Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : Histoire du canton de La Suze sur Sarthe
  • Histoire du canton de La Suze sur Sarthe
  • : Infos sur l'histoire et le patrimoine des communes du canton de La Suze sur Sarthe (72)
  • Contact

Recherche

27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 21:04

En souvenir de Mme Bachrach, décédée lors de l'été 2008 et qui montrait une grande passion pour l'histoire de son château du Gros Chesnay.


On lit de ci et de là que le château du Gros Chesnay à Fillé aurait été construit au milieu du 18ème siècle. Cependant, Paul Cordonnier-Détrie dans un article écrit en 1956 (En parcourant le pays de Longaulnay, RHAM, Tome XXXVI) dit du Gros Chesnay  qu'il « est de l'époque de Louis XIII et fut construit par les Le Boindre ». Mais quelques lignes plus loin, il donne l'affirmation suivante : « Ensemble Louis XV, sans grande décoration, si ce n'est au centre, dans le fronton où se trouvent deux écussons armoriés ».

Peut-on aujourd'hui avancer quelques éléments qui permettent de mieux cerner la date de construction du Gros Chesnay ?


Le Gros Chesnay au début du 20ème siècle


Tout d'abord, on dispose d'un acte notarié datant de 1653 et intitulé « Marche faict par monsieur de Gennes procureur du Roy avec Guedon et Marest maçons ». En voici quelques extraits :


Source : Archives Départementales de la Sarthe


« Cest assavoir que lesdits Guedon et Marest preneurs ont  et  sen sont obliges solidaire(ment) par ces pre(sen)tes de faire bien et deument et comme il ap(ar)tient les entablements qui restent à faire a la maison seigneurialle du Groschesnay semblables et pareils a ceulx qui sont desja poser au bastiments q(ue) ledit s(ieu)r Leboindre y a faict faire de neuf » ;

« Comme aussy se sont lesdits Guedon et Marest obliges soubs les mesmes peines de faire p(ou)r mondit s(ieu)r Le Boindre dans le mesme lieu de Groschesnay trois lucarnes antiere et une demye conserver au dessein qui en a este fournis p(ar)  ledit Guedon audit Jacques de Gennes » ;

« Ledit s(ieu)r Leboindre luy fournira de touttes matieres sur la place scavoir en tuffeau de Saumur pour faire lesd(ites) lucarnes et pour en regard desd(its) entable(ments) seront faicts de tuffeau d'Yvre le Pollin qui est desja sur la place et fera ledit s(ieu)r Leboindre fournir deulx lits pour lesdits Gendron et Marest  pour se coucher ».

On peut en conclure qu'en 1653 les travaux de maçonnerie du Gros Chesnay se terminaient puisqu'on y exécute les entablements, c'est-à-dire la corniche, et les lucarnes.


Le Gros Chesnay au 18ème siècle


Les actes du notaire de Fillé concernant le domaine appartenant à Jean Le Boindre nous apportent aussi de précieux indices. Jusqu'en 1659, ils nous disent que les actes sont faits et passés « en la maison seigneuriale du Gros Chesnay », terme déjà usité par un autre notaire dans l'acte de 1653 cité ci-dessus. Par contre à partir de 1660, les actes sont signés au « château du Gros Chesnay ». Cela montre clairement que la charnière des années 1650/1660 est une étape importante dans l'édification du bâtiment.


Un autre élément de réponse est la vie de Jean Le Boindre (1620-1693). En 1645, il acquiert une charge à la troisième des Enquêtes, c'est-à-dire une des chambres du Parlement de Paris. Elle lui coute 122 000 livres qu'il paie par divers versements jusqu'au début de l'année 1647. Pour ce faire il emprunte à des relations et vend également certains de ses biens.

En 1647, il se marie avec Françoise Bechefer ; ce mariage lui ouvre un cercle de relations intéressantes qui serviront à sa réussite sociale.

En avril 1653, Jean Le Boindre est exilé par le cardinal Mazarin pour avoir été trop proche des Frondeurs. Il doit quitter Paris pour la région nantaise mais est autorisé à séjourner dans sa résidence du Gros Chesnay. A la fin de la décennie, sa disgrâce s'achève et il revient à Paris.

Pendant les années 1650/1670, Jean Le Boindre se dote de biens fonciers dans la région mancelle ; il se constitue un domaine digne de sa fonction. Par achat ou par échange, il se forme un territoire homogène autour de son château ; c'est ainsi que se font des achats de vignes qu'il fait arracher pour y faire une « prée » proche de son château (1659, 1660). Puis à partir des premières années 1660, les actes passés devant les notaires sont essentiellement des baux sur les fermes et les moulins de son domaine.




Qu'en conclure ?

Le château actuel du Gros Chesnay à Fillé est né de la volonté de Jean Le Boindre. Issu de la noblesse de robe mancelle, son accession à un poste important à Paris le pousse à se doter d'un domaine rural qui doit lui assurer des revenus. Par ailleurs, il doit également avoir une résidence campagnarde digne son rang et où il puisse se ressourcer. D'ailleurs, il vend la maison familiale mancelle en 1664.

On peut donc penser qu'à la fin des années 1640, une fois les emprunts pour l'achat de sa charge remboursés, il se lance dans la construction du château. En 1653, celui-ci est déjà bien avancé puisque les travaux portent sur les entablements et les lucarnes. Les soucis liés à ses prises de positions lors de la Fronde ont du ralentir l'activité. Et c'est sans doute pour cela l'on ne trouve qu'à partir de 1660 l'expression « château du Gros Chesnay » dans les actes notariés. A cette même période, il acquiert divers terrains à proximité immédiate du château. En 1679, Jean Le Boindre fait procéder à l'allongement de l'allée du château. L'ensemble est alors en place.



Complément de lecture : Jean Le Boindre, Débats du Parlement de Paris pendant la minorité de Louis XIV, Editions Honoré Champion, Paris, 1997. On s'intéressera à la deuxième partie de l'ouvrage dans laquelle Robert Descimon fait une étude très fine de la famille Le Boindre.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Débé 14/04/2009 23:09

Bonjour, je connais bien ce château puisque mon père charpentier-couvreur y a souvent fait des travaux d'entretien des toitures comme les goutières qui furent refaites en 1999. Il connaissait très bien la défunte propriétaire et son mari.Bien à vousDavid