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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 15:31

A l'approche des cérémonies du 8 mai, nous publions cet article pour illustrer un aspect de la Seconde Guerre Mondiale dans notre région.

La région de La Suze n'a pas été épargnée par les arrestations et les déportations durant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945). Elles sont le fruit de l'occupation allemande, mais aussi de la politique française de collaboration avec les autorités allemandes.

Les historiens, universitaires et spécialistes de cette période, ont démontré qu'il y avait une réelle volonté chez certains Français de participer à la politique de collaboration avec les Allemands.

Le grand historien français Jean-Pierre Azéma a largement montré dans ses travaux la complexité de la question avec des politiques de collaboration ayant des variantes quant à leurs conceptions. Mais toutes ont intégré l'idée qu'il fallait travailler avec les autorités allemandes et ce dans tous les domaines, y compris les arrestations et les déportations vers les camps de concentration et d'extermination. Ces Français, de par leur engagement auprès des occupants allemands, sont bien en partie responsables de ces actes ignominieux.

 

Pour avoir une vision plus globale sur les déportations en Sarthe, on pourra consulter les sources suivantes :

Il ne s'agit pas dans cet article de faire un inventaire exhaustif des déportés, mais simplement de présenter quelques cas afin de montrer que les déportations ont touché toutes les parties de la population.

Parmi ces déportés, citons par exemple la famille Blum qui résidait au château de Mondan à Guécélard et qui était liée à la famille Leven des tanneries de La Suze. Edouard Blum avait épousé à Paris, en 1921, Georgette Leven. Ils ont eu trois enfants : Annette, Lise et Jean. Fin septembre 1942, les autorités allemandes procèdent à l’arrestation de la famille à Mondan. Le père, Edouard, réussit à s'enfuir et rejoint les mouvements de la Résistance et prend alors le nom de Francis Beaumier ; son fils Jean a également pu s'enfuir. Quant à la mère et aux filles, elles sont envoyées au camp de Drancy en région parisienne avant d'être déportées au camp d'Auschwitz où elles périssent en 1943 quelques jours après leur arrivée dans le camp d'extermination. Elles sont inscrites sur le monument aux morts de la commune de Guécélard.

Monument aux morts de Guécélard

Monument aux morts de Guécélard

Mondan à Guécélard

Mondan à Guécélard

A Mondan, on trouvait aussi Henri Hesse lié à la famille Leven par sa femme. Cet officier de la Légion d'Honneur, détenteur de la Croix de guerre, était commandant d'artillerie. Il est arrêté également fin septembre 1942 puis déporté vers Auschwitz où il meurt en 1943. Il y avait aussi Philippe Levy-Arturo, autre membre de la famille Leven, qui fut arrêté fin septembre 1942 au Mans, puis déporté au camp de Sobibor où il meurt en 1943 cinq jours après son arrivée.

Mondan à Guécélard

Mondan à Guécélard

Certains réfugiés avaient fini par arriver en Sarthe en espérant y trouver un espace de tranquillité. C'est le cas de Paula Khan, juive allemande qui avait fui l'Allemagne nazie. Elle s'installe en Alsace mais doit quitter la région et arrive à Spay en septembre 1939 ; sa famille espérait trouver là un refuge face aux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Installée dans le bourg, elle souhaitait exercer la profession de tricoteuse et brodeuse. A la fin de l'année 1941, elle déménage au Mans où elle est arrêtée en 1942. On l'envoie au camp d'Auschwitz d'où elle n'est jamais revenue.

Les vagues de rafles de 1942 sont dans la suite logique de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 à Paris où plus de 13 000 personnes sont arrêtées par la police française sous les ordres de René Bousquet. Les victimes de la rafle du Vel d'Hiv seront envoyées vers les camps de concentration et d'extermination d'où elles ne reviendront jamais.

Cette année 1942 marque également un nouveau positionnement dans la population française. Certains Français, peu impliqués par rapport au projet politique de l’État Français de Pétain, trouvent que ces vagues d'arrestations vont beaucoup trop loin ; et certains d'entre eux rejoindront des mouvements de la Résistance pour défendre les valeurs démocratiques françaises.

Pour certaines familles sarthoises, cela passera tout simplement par l'accueil d'enfants juifs afin de les soustraire aux rafles. Il s'agit là d'actes courageux puisque ces familles d'accueil risquaient à leur tour d'être arrêtées et déportées si on venait à découvrir la vérité.

Une plaque commémorative posée il y a peu à la Fredonnière à Saint-Ouen-en-Belin

Une plaque commémorative posée il y a peu à la Fredonnière à Saint-Ouen-en-Belin

Dans la région de La Suze un petit groupe de résistants fera également les frais de la politique de collaboration avec les autorités allemandes. Il y avait une petite entité (M4 Action) composée de Paul Boutier, Clément Fournier, Victor Gouget, Maurice Lochu et Paul Robin. Ils avaient organisé un réseau permettant d'obtenir des cartes de ravitaillement, de cacher des réfractaires au Service du Travail Obligatoire, de préparer de parachutages, etc.

Malheureusement pour eux ils sont arrêtés en mai 1944 par la Gestapo et la Milice. Ils sont conduits au siège de la Gestapo dans une des prisons mancelles où ils sont soumis à la torture. Puis ils sont envoyés vers le camp de concentration de Dachau.

Clément Fournier avait décrit sa vie au camp dans un article publié dans un bulletin municipal au début des années 90. « A Dachau, nous sommes arrivés le 5 juillet [1944] pour subir la « désinfection ». Chacun son tour, on devait passer pour se faire raser complètement et badigeonner sur tout le corps d'un produit très fort. Mais les Allemands sadiques en ont tués quelques-uns. […] A Dachau, il ne fallait pas aller au dispensaire, car ils faisaient des expériences sur nous. Et même si on survivait, on allait au four pour ne pas pouvoir raconter. […] Au retour, je faisais 38 kg pour 1,65 m. ».  Quant à Maurice Lochu, il meurt début avril 1945, victime du typhus.

Maurice Lochu et sa famille

Maurice Lochu et sa famille

Il reste aujourd’hui de ces heures sombres des monuments commémoratifs, des noms sur les monuments aux morts.

Mézeray - Monument aux morts

Mézeray - Monument aux morts

Merci à Lydia Rocher de la mairie de La Suze pour avoir trouvé du temps afin de fouiller dans les anciens bulletins municipaux.

 

 

 

M. Le Quéau, maire de Parigné-le-Pôlin, nous a également transmis un document concernant Ernest Papin né à Parigné en 1915. En 2005, son nom a été ajouté sur le monument aux morts de la commune et un article avait été écrit par M. Daniel Laulanné. En voici un résumé.

Ernest Papin est né en 1915 à Parigné-le-Pôlin et a passé la première partie de sa vie en Sarthe. Lors de l'invasion allemande en 1940, la famille prend la route pour passer au sud de la Loire.

Sa femme et sa fille reviennent à Montfort-le-Rotrou où Ernest Papin avait un emploi de chauffeur chez le marquis de Nicolaï. Le chef de famille est resté en zone libre où il rejoint la Résistance dans le Massif Central.

Il est arrêté en octobre 1943 à Clermont-Ferrand. Après avoir été torturé, il est envoyé au camp de Buchenwald, puis à Mauthausen et enfin à Gusen. C'est là qu'il meurt le 27 avril 1945.

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Published by Philippe
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