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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 08:06

Il y a quelques jours se déroulait à La Suze l'inauguration du jardin du Pertuis, espace de détente sur les bords de la Sarthe et fruit du travail du conseil municipal de jeunes de la commune.

Inauguration du jardin du pertuis, décembre 2016 (cliché Lydia ROCHER)

Inauguration du jardin du pertuis, décembre 2016 (cliché Lydia ROCHER)

Nous allons aujourd’hui nous intéresser au mot « pertuis » qui apparaît dans le nom de ce jardin mais dont l'histoire a en grande partie disparu des mémoires.

 

Le mot « pertuis » vient du participe latin « pertusus » que l'on peut traduire par « percé ». Il désigne une ouverture pratiquée dans un barrage pour permettre à l'eau de s'écouler. Autant dire que le principe des pertuis est aussi ancien que les moulins et les barrages. Les dernières études montrent d'ailleurs une ancienneté plus lointaine des moulins à eaux ; alors qu'on a longtemps placé le développement des moulins à eaux avec le développement de la féodalité au début de l'ère capétienne, les récents travaux archéologiques ont permis de remonter plus loin dans le temps.

 

Pour ce qui est de La Suze, le plus ancien meunier que nous connaissons est un certain Renaud en 1298 ; mais on peut en toute légitimité penser qu'un moulin existait déjà bien avant cela. Et un document de 1695 montre un petit moulin sur la rive gauche de la rivière ; on y voit une seule roue et le barrage en travers de la Sarthe. La levée qui retient l'eau est à peine perceptible sur ce dessin, si ce n'est par un trait oblique et une chute d'eau marquée par quelques touches d'un lavis gris.

Le pertuis de La Suze sur Sarthe

Plusieurs plans, plus tardifs, permettent de mieux voir le pertuis, mais également de confirmer la vue de 1695. Le barrage s'étendait donc depuis les moulins et remontait vers la rive opposée avant le pont. Au milieu se trouvait le pertuis dans l'axe de la rivière. Et c'était le passage obligé pour franchir le barrage avec un bateau.

Le moulin, le barrage et le pertuis en 1813.

Le moulin, le barrage et le pertuis en 1813.

Cadastre 1843, section A4

Cadastre 1843, section A4

Alors que le système des écluses permet de créer un sas dans lequel on fera monter ou descendre le niveau de l'eau tout en douceur, pour le pertuis son ouverture provoque un courant d'eau violent qui n'est pas sans risque. On possède un dessin de 1818 qui montre le système de fermeture du pertuis de La Suze par une porte marinière.

L'aménagement du pertuis de La Suze (1818)

L'aménagement du pertuis de La Suze (1818)

Cette porte marinière est un arrangement d'aiguilles et d'appareils qui obstruent une percée d'environ dix mètres de long sur cinq mètres de large au beau milieu de la chaussée du barrage.

Le système d'aiguilles et d'appareils (1818)

Le système d'aiguilles et d'appareils (1818)

Lorsqu'une gabarre, ou un autre type de navire, veut passer par le pertuis en remontant le courant, il faut entreprendre une manœuvre compliquée qui comporte des risques. Le marinier place son embarcation au plus près du pertuis dans l'axe du passage. Il doit amarrer son bateau contre la structure en bois composée des pieux de rencontre. Une fois installée dans cette position, on relie par une corde la gabarre au pieu de liage solidement fixé sur la berge.

Pendant cette manœuvre, le meunier et ses ouvriers s'occupent des aiguilles et des appareils. Il fallait démonter un à un les appareils et les ranger méticuleusement sur le côté afin d'anticiper la réinstallation du système. Dès lors, l'eau commence à s'engouffrer dans le passage, générant un courant assez violent. Lorsque la situation devient plus calme, on tire sur la corde avec un treuil installé sur l'embarcation afin de faire passer la gabarre de l'autre côté du barrage. Les accidents sont fréquents : soit l'embarcation bouge trop, jette à l'eau les mariniers et peut même aller jusqu'au chavirage, soit le marinier relâche le treuil (le guinda) qui repart violemment en arrière en risquant de tuer les opérateurs.

Une fois le navire passé, le meunier réinstalle les aiguilles et les appareils afin que le niveau de l'eau puisse remonter, condition obligatoire pour que la roue du moulin puisse à nouveau tourner.

L'opération à la descente prend environ une heure alors qu'à la remonte il faut compter environ trois heures ! Il va de soi que les relations entre les mariniers et les meuniers sont rarement au beau fixe ; en effet lorsqu'un bateau entreprend un passage, c'est toute l'activité de meunerie qui s'arrête.

Début 20ème siècle (carte postale)

Début 20ème siècle (carte postale)

Il faudra attendre la mise en service du canal et de l'écluse pour que le fonctionnement très ancien de ces pertuis cesse.

Le canal et l'écluse au début du 20ème siècle.

Le canal et l'écluse au début du 20ème siècle.

A droite le canal et l'écluse; au centre le nouveau barrage avec son pertuis.

A droite le canal et l'écluse; au centre le nouveau barrage avec son pertuis.

Le pertuis de La Suze sur Sarthe

Nous avions publié un autre article concernant les chaussées des moulins de La Suze : http://canton-la-suze-sur-sarthe.over-blog.com/article-les-difficultes-du-meunier-de-la-suze-72-53855595.html

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Published by Philippe
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