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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 19:07

Les moulins à trèfle

 

Lorsque les visiteurs viennent au moulin de Fillé, ils passent par le moulin à trèfle. Autant ils comprennent aisément la fonction d'un moulin à blé, autant ils se posent des questions sur les tenants et aboutissants de ce moulin à trèfle apparu vers 1860.

A gauche, le moulin à trèfle (cliché de 2004)

A gauche, le moulin à trèfle (cliché de 2004)

La culture du trèfle en Sarthe

Le trèfle dont on parle ici est le trèfle incarnat et son usage est à rapprocher de celui de la luzerne. C'est une plante qui servait essentiellement à la nourriture des animaux. Sa culture se développe en France au XVIIIème siècle mais reste assez limitée. Ce sont les nouveautés liées aux expérimentations agricoles, nées au même moment que la Révolution Industrielle, qui vont accélérer la diffusion de cette culture. Dans la région de Fillé et ses alentours, les terres sont essentiellement acides et c'est la généralisation du chaulage qui va permettre de cultiver cette plante. Cependant les lectures de divers ouvrages agricoles montrent qu'on exploitait également d'autres variétés de trèfles.

On trouve des documents du XVIIIème siècle qui expliquent l'intérêt qu'il y a à cultiver le trèfle. Par exemple, dans l'ouest de l'actuelle Allemagne on fait des expériences afin de convaincre les paysans que la culture du trèfle est très intéressante car elle peut se faire sur des terres qui n'ont pas été mises en jachère et qui, de fait, permettent d'exploiter des terres sans les affaiblir et donc d'être rentables.

Source : MNHN

Source : MNHN

Pour ce qui est de la Sarthe, il y a peu d'apparition du trèfle de manière importante avant le XIXème siècle même si dans le deuxième partie du XVIIIème siècle sa culture s’intensifie dans certaines fermes expérimentales. Pour rester dans du local, un bail de 1761 autorise le fermier du domaine de Buffes à mettre le jardin en trèfle. Le dictionnaire topographique de Le Paige écrit juste avant la Révolution en parle peu : une seule occurrence à La Chapelle du Bois (région de Montfort le Gesnois). D'autres documents parlent de vente de graines de trèfle en 1788 dans la région de Beaumont-sur-Sarthe. Pesche nous apporte tout de même une précision importante : « C'est de cette dernière époque [2ème moitié du XVIIIème siècle], que date l'introduction de la culture du trèfle dans le canton [de Sablé], dont les premiers essais furent faits par M. de la Panne, agriculteur distingué, dans la terre dont il portait le nom, située à Auvers-le-Hamon. »

Au tout début du XIXème siècle, le Préfet Auvray publie la « Statistique du département de la Sarthe ». Quelques occurrences traitent du trèfle dans la période post-révolutionnaire. Il y dit à propos de la production de foin des prairies naturelles qu' « on y supplée par des prairies artificielles, formées de trèfle, dont la graine est devenue, depuis quelques années, un objet de commerce important. » Et d'ajouter : « L'exportation s'en fait en Angleterre et en Hollande […] Ce commerce mérite d'autant plus de considération, que loin de coûter aucuns soins ni dépenses au cultivateur, cette plante améliore les terres, et fournit aux bestiaux un fourrage abondant. »

En 1814, les « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » mentionnent que le trèfle peut servir à nourrir les animaux. En 1816, à Saint-Gervais-de-Vic on vend une parcelle de terre labourable en trèfle.

Au Mans, le moulin Plard est dit à tan et à trèfle en 1828. D'ailleurs on trouvera dans le même secteur du Mans en 1829, une propriété à vendre dont un enclos « en légumes, trèfle et blé ». La même année à Saint-Denis-d'Orques, on vend une propriété dont « un jardin d'environ 33 ares, pour la plus grande partie complanté en trèfle ».

En 1832, les mêmes « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » donnent comme information que M. Auguste de la Chevallerie, négociant et propriétaire, demeurant à Nantes « vient d'établir au Mans, un entrepôt du nouvel engrais économique, connu sous le nom de Noir-Animal » qui « fertilise toute sorte de terres ; également bon aux semailles des froments, blés-noirs, blés-de Turquie , orges, avoines, seigles, trèfles, lins , chanvres, navets, choux , betteraves, pommes-de-terre, légumes , etc. »

En 1833, la Société Royale d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe fait un achat de graines :

1° Houlque laineuse : 50 livres.

2° Fromental : 50 livres

3° Spergule : 50 livres

4° Trèfle incarnat : 50 livres

5° Trèfle d’Argovie : 9 livres

6° Avoine patate : 1,5 livre

Cet achat fait suite à un souhait du Conseil Général qui consiste « à favoriser les industries profitables et à augmenter le bien-être du pays » et « de voir concourir toutes les influences locales à l'amélioration de l'agriculture, dont les progrès, dans la plus grande partie du département, laissent encore tant à désirer ! ». On voit très clairement dans cette volonté que le trèfle incarnat est encore peu utilisé en Sarthe. Ces graines sont envoyées à des correspondants locaux afin que des semailles puissent se faire.

On voit d'ailleurs à la même époque cette Société organiser des concours dont un intitulé « Concours pour la culture des plantes fourragères » afin d' « encourager la culture des plantes fourragères propres à remplacer le trèfle dans les différentes variétés de sols qui ne conviennent pas à celte dernière plante » ; et parmi les différentes propositions on y retrouve d'autres variétés de trèfle : trèfle d'Argovie, trèfle jaune, trèfle blanc. Afin de motiver les bonnes volontés, une prime de 100 francs est accordée « aux fermiers ou propriétaires cultivant de leurs mains. »

La même année 1833, les « affiches, annonces et avis divers de la ville du Mans » publient un très long article sur la manière de faire, ou pas, des jachères. On voit souvent le trèfle revenir dans cet exposé. C'est assurément à cette époque qu'un tournant se produit pour cette culture. Pesche, à propos du canton d'Ecommoy, dit d'ailleurs que la culture « du trèfle … s'y est beaucoup multipliée. »

Si on prend le dictionnaire Pesche, publié entre 1829 et 1842, et que l'on fait l'inventaire des communes où il y a du trèfle, on constate qu'il y a en a à peu près partout et que la graine de trèfle est l'objet d'un commerce.

Pesche nous donne une estimation des exportations depuis Sablé et Le Mans pour l'année 1840 vers l'Orne et Caen par la rivière. Il nous dit que les graines de trèfle envoyées vers Caen et Rouen représentent un total de 5000 tonnes, soit un tiers des exportations vers cette zone géographique. On exporte cette production vers l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse et les régions nord de la France.

Que fait-on dans un moulin à trèfle ?

Si on ne coupe pas le trèfle pour produire du fourrage, il va monter en graine et c'est là que va intervenir le moulin. On voit ainsi au XIXème siècle fleurir plusieurs moulins à trèfle. Il ne s'agit pas constructions nouvelles mais plutôt d’adjonction d'un bâtiment nouveau sur le site du moulin afin de pouvoir profiter d'un espace où l'on traitera le trèfle.

En général, on faisait une première coupe du trèfle au printemps pour le fourrage ; puis on le laissait repartir jusqu'à ce qu'il arrive à graine dans la deuxième moitié de l'été. On le fauche alors pour récupérer les fleurs ; ensuite on les fait sécher sur l'aire. Puis, elles sont portées au moulin où elles sont battues.

On utilise parfois la technique du pilon, mais le fonctionnement à la meule est le plus utilisé. On procède par une action de ripage à l'extraction de la graine de trèfle afin de la séparer de son enveloppe. On met le tout dans des sacs. Après il faut vanner l'ensemble afin de séparer la graine du reste, cette opération pouvant se faire chez l'agriculteur.

Il y avait aussi la possibilité de battre son trèfle chez soi. Ainsi au début du XIXème, un agriculteur de Saint-Mars-d'Outillé, M. Loiseau, met au point une machine à battre qui permet de faire le travail à la ferme. Cependant les revues d'agronomie de l'époque conseillent plutôt le moulin traditionnel car étant plus rapide ; néanmoins, il fallait une quantité de trèfle assez importante si on voulait que le meunier puisse effectuer la tâche.

Cadastre 1844 - Le moulin à trèfle n'existe pas encore.

Cadastre 1844 - Le moulin à trèfle n'existe pas encore.

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Published by Philippe
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