurt (maladie) à Buenos Aires le 20 novembre 1764. Le navire fait naufrage ensuite près de la Terre de Feu.

    ·         Charles Emmanuel Le Peletier de Fermusson à Cadix.

    ·         Joseph Dominique Cureau à Cadix en 1752.

     

    Les produits du Maine sont vendus aux Amériques : Lima, Honduras. Mais on pratique aussi le troc : curcuma (colorant jaune orangé), quina, indigo.

     

    Les iles :

    Saint-Domingue

    Plusieurs familles mancelles sont présentes en tant qu’officiers, hommes de loi ou encore marchands.

    Ex : Nicolas Charlot, marchand, qui se marie au Mans en 1721 avec la fille d’un drapier. Marchand relativement modeste (3000 livres de dot à son mariage) qui devient un opulent marchand rochelais.

    Ex : Pierre Leroy, en 1724, achète « une belle  et bonne habitation avec 25 nègres … il ne me manque plus qu’une dizaine de nègres sur cette habitation pour avancer ma fortune. »

     

    Une lettre de 1748 de Pierre Duchemin Favardière, marchand lavallois, nous apporte ce témoignange : « Le sieur Mathieu Bellanger, fils de mon épouse, qui est resté deux ans à Bilbao chez un bon négociant, passera au Cap François [capitale de Saint Domingue, auj. Cap Haïtien] par premier navire pour y travailler avec le sieur Barbeu Duboullay son associé. Comme il sait bien l’espagnol, il lui sera d’un grand secours parce que le principal commerce se fait avec les Espagnols. Ces deux jeunes gens sont forts sages et très entendus, c’est se qui m’engage à m’intéresser d’un tiers dans la société. Si vous souhaitez, monsieur, leur confier quelques marchandises, vous pouvez être persuadé qu’ils ne négligeront rien pour vous procurer une vente avantageuse et des retours gracieux. »

     

     

     

    A la fin du 18ème siècle commence la décadence de l’activité des étamines. Carlier dans son  traité des bêtes à laine rédigé en 1770 nous dit que  « La belle étamine du Mans est trop connue tant en France que chez l’étranger, pour avoir besoin ici d’une description particulière … mais la qualité ne se soutient plus et son crédit a beaucoup baissé chez l’étranger, tant à cause de l’augmentation du prix qu’à cause du défaut de qualité. »

    On peut justifier cette décadence par plusieurs causes:

    ·         Guerre de succession d’Autriche (1740-1748)

    ·         Guerre de Sept Ans (1746-1753)

    ·         Concurrence de nouveaux pays : Angleterre, Hollande, Prusse, etc.

    §  Un mémoire des négociants manceaux  du 6 septembre 1789 justifie ainsi la situation : « Le traité de commerce avec l’Angleterre [1786] entraine peu à peu de la manière la plus sensible la ruine entière des manufactures de France. »

    ·         Nouvelles modes : Louis Simon évoque les changements vestimentaires chez les femmes dans les années 1760 qui s’entichent de siamoises à rayures plus gaies.

     

    Les conséquences sont forcément importantes pour la filière :

    ·         1757,  Jacques Livancourt, fabricant: « Je supplie mes créanciers d’observer que depuis trois ans le commerce d’étamines est tombé au point que j’ai été obligé de donner chaque pièce que j’ai fabriquée à 20 livres au-dessous de ce qu’elle m’a couté, ce qui m’a causé une perte de plus de 600 livres. »

    ·         1758, François Garreau, fabricant : « Il est notoire que le commerce de serges depuis trois à quatre ans est entièrement tombé, en sorte qu’il ne m’a pas été possible de rien gagner. »

    ·         1759, Le Nicolais, marchand lavallois : « Nos armées battues partout, nos escadres prises ou mises en fuite par nos ennemis, et l’Anglais triomphant, mettant la France dans l’état le plus critique. Nos comptoirs enlevés dans l’Afrique, dans l’Inde, dans l’Amérique par ce voisin jaloux et notre ennemi irréconciliable, ont ruiné et anéanti le commerce qui languit et est dans une inaction entière. »

    ·         1788, Michel Ronsard (lieutenant général de Beaumont) Mémoire sur les manufactures du district de Beaumont : « Il est vrai que nous nous sommes laissés assurer qu’effectivement, la consommation a beaucoup diminué, surtout pour les dernières qualités, chez l’étranger, c'est-à-dire en Espagne et en Italie, et nous voyons par nous même que les ecclésiastiques et le peuple font moins usage qu’autrefois des étamines ; ce qui provient sans doute du luxe et des modes, qui par leurs variations continuelles anéantissent alternativement toutes les manufactures qui consommaient nos productions, et les remplacent par des étoffes étrangères … On remarque que les filles d’artisans, au lieu de s’en tenir à la filature d’étaim comme autrefois, s’occupent à autre chose, les unes se placent comme femmes de chambre, les autres sont couturières, blanchisseuses, etc. et que les pauvres se livrent à la fainéantise et à la mendicité. »

     

    Toute la branche est touchée. La catastrophe est telle qu’en 1785 on créé un bureau de charité à l’initiative du Bureau d’agriculture.

    1787, de Tournay, secrétaire du Bureau d’Agriculture : « Il n’est pas de bon citoyen de la ville du Mans, qui ne voit depuis trente ans avec la plus vive sensibilité, la décadence progressive de la manufacture des étamines, si florissante autrefois … N’ayant ni assez de fortune, ni assez de crédit pour fabriquer d’avance dans l’espoir de l’avenir plus heureux qu’il a le droit d’attendre, le fabricant se voit forcé de mettre bas ses métiers, de renvoyer ses ouvriers qui, laissant les fileuses sans travail, languissent eux-mêmes dans la misère, ou n’ont rien de mieux à faire que de s’expatrier. »

     

     

     

    1. La vie des étaminiers

    Le monde de l’étamine est un univers vaste et complexe ou règnent de nombreux conflits entre communautés devant la justice sur l’achat et la vente des marchandises.

     

    Les deux tiers de ces acteurs vivent dans la pauvreté (fileuses, compagnons, tisserands, certains sergers) ; les dots sont faibles (200/300 livres) les inventaires trahissent le peu de bien de ces gens.

    L’autre tiers vit plus aisément (certains sergers, teinturiers) et les négociants occupent le haut de l’échelle.

    Ex : L’inventaire après décès de Marin Renaudin, maître serger de la paroisse Saint Benoît au Mans et décédé en 1705, nous présente le tableau suivant :

    ·         Propriétaire d’une maison de 4 pièces avec boutique, cave et deux greniers. Deux autres maisons au Mans, 4 bordages.

    ·         Mobilier, linge et vaisselle abondent.

    ·         Un tonneau d’huile

    ·         Vieille laine, laine blanche et étaim filé ; 6 pièces d’étamines camelotée de 42 aunes

    ·         2 métiers

    ·         4 maîtres sargers qui travaillent pour lui au dehors.

    ·         5000 livres dues par des marchands

     

    Charles Pierre Cureau (mort le 23 juillet 1789 assassiné à Ballon avec son gendre, M. de Montesson), négociant en étamines, possède aussi une petite fortune :

    ·         Belle maison à deux étages place des halles au Mans.

    ·         Une auberge

    ·         Un moulin

    ·         5 métairies

    ·         9 bordages

    ·         Diverses pièces de terre

     

     

    A suivre : Les toiles du Maine

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