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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 19:28

En 1990, Corinne Châble avait présenté un travail universitaire intitulé « La Suze-sur-Sarthe et la réaction au coup d’État de Napoléon III en 1851 ». Pour ceux qui souhaitent profiter de ses recherches, des informations approfondies sont disponibles sur http://10ansdemariage.over-blog.com/article-journal-d-une-insurrection-decembre-1851-dans-la-sarthe-107924090.html

 

Nous proposons ici une brève synthèse de ses recherches sur La Suze en 1851.

 

L'insurrection de La Suze (1851)

En février 1848, une révolution amène la disparition de la monarchie. Le roi Louis Philippe Ier quitte le pouvoir et la IIème République est proclamée. En décembre de la même année, Louis Napoléon Bonaparte est élu Président de la République. Sans entrer dans les détails, disons que les relations entre le Président et l'Assemblée sont très conflictuelles. De plus la Constitution de 1848 spécifiait que le mandat du Président était non-renouvelable, article que Louis Napoléon Bonaparte tente de faire modifier. Et donc dès le début de décembre 1851, il décrète la dissolution de l'Assemblée Nationale.

Dès le 2 décembre, les Républicains manceaux décident d'agir contre la décision présidentielle. Mais ils ne sont pas d'accord sur la façon de faire : certains veulent rester dans une manifestation pacifique, d'autres souhaitent une réaction armée.

 

Pourquoi un déplacement des événements vers La Suze ?

Un des plus farouches acteurs de cet épisode est Constant Veillard-Lebreton. Très impliqué dans le milieu républicain sarthois, il tente une action violente à la mairie du Mans mais devant son échec, il décide de partir vers La Suze rejoindre son ami Félix Pierre. C'est également à La Suze que se trouve Ariste Jacques Trouvé-Chauvel, ancien maire du Mans, ancien ministre des finances de la IIème République et propriétaire d'une tannerie, mais aussi membre actif du mouvement républicain, et également lié à Constant Veillard-Lebreton. La ville est alors une ville fortement ouvrière dont l'activité économique tourne autour du travail du cuir.

Ariste Jacques Trouvé-Chauvel

Ariste Jacques Trouvé-Chauvel

La propriété de la famille Trouvé à La Suze (cadastre de 1843).

La propriété de la famille Trouvé à La Suze (cadastre de 1843).

Les jours qui suivent voient les protagonistes de l'affaire prendre des renseignements afin de voir ce qu'il serait bon de faire. Le vendredi 5 décembre, après avoir obtenu des nouvelles de Paris où des barricades sont érigées et où les morts se comptent par centaines, l'insurrection se met en place en milieu de matinée. C'est à la tannerie Trouvé-Chauvel-Cultivel que s'organisent les choses où les ouvriers sont informés que d'autres villes de Sarthe se sont soulevées et que les gens se rendent au Mans. Ils vont alors à la mairie pour récupérer des armes de la garde nationale (près de 200 fusils). La troupe est commandée par Veillard-Lebreton et par Pierre. Pierre file vers la gendarmerie, installée dans l'actuel château, avec les plus aguerris où ils installent le quartier général. Veillard-Lebreton s'occupe des hommes qui n'ont jamais utilisé de fusil en les emmenant place de l'église pour leurs donner des rudiments militaires.

Le château de La Suze qui abritait alors la gendarmerie.

Le château de La Suze qui abritait alors la gendarmerie.

La place de l'église de La Suze.

La place de l'église de La Suze.

Puis arrive Trouvé-Chauvel qui vient expliquer les raisons de cette insurrection en lisant la Constitution. Le soir toute la ville est bloquée par des barricades; on entreprend alors de se rendre à la mairie de Roëzé pour y quérir les 44 fusils qui y sont en réserve.

Il règne alors à La Suze un climat « révolutionnaire » : des patrouilles sillonnent les rues de la ville, les barricades sont en alerte, les maisons des opposants sont surveillées, on fabrique des cartouches, etc.

D'autres communes sarthoises réfléchissent aux tâches à mener : au Mans on met en place les actions pour le lendemain 6 décembre 1851. Dans la région de Parigné-l'Evêque et du Grand-Lucé on prépare le soulèvement. Au Breil-sur-Mérize on annonce, un peu hâtivement, que toute la France s'est soulevée ; on bat la campagne vers l'Est du département pour transmettre les informations. A Sablé, les ouvriers se soulèvent. A Mamers, le tocsin annoncera le ralliement. Ensuite, tous ces gens se rendront au Mans.

Et donc le 6 décembre 1851, des mouvements insurrectionnels éclatent, plus ou moins efficacement, dans le département.

Edouard Trouvé, un des frères d'Ariste Jacques Trouvé-Chauvel, arrive de Paris en disant que la capitale est calme. Quant au reste du département de la Sarthe, la situation n'est pas meilleure : l'insurrection est un échec.

A La Suze, Trouvé-Chauvel réuni quelques responsables du mouvement et annonce qu'il serait bon de déposer les armes et qu'il endossera toute la responsabilité des événements.

 

Les protagonistes suzerains ont dû répondre de leurs actes devant la justice.

Constant Veillard « connu depuis longtemps par la propagande démagogique dont il s'était fait une industrie et un moyen d'influence, il a été l'un des principaux agents des désordres de toute nature dans le département de la Sarthe; qu'il a été le principal auteur de l'insurrection de la Suze; que c'est lui qui a arrêté le courrier, saisi les dépêches et que deux jours auparavant il a tenté de s'emparer de l'hôtel de ville du Mans à la tête d'un attroupement de 13 ou 14 personnes » est déporté vers l'Algérie.

Félix Pierre, tuilier, « était un des deux chefs militaires qui dirigeaient tous les mouvements de l'insurrection, présidaient à la construction des barricades et au désarmement de tous les citoyens; qu'il doit donc supporter la plus grande responsabilité de ces événements » est également déporté vers l'Algérie.

Ariste-Jacques Trouvé-Chauvel « a été le chef politique de l'insurrection de La Suze; que c'est lui qui en a pris la direction morale; que c'est sur les lettres reçues de lui de Paris que le mouvement a été décidé et que sa qualité d'ancien Ministre des Finances augmentait encore la gravité du mouvement lorsqu'il se présentait au milieu des ouvriers armé d'un fusil »  est également condamné à la déportation vers l'Algérie.

Jean-Michel Cultivel, l'associé d'Ariste-Jacques Trouvé-Chauvel, « était le chef de la tannerie de la Suze et que c'est sous son autorité, d'après ses ordres exprès, et d'après la menace même qu'il a faite de ne pas continuer l'ouvrage à ceux qui n'obéiraient pas, que les ouvriers ont pris les armes et qu'il a ainsi non seulement toléré, mais formellement commandé l'insurrection, abusant pour le mal du pouvoir que sa position lui donnait » est aussi condamné à la déportation en Algérie.

Plusieurs autres sont assignés à résidence chez eux, d'autres doivent quitter le département et sont surveillés dans leur nouvelle résidence, certains font de la prison. Certains prennent l'exil vers le Royaume-Uni.

Assez rapidement après les décisions de justice, des grâces arrivent pour mettre fin à certaines peines.

 

Quelques jours après la révolte du début de décembre 1851, un plébiscite est organisé par Louis-Napoléon Bonaparte afin d'obtenir un soutien populaire très massif. En quelques jours, la Seconde République a été balayée pour instaurer le régime autoritaire de Louis Napoléon Bonaparte. Et un an plus tard, il instaure le Second Empire et devient Napoléon III.

 

Quant à Ariste Jacques-Trouvé Chauvel, il s'exile à Jersey, Londres, Bruxelles, rencontre Victor Hugo, autre célèbre opposant à Napoléon III. Puis on le croise dans l'Empire Ottoman où il fonde une banque. Peu après il rentre en France et on le retrouve à Paris auprès de sa femme où il meurt en 1883.

 

 

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Published by Philippe
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