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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 15:47

Landes et défrichements dans la région de La Suze au 18ème siècle.

 

Voici des extraits d’un bail passé à La Suze en 1777 :

 

… Fut présent m(aîtr)e Jean Pierre Beasse greffier en chef au siege du

Comté de La Suze dem(euran)t en cette ville, lequel a fait bail

à ferme pour quatre recoltes entieres et consécutives qui commenceront

de l’été prochain et finiront après lesdites quatre recoltes

ainsi qu’il sera ci-après expliqué à Guillaume Hercé

ecobueur demeurant en cette paroisse à ce présent

ce acceptant, preneur pour lui et ceux qu’il pourra s’associer,

un terrain inculte en un tenant en landes et bruyeres de temps

immémorial dépendant de l’ancien lieu de la Richardiere

ou autres, joignant d’un côté vers

nord le chemin de La Suze à Malicorne, d’autre côté vers

sud les landes des s(ieu)rs Briquet, et Le Boucq et la d(emoisel)le

Pasquier son épouse, d’un bout vers orient les landes de

la Maladrie en partie et autre partie celles dud(it) s(ieu)r Le Boucq

d’autre bout vers occident les terres nouvellement défrichées

et autres terres de la Croix au Brun …

… a la charge par lui de commencer à défricher des

la semaine prochaine de sorte qu’il n’y en ait en cette partie que quatre journaux

de défrichés pour la semaille prochaine, et que le

surplus à prendre le long du chemin et continuer en montant soit défriché et ensemencé dans le cours des deux

années suivantes par moitié, de façon que s’il ne défrichoit

et n’ensemençoit pas la moitié de la partie restante, il en payeroit

également la ferme par avance à valoir sur la partie qui

doit être défrichée dans la seconde année, et de même pour

la seconde moitié du restant en cas que le tout ne puisse pas

absolument être écobué dans les trois premières années

sans néanmoins pouvoir différer plus tard que la quatrième

année pour que la totalité dud(it) terrain soit entièrement

écobuée et ensemencée, lequel terrain sera arpenté

amiablement entre les parties sur le pied de soixante

dix chaînées par journal à raison de vingt cinq pieds

la chaînée non compris les haies et fossés, de sorte que le tout

soit défriché et ensemencé jusqu’aux dites haies et fossés …

… a la charge en outre par le dit preneur

de faire avant le carême prochain le fossé qui joint la gauche dud(it) chemin en

allant de La Suze à Malicorne et de le tirer en droite ligne

depuis les terres de la Maladrie jusqu’à celles de

la Croix au Brun en continuant par le bout où il aura

commencé et laissant pour le chemin qui se trouvera

dudit chemin hors de l’alignement quand même il

reculeroit de la trace des anciens fossé, led(it) s(ieu)r bailleur

préférant d’abandonner son terrain pour la facilité

dud(it) chemin sauf à lui à reprendre de l’autre côté ce qu’il

pourroit perdre de terrein de celui-ci, Lequel fossé aura

six pieds d’ouverture et trois pieds de large par le fond et

de profondeur proportionnée en donnant le plus qu’il

sera possible de pante au taluts et éloignant les terres

de sorte que le haut du fossé ne soit pas trop chargé et que

le taluts ne puisse s’écrouler dans le fossé qui est le seul

qui dépende dudit terrain à défricher …

… ledit preneur semera a ses frais

tout le glan, graine de sapin ou autre graine que led(it)

s(ieu)r bailleur lui fournira lors dud(it) quatrième et

dernier ensemencé … ».

 

Lorsque l’on parle de défrichement, on pense très souvent aux moines défricheurs du Moyen-âge. Mais le 18èmesiècle, sous l’impulsion des agronomes, a également favorisé l’implantation de nouvelles cultures, surtout dans des régions comme les nôtres où les terres sablonneuses étaient principalement occupées par des landes. C’est d’ailleurs ce que montre clairement la carte de Jaillot datée de 1706.




Cette impression est renforcée par la description qu’en a faite Arthur Young à la fin de 18ème siècle : « L’Anjou et Le Maine sont également remarquables par l’immensité de leurs bruyères … En allant de La Flèche à Turbilly, j’en vis plus que dans aucun endroit. »

 

Il ne faut cependant pas imaginer des landes inoccupées par l’homme. Il s’agit en fait de terres incultes mais elles sont utiles au bon fonctionnement de l’agriculture. Dans notre région, ces landes fournissent des végétaux qui servent de litière pour les animaux de ferme. Ils serviront donc dans un deuxième usage d’engrais.

Mais les végétaux des landes fournissent également un complément alimentaire lorsque la saison est difficile. Un acte d’échange de 1686 donne une information claire concernant une lande à Fillé : « Il donnera en échange de ladite rente de trois livres des landes et paissages à lui appartenant situés dans les landes de Pierre Aube paroisse de Fillé. »

Les bruyères sont aussi utilisées pour couvrir certains bâtiments agricoles tels que les loges. Ainsi une montrée faite à Voivres en 1759 nous dit : « Plus qu’il se trouve une mauvaise loge adossée au pignon de ladite étable qui n’est soutenue que de six pieux non fourchées avec un faîte de charpente et le reste du bois est rond ou de quartier, couverte de bruyères et fougères sans clôture autour. »

 

On accorde d’ailleurs une importance à ces terres. Les actes notariés y faisant référence précisent à chaque fois que ces terrains seront clairement délimités. Ainsi en 1761, un accord réglant un litige entre le comte La Suze, Louis Michel Chamillard, et Louis François Daniel de Beauvais, seigneur du Gros Chesnay à Fillé, nous indique : « Lesdites parties sont en outre convenues que mondit seigneur le comte de La Suze fera lotir à mondit sieur de Beauvais et à ses hoirs vingt arpents de lande dans les landes Beaufeu situées paroisse dudit Roëzé en une seule pièce mesurée à la perche de vingt deux pieds, lesquels seront clos de bons fossés de cinq pieds de largeur et trois pieds et demi de profondeur … lequel arpentage ayant été fait par Jean Gandouard, arpenteur géomètre de la ville du Mans. »

 

Lors de la rédaction du bail de la métairie de Beauchêne à Guécélard en 1771, le propriétaire, Louis François Daniel de Beauvais, fait indiquer dans les obligations que doit le fermier (le métayer René Boucher) la mention suivante :  « Seront tenus chaque année avant la fin du mois de mars de labourer six journaux de terre dans la nouvelle enceinte que mondit sieur bailleur a fait faire dans le Bouray, lequel labour leur sera payé à raison de quatre livres le journal. »

 

Un acte notarié de 1786 nous décrit bien ces changements dans l’exploitation des landes. Il porte sur l’exploitation de la lande de Beaufeu à Roëzé. Nous l’avons vu, elle appartenait en partie au comte de La Suze. En 1786, le bêcheur Louis Cador prend la concession de quarante deux sillons « en l’ancienne lande ou plaine de Beaufeu en la paroisse de Roëzé ». Le locataire précédent avait « fait faire [des travaux] dans ledit terrain qui est défriché et en guéret de blé noir après repos de six ans. »

De même à Fillé, un texte de 1780 témoigne des défrichements : « Quatre journaux de terre situés dans les enclos de Pierraube autrefois en landes dans ladite paroisse de Fillé. »

 

 

 

La lande de Pierre Aube à Fillé


Ces landes sont souvent défrichées par des personnes de basses conditions ; ils en ont parfois un droit d’utilisation. Par exemple, un acte de 1807 nous rapporte l’indication suivante : « Qu’en l’année mil sept cent soixante seize, le nommé Jean Pageot, journalier, de l’agrément verbal desdits sieur et dame de Beauvais défricha environ quatre hectares quarante quatre ares (dix journaux) dans la partie desdits deux cent arpents de la lande du Petit Bourray, y fit construire une loge et a continué d’en jouir avec sa famille jusqu’à son décès arrivé au cours de la Révolution, comme usant de la bienfaisance des propriétaires. »

 

Terminons par le témoignage de Louis Simon (1741-1820), étaminier à La Fontaine Saint Martin, qui évoque l’apparition des sapins dans notre région : « Les sapins ne sont ici guère plus anciens que moi. Quand je suis venu au monde, il n’y en avait peut-être pas un cent dans La Fontaine … Il parait que c’est M. Dorvaulx, le grand-père à celui que j’ai vu et qui était de mon âge qui les a fait venir de Bordeaux car il y a de quatre ou cinq espèces de sapin ; mais le nôtre est le plus profitable parce qu’il croît et végète mieux. C’est un grand bonheur que le sapin se soit multiplié dans ce pays ici car l’autre bois serait d’une cherté extrême. »

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