Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Histoire du canton de La Suze sur Sarthe
  • : Infos sur l'histoire et le patrimoine des communes du canton de La Suze sur Sarthe (72)
  • Contact

Recherche

14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 11:27

Jacques GAULUPEAU

 

Jacques Gaulupeau est né à Parigné-le-Pôlin le 25 avril 1849 de Jacques Gaulupeau, cultivateur aux Benastières, et de Renée Fréard.

Sur le registre des matricules de l’année 1869, on apprend qu’il avait été exempté car il était seul avec sa mère devenue veuve, son mari étant décédé à La Suze en 1851 ; il résidait alors à Roézé. Il mesurait 1,69 m., savait lire et écrire, avait les cheveux châtains et les yeux bleus. Mais en août 1870, il est appelé et intègre les 33è mobiles de la Sarthe.

Il décède le 9 novembre 1870 lors des combats dans la région d’Orléans. Mais son acte de décès n’est pas parvenu à Parigné-le-Pôlin ; son grand-père entreprend alors des démarches pour obtenir un document qui certifierait la mort de son petit-fils. Ce document de justice sera présenté à l’officier de l’état-civil de Parigné-le-Pôlin le 21 juin 1872 par François Gaulupeau, oncle de Jacques Gaulupeau, le grand-père étant décédé le 22 mars de la même année.

Le registre des décès d’Epieds (45) et aussi celui de Parigné-le-Pôlin relatent la transcription du jugement du tribunal d’instance. En voici la transcription :

« République Française.

Au nom du peuple Français. Le tribunal civil de première instance séant à Orléans, département du Loiret, a rendu le jugement ci-après sur la requête dont la teneur suit :

A Messieurs, Messieurs les Président et juges composant le tribunal civil de première instance d’Orléans, Monsieur Jacques Gaulupeau, propriétaire, demeurant à Beaubois, commune de Parigné-le-Pôlin, arrondissement du Mans, ayant maître Causse pour avoué a l’honneur de vous exposer : que Jacques Gaulupeau, son petit-fils, né à Parigné-le-Pôlin, canton de La Suze, arrondissement du Mans (Sarthe) le vingt cinq avril mil huit cent quarante neuf, du mariage de Jacques Gaulupeau et de Renée Fréard, soldat de la garde mobile du département de la Sarthe, deuxième compagnie, deuxième bataillon, trente troisième régiment de marche, a été frappé mortellement dans les plaines entre Coulmiers, Epieds et Champs lors du combat livré aux armées allemandes le neuf novembre mil huit cent soixante-dix, à côté de son capitaine, Monsieur Joseph Vétillard, d’une balle à la tête, et que deux de ses camarades, Louis Joseph Lefort et Julien Noël Ragot, soldats à la même compagnie l’ont relevé et placé derrière les bâtiments où la dite compagnie était embusquée. Que Jacques Gaulupeau est décédé le jour même, neuf novembre mil huit cent soixante-dix, sur les onze heures du soir au hameau de Cheminiers, commune d’Epieds, après avoir reçu les secours de la religion de Monsieur l’abbé Morancé, aumônier, qui lui a parlé et l’a administré, et a été enterré dans la matinée du dix novembre avec une cinquantaine d’autres soldats, dans une fosse commune et cette sépulture lui a été donnée par le sieur Louis Joseph Lefort, son camarade qui l’avait vu tomber sur le champ de bataille. Qu’un acte de ce décès avait été dressé par l’officier trésorier du régiment, faisant fonction d’officier de l’état-civil, signé de Monsieur le capitaine Vétillard et de deux autres témoins, et expédiée dans le département de la Sarthe pour être remis au maire de la commune du domicile de Jacques Gaulupeau, mais que cet acte (comme beaucoup d’autres) à raison de l’état de guerre et la position dans laquelle on se trouvait n’est point parvenu à destination. Que le décès de Jacques Gaulupeau est attesté également par Monsieur le maire de la commune d’Epieds et qu’il est très important et urgent de faire constater aujourd’hui régulièrement et juridiquement ce décès. C’est pourquoi l’exposant conclut à ce qu’il plaise au tribunal. Vu la présente requête, les pièces à l’appui, ensemble les dispositions de l’article quarante six du code civil. Dire que Jacques Gaulupeau, né à Parigné-le-Pôlin, canton de La Suze, arrondissement du Mans (Sarthe) le vingt-cinq avril mil huit cent quarante neuf, du mariage de Jacques Gaulupeau, cultivateur, et de Renée Fréard, soldat de la garde mobile du département de la Sarthe, deuxième compagnie, deuxième bataillon, trente troisième régiment de marche et décédé au hameau de Cheminiers, commune d’Epieds, le neuf novembre mil huit cent soixante dix sur les onze heures du soir. Ordonner que le jugement à intervenir sera transcrit conformément à la loi sur les registres de l’état-civil de la commune d’Epieds comme acte de décès, et que mention sera faite de ce décès en marge des registres des décès de la dite commune d’Epieds pour l’année mil huit cent soixante dix, au mois de novembre, à quoi faire seront contraints par toutes les voies de droit tous officiers de l’état-civil, greffiers ou dépositaires des registres sur le simple vu du jugement à intervenir, quoi faisant déchargés. Et vous ferez justice. La dite requête signée Causse, avoué. Nous, Président du tribunal civil de première instance d’Orléans, chevalier de la Légion d’honneur. Vu la requête qui précède, et les pièces à l’appui, ordonnons que le tout soit communiqué à Monsieur le Procureur de la République et qu’il en soit fait rapport à l’audience de ce jour par Monsieur Baschet juge que nous commettons à cet effet. Au palais de justice à Orléans le deux août mil huit cent soixante-onze. La dite ordonnance signée Boussion. Vu la requête, les pièces à l’appui et l’ordonnance de soit communiqué qui précède. Nous, substitut de Monsieur le Procureur de la République près le tribunal de première instance d’Orléans n’empêchons qu’il soit fait ainsi qu’il est requis. Au parquet à Orléans, le deux août mil huit cent soixante-onze. Les dites conclusions signées Rousselet. Vu la requête et les pièces à l’appui, vu l’ordonnance de Monsieur le Président de ce tribunal en date de ce jour, portant que le tout soit communiqué à Monsieur le Procureur de la République et qu’il en sera fait rapport à l’audience par Monsieur Baschet juge commis à cet effet. Vu les conclusions écrites aussi en date de ce jour de Monsieur Rousselet, substitut de Monsieur le Procureur de la République portant qu’il n’empêche qu’il soit fait ainsi qu’il est requis. Ouï Monsieur Baschet juge en son rapport. Après avoir entendu aujourd’hui à la barre de ce tribunal en audience publique, séparément les uns des autres, et après serment par eux préalablement prêté par chacun d’eux de dire la vérité, les deux témoins appelés par l’exposant à l’appui de sa demande. Ouï Maître Causse, avoué en ses conclusions. Ouï Monsieur Rousselet, substitut de Monsieur le Procureur de la République après en avoir délibéré conformément à la loi, jugeant en audience publique. Considérant que les pièces et documents produits et en outre des dépositions des sieurs Julien Noël Ragot et Louis Joseph Lefort , témoins entendus à l’audience, il résulte que Jacques Gaulupeau, soldat de la garde mobile du département de la Sarthe, deuxième compagnie, deuxième bataillon, trente troisième régiment de marche, a été frappé mortellement dans les plaines entre Coulmiers, Epieds et Champs, lors du combats livré aux armées allemandes le neuf novembre mil huit cent soixante-dix à côté de son capitaine, Monsieur Joseph Vétillard, d’une balle à la tête, relevé par les sieurs Ragot et Lefort, et placé par eux derrière les bâtiments où leur compagnie était embusquée. Que le dit sieur Jacques Gaulupeau est décédé le jour même, neuf novembre mil huit cent soixante-dix sur les onze heures du soir, au hameau de Cheminiers commune d’Epieds, et a été enterré le lendemain dix novembre avec plusieurs autres soldats dans une fosse commune et que cette sépulture lui a été donnée par Louis Joseph Lefort l’un des témoins sus-nommés. Qu’il y a lieu dès lors de constater ce décès. Dit que Jacques Gaulupeau, né à Parigné-le-Pôlin, canton de La Suze, arrondissement du Mans (Sarthe) le vingt cinq avril mil huit cent quarante neuf, du mariage de Jacques Gaulupeau cultivateur et de Renée Fréard, soldat de la garde mobile du département de la Sarthe, deuxième compagnie, deuxième bataillon, trente troisième régiment de marche est décédé au hameau des Cheminiers commune d’Epieds le neuf novembre mil huit cent soixante dix, sur les onze heures du soir. Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur les registres de l’état-civil de la commune d’Epieds comme acte de décès et que mention sera faite de ce décès en marge des registres des décès de la dite commune d’Epieds pour l’année mil huit cent soixante-dix au mois de novembre à quoi faire seront contraints par toutes les voies de droit tous officiers de l’état-civil ou dépositaires des dits registres sur le simple vu du présent jugement, quoi faisant déchargés. Fait et jugé a l’audience publique du tribunal civil de première instance séant à Orléans, département du Loiret, par Messieurs Boussion, président, chevalier de la Légion d’Honneur, Baschet, juge, Lecoy, juge suppléant ayant voix délibérative par suite de l’empêchement des juges titulaires en présence de Monsieur Rousselet, substitut de Monsieur le Procureur de la République et assisté de Maître Dubain greffier le mercredi deux août mil huit cent soixante onze. En conséquence la République mande et ordonne à tous huissiers sur ce requis de mettre les présentes à exécution, aux procureurs généraux et aux commissaires du gouvernement près les tribunaux de première instance d’y tenir la main à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis. En foi de quoi la minute est signée Boussion, Leroy et Dubain greffier. Elle porte cette mention : enregistré à Orléans le sept août mil huit cent soixante-onze, folio cent dix, case quatre, reçu cinq francs, décime et demi soixante-quinze centimes signé Duclos. Pour grosse signé Dubain. En marge est cette mention. Enregistré à Orléans le huit août 1871 f°116 C3. Reçu dix francs vingt-quatre centimes au greffier, deux francs soixante dix centimes, signé Duclos.

Transcrit sur les registres de l’état-civil de la commune d’Epieds comme acte de décès par nous soussigné, maire et officier de l’état-civil de la dite commune.

A Epieds le vingt trois août mil huit cent soixante onze ».

L’abbé Morancé nous apporte son témoignage concernant la fin de Jacques Gaulupeau : « mais on vint me prévenir que près de là un mobile nommé Gaulupeau, de la 2° compagnie du 2° bataillon, se mourait. Il avait la base inférieure du crâne brisée, j'essayai de lui donner tous mes soins ; mais lorsque je revins à mon pauvre cher ami, ses souffrances étaient finies. Son âme était rendue dans l'éternelle paix du Seigneur. »

Pour approcher cet épisode de la bataille de Coulmiers, on peut se tourner vers l’ouvrage du lieutenant-colonel de La Touanne qui nous relate cet événement. En voici un extrait : « Notre bivouac est établi sur les lignes que nous avons si chèrement achetées; chacun tâche de trouver quelque nourriture tout en se gardant avec soin, car on craint l'arrivée d'un corps ennemi venant de Châteaudun. Les cartouches sont distribuées. Les détachements égarés sonnent chacun la marche de leur régiment. On se case, on se renseigne auprès les uns des autres. On arrache à ce pauvre malheureux hameau de Cheminiers ce qu'il renferme encore de paille et de bois. Les aumôniers qui n'ont cessé d'être à nos côtés pendant le combat parcourent le champ de bataille, relevant les blessés, secourant les mourants, réunissant les morts pour leur faire rendre les derniers devoirs; et c'est alors dans le silence de la nuit que nous pouvons apprécier nos pertes. […]

Nos pertes étaient cruelles; à lui seul le régiment avait perdu presque autant qu'une division voisine. 44 hommes avaient été tués, 220 blessés. »

Guerre de 1870 morts du Val de Sarthe : Jacques Gaulupeau
Partager cet article
Repost0

commentaires