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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 07:06

Ce document dit du XIIème siècle, en latin, provient du cartulaire de Château-du-Loir. C’est un recueil de divers textes souvent recopiés et donc avec des approximations dues à de mauvaises retranscriptions. En fait cet écrit est à caler dans les deux premières décennies du XIIIème siècle, époque pendant laquelle Guillaume des Roches est sénéchal. Peut-être même que ce rappel sur le montant des taxes de péage est lié au conflit qui opposa Guillaume des Roches, sénéchal d’Anjou, au roi Jean sans Terre au tout début du XIIIème siècle, époque où le roi de France installe définitivement son pouvoir sur le royaume de France.

Les seigneurs de La Suze étaient vassaux de Château-du-Loir, et c’est pourquoi on trouve des documents qui concernent La Suze dans le cartulaire de Château-du-Loir.

 

Dans ce cartulaire, les textes sont présentés du plus ancien au plus récent puisqu’il s’agit du regroupement des pièces éparses. Et on trouve juste avant ce document sur le montant des péages de La Suze, le montant des péages pour la baronnie de Château-du-Loir et un autre texte sur le montant des péages dans la châtellenie d’Oizé. Ces deux documents sont de l’extrême fin du XIIème siècle et sont, du point de leur rédaction, très proches du document sur La Suze.

On va donc trouver des formules communes dans ces trois textes, mais aussi des particularités propres à chaque territoire.

La Suze en 1695 avec un paysage assez proche de ce qui existait au Moyen-Age

La Suze en 1695 avec un paysage assez proche de ce qui existait au Moyen-Age

« Ce fut ce qui a été écrit sur la châtellenie de La Suze, les coutumes et les péages, qui étaient à l'époque de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou. »

 

Qui est Guillaume des Roches ?

Né vers 1150/1160 et est mort en 1222, il se lie aux Plantagenêt. Vers 1190, veuf, il se remarie avec Marguerite de Sablé ce qui lui permet d’obtenir plusieurs terres dont Sablé, La Suze et Louplande. Un peu après il obtient la baronnie de Château-du-Loir. C’est l’époque pendant laquelle le Maine et l’Angleterre ont des liens étroits. Lors de la mort du roi d’Angleterre Richard Ier Cœur de Lion, Guillaume des Roches s’éloigne du roi Jean sans Terre dont les troupes occuperont le château de La Suze en 1202 et 1203. Il fini par se rapprocher du roi de France Philippe Auguste. Sa fonction de sénéchal lui octroyait le droit de gérer bon nombre d’affaires dans le Maine et en Anjou.

« Le marchand de n'importe quel lieu qui viendra en la châtellenie de La Suze avec ses marchandises paiera un droit de péage. »

Même si La Suze possède le seul pont entre Le Mans et Sablé, le droit de péage dont il est question ici n’est pas forcément prélevé lors du franchissement du pont. La châtellenie est un territoire sur lequel un seigneur exerce des droits, et par exemple l’entrée sur le territoire peut être soumis à un droit de péage.

Le pont de La Suze

Le pont de La Suze

« Si un marchand va aux marchés d'Angers ou Saumur et a acheté d'autres marchandises, il devra au retour en la châtellenie de La Suze payer son compte et du reste sera libéré. »

Les trois documents font référence aux marchés d’Angers et de Saumur. Cela peut paraître surprenant puisque le Mans est beaucoup plus proche de La Suze et ce devait être bien sûr la ville la plus fréquentée. Pour La Suze, le document faisant référence à Guillaume des Roches « sénéchal d’Anjou », on peut alors comprendre pourquoi on parle des marchés d’Angers et de Saumur.

« Nous taxons sur les cuirs un denier.

Le millier de hareng, un denier.

Le millier de seiches, quatre deniers ; le cent un tournois.

Une charrette chargée de blé, un denier.

Une charrette chargée de sel, un denier.

Une charrette chargée de noix, un denier.

Une charrette chargée de vin, trois deniers.

Une charrette chargée d'étoffes, le limonier quatre deniers, les autres chevaux deux deniers.

Une charrette chargée de peaux préparées, le limonier quatre deniers, les autres chevaux deux deniers.

Une charrette chargée de cordages (?), le limonier quatre deniers, les autres chevaux deux deniers.

Une charrette chargée de jeunes agneaux, deux deniers.

Une charrette chargée de laine filée, le limonier quatre deniers, les autres chevaux deux deniers.

Une charge d'aloses, un denier.

Une charrette de chaux, un denier.

Un cent de fer, un denier.

La douzaine de chaînes, quatre deniers.

Un poids de cire, quatre deniers.

Une charge de poivre, quatre deniers.

Une charge de métal, quatre deniers.

Le saumon, quatre deniers, de telle sorte qu'un seul pour les autres.

Une quantité de miel, un denier.

Une quantité d'huile, un denier.

Pour trois béliers, un denier.

Un bœuf, un tournois.

Un âne, un tournois.

Un cheval, un denier.

Un porc, un denier.

Un colporteur sans valeur, rien.

Pour trois moutons, un denier.

Pour une « poeslée » de vin vendue, un denier. »

 

Nous avons ici une liste de produits qui donne un aperçu des marchandises qui circulaient aux XIIème et XIIIème siècles dans notre région.

 

Quelques remarques :

Le poisson occupait une place importante dans l’alimentation de la population, en particulier pendant les périodes de jeûnes. Concernant le hareng, des fouilles archéologiques menées sur des sites de consommation ont montré qu’il représentait environ 1/3 du poisson consommé.

 

Le limonier est le cheval qui est attaché aux limons donc directement sur la charrette.

 

Pour ce qui est du sel, les recherches paraissent montrer que c’est lors des siècles précédents que les marais salants atlantiques ont commencé à se mettre en place. Il est utilisé pour la conservations des viandes, du poisson, du beurre, du fromage, etc. Il sert également à la fabrication de médicaments.

Par contre, à l’époque où est rédigé le texte sur les péages à La Suze, l’impôt sur le sel, la gabelle, n’existe pas encore.

 

Le vin est un produit que l’on consomme beaucoup au Moyen-Age. Nos régions en produisent d’importantes quantités, surtout pour approvisionner les marchés locaux. Nos communes gardent encore des traces de ces vignes (ex : la route des Vignes à Fillé). Mais ce sont des produits différents de ceux d’aujourd’hui.

 

L’alose est un poisson qui a une chair raffinée mais dont les arêtes peuvent décourager les mangeurs. C’était alors un poisson très fréquent qui remontait également les rivières ; ainsi la Loire a longtemps été réputée pour être le fleuve où on en trouvait le plus.

 

Le poivre est une des épices exotiques utilisées depuis longtemps en Europe. On l’utilisait aussi pour la conservation des viandes.

« Sur le fief du seigneur : le fournier du four du bourg de La Suze, pour le pain d'offrande, préparé pour une mine, un tournois, pour un setier, un denier.

L'habitant de La Suze qui sort de la ville avec une charrette de marchandises, un denier.

La bête de somme de la ville, un tournois.

Pour un quart de laine, un denier.

Pour un fardeau [de laine], deux deniers.

Pour une quantité en retour, un denier.

Pour une carcasse de bœuf vendue, la poitrine.

Pour une carcasse de porc vendue, le cuir du ventre avec la peau (?).

Pour du jambon vendu au marché, une joue ou un denier.

Pour un demi jambon vendu au marché, un tournois. »

 

 

« Pour les moulins :

Le boulanger qui a transporté le blé au moulin en l'achetant dans la région et lorsqu'il revient au moulin avec son blé, il doit le moudre au moulin aussitôt, et quand le boulanger aura moulu son blé, il doit moudre ses restes de vannage (?).

Si le meunier a retenu le blé du boulanger un jour et une nuit, sans pouvoir le moudre, le jour suivant le boulanger pourra reprendre son blé et le porter à un autre moulin pour le faire moudre. »

 

On a là sans doute la mention la plus ancienne du moulin de La Suze. Il se peut aussi que ce soit une appellation plus générale pour l’ensemble des moulins installés sur le fief.

Le moulin a la fin du XVIIème siècle

Le moulin a la fin du XVIIème siècle

Au centre, le dernier état du moulin médiéval

Au centre, le dernier état du moulin médiéval

« Pour les habitants du bourg de La Suze :

Ils ont le droit de bois mort en forêt de Longaunay du seigneur de La Suze.

Quand un chariot vient de la forêt de Longaunay et qu'il a franchi les fossés de La Suze, le garde-forestier ne pourra mettre la main dessus.

Pour les trois foires, à savoir : celle de Saint-Nicolas, pour un animal, un denier, pour une loge, un denier, pour un étal, un denier, et pour la Saint-Michel, la même chose.

Pour la foire de la purification de la Vierge Marie, un animal, un tournois, pour une loge, un denier, pour un étal un denier.

Pour ceux qui vendent du cuir au marché, ils devront au sergent, à Noël quatre deniers, et à Pâques trois deniers, et à la fête de Saint-Jean quatre deniers.

Le jour du marché, le vendeur et l'acheteur, selon la coutume, donnent l'offrande, et le lendemain seul l'acheteur le fera. »

 

La forêt de Longaunay est un sujet sur lequel il y aurait beaucoup à écrire. C’est une vaste et ancienne étendue boisée qui va de la région de Roézé jusqu’au delà de Mézeray. Les terres sont surtout acides et les bois alternent avec les landes. Les comtes du Maine en avaient donné des droits aux moines de la Couture, au prieuré de La Fontaine Saint Martin, à l’abbaye de l’Epau, etc. C’était au Moyen-Age une des plus vastes forêts du Maine.

Le seigneur accorde un droit d’usage de ramassage du bois-mort dans ses forêts.

On apprend aussi que la ville était protégée par des fossés dont les tracés se voient encore sur les cadastres du XIXème siècle.

Les deux foires, Saint-Michel et Saint-Nicolas, sont des moments importants pour les populations. La Saint-Michel marque la fin de l’été et la foire permet de vendre les surplus des récoltes. On entre alors dans une autre époque avec un rythme différent. Quant à la présence de la dénomination Saint-Nicolas dans le Maine, elle existe déjà au début de l’ère capétienne. La Saint-Nicolas est une foire d’hiver.

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Published by Philippe
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