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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 16:29

Un bateau bloqué à Fillé sur Sarthe

 

Jadis la rivière était un axe beaucoup plus actif que de nos jours. L’activité des moulins créait une animation continuelle ; les passeurs assuraient la traversée de la rivière ; les pêcheurs prenaient bail pour pratiquer leur activité ; etc.

Le 5 mars 1743, le notaire René Bellanger de Roezé est appelé à Fillé par Catherine Formage du Plessis qui demeure au château du Gros Chenay; elle gère les affaires de Jean Joseph Leboindre pendant son absence.

 Carte-postale-Gros-Chesnay.jpg

Le château du Gros Chesnay (carte postale ancienne)


Voici ce que le notaire consigne dans cet acte :

 

Mademoiselle Catherine Formage du Plessis nous a remontré que vendredi dernier, premier du présent mois, il arriva au dessus des écluses et chaussées des grands moulins dudit Fillé appartenant audit seigneur Le Boindre par sur la rivière de Sarthe où ledit moulin est situé, un bateau d’une grandeur extraordinaire et chargé de grand nombre de poinçons de vin conduit par deux gens à elle inconnus.

Barrage-1843-B3.jpg

Le moulin de Fillé et les chaussées (ADS, Cadatsre 1844)


Lequel bateau fut « agravé » [échoué sur la grève le long de la rivière] par ses conducteurs au droit de la petite « prée » dépendante de la métairie de la grange de Buffes où ils l’ont laissé jusques à lundi dernier.

Ensuite lesdits conducteurs mesurèrent la porte desdites chaussées et moulins et dirent qu’elle était trop étroite pour passer ledit bateau.

L’an dernier, ou peu avant, il passa par dans ladite porte un autre bateau chargé de vin d’une grandeur extraordinaire sans aucune difficulté, Et que néanmoins sur ce que lesdits conducteurs dudit bateau soutinrent toujours, il est impossible qu’ils passassent avec ledit bateau par dans ladite porte. Elle le ferait rompre de telle façon qu’il faudrait le refaire a neuf en ayant fait couper presque tous les « paux » par fond ce qui fait un tord considérable audit seigneur Leboindre et le jette dans une dépense de plus de deux mil cinq cent livres.

Carte-postale-port.jpg

Un  bateau remontant la Sarthe au début du 20ème siècle à La Suze (carte postale ancienne)

Ladite rivière de Sarthe n’est navigable que jusques à Malicorne si vrai que les voitures de sels et autres de sa majesté y restent.

Catherine Formage du Plessis a, pour servir audit seigneur Le Boindre ce que de raison, requis notre transport audit) bateau pour lui décerner acte de la sommation qu’elle entend faire au maître d’icelui de nous dire son nom, qualité et demeure, et ensuite faire mesurer ledit bateau pour connaître sa hauteur, longueur et largeur.

Nous nous sommes avec ladite damoiselle Formage du Plessis expres transportés audit bateau sur ladite rivière de Sarthe proche les écluses desdits moulins. Et ou étant arrivés sur les cinq heures après midi nous avons trouvé plusieurs personnes dans ledit bateau lesquels nous avons en présence de nos dits témoins sommés  et interpellés de nous dire le nom, qualité et demeure du maître dudit bateau ensemble de celui ou ceux auxquels appartiennent le vin et autres marchandises qui sont en icelui. Ils nous ont dit qu’il est absent, qu’il s’appelle Pierre Vinaut marchand voiturier par lors demeurant ville d’Angers, que le propriétaire desdites marchandises se nomme le sieur Lecureuil.

Et ensuite ayant mesuré ledit bateau il s’est trouvé qu’il a onze pieds onze pouces de largeur de dehors en dehors sur quatre pieds onze pouces de hauteur et soixante cinq pieds de longueur. Nous avons sommé lesdites personnes qui sont dans ledit bateau de nous dire sa charge ils nous ont dit qu’il y a cent poinçons de vin. Nous avons sommé de nous dire leurs noms,  ils nous ont dit s’appeler Julien Lemeusnier, Charles Chalumeau, René Bruneau et François Jardin, et être compagnons dud(it) Vinaut ; sommés de signer leur déclaration ont déclaré ne savoir signer.

Et leur a été par nous déclaré que ladite porte est en état de souffrir le passage dudit bateau des deux heures après midi.


Les vestiges de l'ancienne porte des chaussée et les "paux" (pieux) sont visibles lors des écourues

Dont du tout nous avons décerné le présent acte a ladite damoiselle du Plessis audit nom pour servir et valoir en temps et lieu ce que de raison audit seigneur Le Boindre et jugée de son consentement après lecture ; fait et arrêté dans ledit bateau par nous notaire royal susdit et soussigné es présences du sieur François Nieceron, marchand, et René Chemin « tixier » demeurant audit Fillé, témoins  à ce requis.

 

En réalité le litige porte sur une indemnité que le propriétaire du navire pourrait demander au seigneur Leboindre au cas où le bateau serait endommagé en franchissant la porte (pertuis) des chaussées (barrage). L’acte notarial est rédigé pour certifier que les mesures du bateau indiquent qu’il est possible de passer par la porte du barrage.

Le seigneur Le Boindre avait un certain nombre de droits sur la rivière : il était propriétaire du passage de la rivière à Fillé. De même, il passe des baux sur le droit de pêche dans la rivière.

 

Cet acte nous apprend également que les gros navires ne remontaient la Sarthe que jusqu’à Malicorne et qu’ensuite il fallait changer d’embarcation. Ceci est corroboré par un document de 1775 qui nous rapporte l’agression de Marin Joubert, laboureur demeurant à la métairie de la Perrière à Voivres. Celui-ci s’en revenait de Malicorne avec une voiture de sel qu’il ramenait au grenier à sel du Mans lorsqu’il fut agressé par des personnes à La Suze.

IMGP0703.JPG

Le moulin de Fillé en 2007 pendant les travaux de restauration.

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