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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 11:53
  1. Les conditions du développement de l’activité textile

Depuis la fin de la guerre de cent-ans, les conditions sont plus favorables au développement de l’activité textile. Plusieurs régions (ex : la Picardie, la Champagne, le Languedoc ou encore la Normandie) connaissent une reprise économique dans ce domaine. Dans notre province du Maine, les toiles de Laval remportent un certain succès.

Cet essor local du textile s’appuie sur deux éléments moteurs que sont le colbertisme et le succès des étamines. Par contre, les voies de circulation sont un frein à la commercialisation des marchandises ; voici ce qu’en dit Miromesnil dans son Mémoire de 1698 :

«  L’élection du Mans est aussi très fertile, on y recueille toutes sortes de bons bleds, des vins, des chanvres, des noix et plusieurs autres denrées dont ils aideraient leurs voisins si les rivières étaient navigables ».

                                                                                                          

En effet, la Sarthe est navigable en remontant son cours jusqu’à Malicorne. Au-delà, il faut soit décharger la marchandise au port pour la replacer sur des bateaux plus petits qui pourront franchir les portes marinières, soit utiliser les transports terrestres. Cette dernière solution a un surcoût important : le transport fluvial est estimé à 4 livres par millier de pièces, alors que le transport par route est estimé à 30 livres par millier de pièces.

 

26Port-Malicorne-1695.jpg

 Le port de Malicorne en 1695 (source BNF)


Parfois certains navires forcent le passage et espèrent atteindre Le Mans sans encombre. C’est ainsi qu’en 1743 un de ces bateaux est bloqué au niveau du barrage du moulin de Fillé :

« Mademoiselle Catherine Formage du Plessis nous a remontré que vendredi dernier, premier du présent mois, il arriva au dessus des écluses et chaussées des grands moulins dudit Fillé appartenant audit seigneur Le Boindre par sur la rivière de Sarthe où ledit moulin est situé, un bateau d’une grandeur extraordinaire et chargé de grand nombre de poinçons de vin conduit par deux gens à elle inconnus.

Il est impossible qu’ils passassent avec ledit bateau par dans ladite porte. Elle le ferait rompre de telle façon qu’il faudrait le refaire a neuf en ayant fait couper presque tous les  paux par fond ce qui fait un tord considérable audit seigneur Leboindre et le jette dans une dépense de plus de deux mil cinq cent livres.

Ladite rivière de Sarthe n’est navigable que jusqu’à Malicorne si vrai que les voitures de sels et autres de sa majesté y restent. »

 

Le réseau routier n’est guère plus enviable. Les cahiers de doléances à la veille de la Révolution en donnent une image épique :

·         Cahier de doléances de Ruaudin, 1789 :

« Qu’il soit arrêté dans lesdits Etats Généraux que les chemins de communication de la paroisse de Ruaudin avec la ville du Mans seront incessamment rendus praticables. »

·         Cahier de doléances de Ségrie, 1789 :

« Que la grande route du Mans à Mayenne ouverte depuis plus de quinze ans et dont il n'y a encore qu'une petite partie d’empierrée  fut continuée. Que le chemin de Vernie à Ségrie fut continué et de Ségrie jusqu'à Fresnay et Beaumont ; qu'il fut également fait un chemin d'embranchement à la route de Sillé pour favoriser le commerce avec ces trois villes et établir une communication entre les marchés de Beaumont et Fresnay et ceux de Conlie et Loué. Les chemins qui conduisent à Beaumont, Fresnay et Sillé étant impraticables dans l'hiver. »

 

Des efforts avaient pourtant été faits au 18ème siècle pour améliorer la circulation routière avec la création des routes royales :  

    • Le Mans La Ferté-Bernard : 1752
    • Le Mans Château-du-Loir : 1752
    • Le Mans Saint-Calais : 1772

 

Louis Simon de La Fontaine-Saint-Martin nous en a laissé un témoignage dans ses écrits :

« J’ai vu aligner la grande route du Mans à La Flèche à travers les champs, les prés et les landes. Ce fut le peuple qui fit cette route à la corvée ; les fermiers charroyaient les pierres et les autres les cassaient et tiraient la terre, puis les plaçaient sur la route. Elle a été commencée à La Fontaine l’an 1750 ; cela ruina le peuple. Les domestiques des nobles, des moines, des moinesses et des prêtres en étaient exempts … La route n’a été finie que dix ans après son commencement, ceux qui manquaient à leur corvée au mois de mars et d’avril de chaque année, on les mettait en prison à leurs frais et dépends. »

 

 

Copie-de-27Cadastre-Guecelard-1844-2.jpg

 Le passage de la route royale à Guécélard (source Ach. Dép. de la Sarthe)

 

Ce même Louis Simon tempère un peu ses propos en montrant l’importance de ces nouvelles routes sur  le développement de l’économie :

« Avant que les routes fussent faites, le peuple n’était habillé que de serge sur fil, encore les plus aisés. Les autres n’étaient habillés que de toile barrée noir et blanc et quelques uns de breluche. Ce sont les grandes routes qui ont facilité le commerce et qui nous ont procuré les marchandises étrangères attendu que les transports n’étaient pas si chers. »

 

A suivre = L'activité textile en Sarthe aux 17ème et 18ème siècles : Les étamines du Maine

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